Partie 6/7. The End of Winter (La fin de l’hiver)
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Le mois de juin était déjà bien avancé quand Min-ho et Lee revinrent de leur première tournée.
Ils avaient hâte de pouvoir partager leurs expériences avec leurs amis, et le premier auquel ils pensèrent était évidemment Ryosuke.
L’après-midi même de leur retour, Min-ho lui envoya un message pour lui proposer de passer à leur étage dès qu’il aurait un moment.
Entre temps, Min-ho passa un long coup de fil à Sọlá, qui en profita pour lui parler de la soirée étrange qui avait eu lieu durant son absence.
Elle lui fit part d’un changement de comportement de William depuis ce jour, lequel paraissait clairement tourmenté par quelque chose, sans qu’elle réussisse à lui faire dire quoi que ce soit.
Narong et Esteban aussi avaient trouvé que le comportement de Ryosuke vis-à-vis, en particulier, du Thaïlandais ressemblait à un « genre de jalousie ».
Ils comptaient tous un peu sur Min-ho et sa relation privilégiée avec le rappeur pour essayer de le faire parler, de manière à ce qu’ils sachent comment se positionner.
Ryosuke arriva peu après Lee dans la chambre de Min-ho.
Les deux membres de Fukujin Seven commencèrent par raconter en détail à leur camarade leur périple et ce qu’ils en avaient tiré, tant dans leurs relations interpersonnelles, que sur le plan individuel.
Lee exprima avec bonheur le fait qu’il se sentait parfaitement à sa place sur scène ou durant les fan meetings.
Le chanteur exprima également son admiration grandissante pour Sang-Ook, leur leader, qui avait fait un excellent travail de lien entre les différentes personnes qu’ils avaient croisées.
Min-ho admit que le tempérament hyper sociable et le charme inné du jeune homme avaient été une grande force dans leurs échanges avec les fans.
Le danseur était lui aussi, ravi de son expérience, ayant eu la chance de revoir des fans qui le suivaient depuis ses débuts sur les réseaux.
Mais il était très heureux aussi, de rentrer afin de pouvoir partager ses souvenirs avec Sọlá et William.
L’évocation de William lui permit de demander d’une manière désinvolte à Ryosuke comment allait celui-ci, et s’ils s’étaient vus dernièrement.
Comme Sọlá lui avait expliqué, Min-ho put effectivement voir un changement d’attitude infime chez son ami, et il jeta un œil à Lee, afin de vérifier comment, de son côté, le jeune homme réagissait au sujet de la discussion.
Sans surprise, le danseur put remarquer que le cadet observait Ryosuke avec un intérêt non dissimulé.
Durant l’échange concernant la vie de William, Lee avait notamment remarqué que le rappeur cherchait désespérément à dissimuler son poignet en croisant les bras d’une façon absurde.
Après avoir cherché à ramener la discussion sur un plan professionnel, ce dernier finit par prendre congé rapidement, se sentant clairement épié.
Son départ laissa ses deux camarades perplexes, et, après un silence, Lee ne put s’empêcher de lâcher :
— Je lui avais dit de faire attention.
Min-ho soupira.
— Commence pas, s’il te plaît.
Lee lui jeta un regard offusqué.
— Quoi ? C’est pas évident ? Il s’est passé quelque chose entre eux et je peux te garantir que ça n’a rien d’« amical ».
L’aîné se pencha en avant.
— Si c’est le cas, ça va te poser un problème, Lee ?
Ayant anticipé la question, Lee lui répondit rapidement :
— William ne fait plus partie de ma vie, mais j’ai le droit de m’inquiéter pour Ryo, non ?
Min-ho détailla son visage, cherchant le moindre indice de jalousie ou d’envie, sans succès.
Il décida alors de faire confiance à son ami et lui ébouriffa les cheveux.
— Ryosuke est assez grand pour gérer la situation, sale gosse.
— Arrête de m’appeler comme ça ! répondit le plus jeune, faisant mine d’être blessé.
Le danseur lui sourit en lui faisant une grimace puis lui dit de le laisser tranquille pour qu’il puisse se reposer un peu et le poussa hors de sa chambre.
Enfin seul, Min-ho prit le temps de réfléchir à la situation.
Il connaissait suffisamment bien Ryosuke pour savoir que, quoi que le rappeur ressente, il ne serait pas en capacité d’agir dans le sens de ses sentiments, blessé par une situation similaire, quelques années auparavant.
Même s’il n’avait pas vraiment la tête à se mêler de leur relation, Min-ho sentit qu’il avait besoin de savoir comment se positionnait William dans l’équation.
Dans cette optique, il décida d’appeler William pour « prendre de ses nouvelles », non sans appréhension.
Les silences et soupirs de ce dernier durant la conversation ne firent que confirmer les soupçons de tout le monde.
Min-ho reposa son téléphone et s’allongea sur son lit, les yeux dans le vide.
Connaissant ses deux amis et leurs failles, il n’arrivait pas à évaluer si la situation pourrait avoir un dénouement heureux, et cela l’inquiétait malgré lui.
Pourtant, après un temps d’approfondissement, impliquant sa propre relation avec Sọlá, il décida qu’après tout, rien n’était écrit.
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La chaleur lourde, associée à l’humidité de la fin juin avaient déjà épuisé tout le monde, quand la tante de William, Takumi expliqua à son neveu qu’elle comptait partir deux semaines dans un ryokan à Kosaka.
Elle proposa ensuite à William de venir à Hayama avec ses amis pendant son absence, étant donné que l’anniversaire de ce dernier approchait.
Peu enclin à fêter son anniversaire, William en glissa tout de même un mot à Sọlá pour avoir son avis.
Cette dernière fut beaucoup plus enthousiaste à l’idée que lui et réussit à l’inciter à faire un week-end avec Narong, Esteban, Min-ho et elle.
Puis, après en avoir parlé avec Min-ho, elle avait finalement dit à William d’inviter Ryosuke, le persuadant que ça ferait du bien à tout le monde de se revoir dans un autre contexte.
William se sentait toujours fragilisé par les dernières pensées qui avaient pris place dans son esprit, mais il ressentait effectivement le besoin de vérifier certaines choses avec son ami.
Il proposa donc à tout le monde de se rejoindre en fin de journée, le vendredi suivant, à la maison familiale de Hayama.
William, Sọlá, Narong et Esteban étaient arrivés en premier et avaient décidé de faire la répartition des chambres afin d’installer leurs affaires.
La distribution de l’espace avait été simple : Sọlá et Min-ho partageraient l’ancienne chambre des grands-parents, et William avait proposé à Esteban d’être son binôme de camping, tandis que Narong allait passer les deux nuits avec Ryosuke, dans la chambre d’enfant de l’hôte.
Laissant de côté la chambre de Takumi pour ne pas envahir son espace, William avait en effet prévu de poser une petite tente d’appoint dans le jardin et avait invité Esteban, habitué aux voyages en sac à dos, à venir l’aider mettre en place leur « nid douillet », comme l’ancien mochilero s’amusait à l’appeler.
Lorsque Min-ho et Ryosuke arrivèrent enfin, ils furent accueillis par Narong et Sọlá, les deux plus jeunes étant occupés à s’installer sur le sol sableux.
Sọlá leur expliqua la répartition des chambres et Narong proposa à son roommate temporaire de lui montrer où poser ses affaires.
À son arrivée dans l’ancienne chambre d’enfant de William, le rappeur se sentit envahi d’une émotion indéfinissable.
Il observa autour de lui, happé par un sentiment d’intimité.
Profitant de ce moment à l’écart des autres, le Thaïlandais s’assit sur son futon et appela Ryosuke de la main, lui indiquant de venir s’installer à côté de lui.
Le rappeur sortit légèrement de son émoi et s’exécuta avec appréhension.
Narong lui sourit avant d’engager la conversation.
— Pas trop déçu de te retrouver avec moi ?
Ryosuke haussa les épaules.
— C’est toujours mieux qu’Esteban… Il est un peu trop emballé de me voir à chaque fois… Enfin, je l’aime bien, hein ? Mais il en fait un peu trop…
Souhaitant mettre à l’aise son interlocuteur, le sourire de Narong s’élargit :
— Esteban ne sera plus un problème, il a compris qu’il n’obtiendrait rien de toi. Tu vas pouvoir te concentrer sur… autre chose.
Ryosuke lui jeta un regard suspicieux.
— De quoi tu parles ?
— D’un beau blond… Narong ne put s’empêcher d’afficher un air malicieux.
— Il n’est pas bl…
Ryosuke s’interrompit, jurant contre lui-même, ce qui déclencha un éclat de rire chez son roommate.
— Tu n’essaies même pas de démentir, c’est une sacrée avancée mon vieux !
Le rappeur regarda autour de lui, honteux d’aborder le sujet en ces lieux et il s’allongea sur le futon en lançant des regards inquiets au Thaïlandais.
Devant le silence gêné de son roommate, Narong hésita à relancer la conversation.
— C’est si difficile que ça à vivre ? finit-il cependant par lui demander.
— Tu le sais depuis quand ? lâcha Ryosuke, pour toute réponse.
Le Thaïlandais fit mine de réfléchir avant de répondre, un sourire empathique aux lèvres.
— Hmm… Depuis la soirée de Noël, je dirais… enfin j’avais des soupçons mais c’était la première fois que je te rencontrais donc difficile de dire… Et toi, tu le sais depuis combien de temps ?
Ryosuke déglutit, se sentant mis à nu.
Il hésitait à répondre par peur de rendre les choses trop réelles, mais avait aussi un besoin urgent d’avoir un regard extérieur.
Le rappeur tenta une approche à la fois prudente mais aussi relativement honnête.
— J’en sais rien… et c’est compliqué… mais de toute façon ça n’a plus d’importance, je ne ferai rien…
Narong se pencha vers lui.
— Comment ça tu ne feras rien ?
— C’est mon ami et je veux que ça reste comme ça, c’est tout. Il faut juste que je mette tout ça de côté, ça ne devrait pas être si compliqué… je l’ai déjà fait, après tout…
Le sourire du Thaïlandais s’était effacé et il le regardait en silence, cherchant comment gérer cette information.
— Tu l’as déjà fait ? Comment ça ?
Ryosuke soupira.
— L’amitié qui se transforme en … autre chose… ça se finit mal et j’ai pas envie de le perdre, c’est tout. T’as pas besoin de connaître les détails de ma vie.
Narong observa le visage triste du rappeur avec attention.
Après un temps, il décida de proposer :
— L’amitié peut aussi se transformer en quelque chose de joli tu sais…
Le rappeur ne répondit pas mais tourna la tête vers son interlocuteur pour essayer de voir si ce dernier semblait savoir de quoi il parlait.
La curiosité l’emportant, il finit par lui demander :
— Tu vas me dire que ça t’est déjà arrivé ?
Ravi de pouvoir partager son expérience, Narong lui sourit à nouveau.
— Oui, Ryosuke, ça m’est déjà arrivé. Ma copine, c’était ma meilleure amie à la base…
Il fit une pause et ajouta malicieusement :
— C’est d’ailleurs à cause d’elle que je suis autant investi dans votre histoire… Bon aussi parce que je m’inquiète pour William étant donné que je l’aime bien… Mais ma copine me demande des updates régulièrement…
Le rappeur se redressa, choqué par l’ensemble des informations.
— Tu es en couple ?
Narong pouffa en voyant la réaction de son roommate.
— Quoi ? Tu as du mal à y croire ? Comment crois-tu que j’ai compris ce qui se passait entre toi et Will ?
Ryosuke le regardait, interdit, mais aussi un peu agacé de s’être inquiété quant à la relation entre William et le Thaïlandais pour rien.
— Évidemment que j’ai du mal à y croire je ne t’ai jamais vu accompagné. Elle est où ?
— En Thaïlande… elle finit ses études, et ensuite elle me rejoint.
— Oh…
Ryosuke se rallongea et mit un bras sur ses yeux pour rassembler ses pensées.
Sans lui laisser le temps de se plonger dans des réflexions sans fin, Narong continua sur sa lancée :
— Tout ça pour dire que tu ne peux pas savoir ce qui va se passer entre vous, Ryosuke. Et de toutes façons, le mal est déjà fait. William sent quelque chose et il a peur de te perdre, c’est une évidence, donc tu ne vas pas vraiment avoir le choix…
Ryosuke soupira lourdement, essayant de faire le tri dans l’ensemble des sensations corporelles qui se mélangeaient chaotiquement en lui.
Après un temps, il finit par avouer :
— J’ai peur, Narong.
Son roommate sourit avec compassion.
— Je sais… alors commence par lui dire ça : que tu as peur. Ça sera toujours mieux que de lui mentir. Il n’est pas idiot, il comprendra…
Après que le silence fut retombé, et sentant que le rappeur avait certainement besoin de solitude pour faire le point, Narong se leva et quitta la chambre, espérant que le week-end permettrait aux deux amis de trouver un moyen de communiquer.
Lorsqu’il sortit enfin de la chambre, Ryosuke croisa Min-ho qui lui demanda de l’accompagner en centre-ville car il leur manquait de l’huile pour le repas du soir.
Ryosuke accepta, pensant ainsi repousser le moment où il croiserait William, mais il tomba nez à nez avec ce dernier en sortant de la maison.
Les deux amis se saluèrent maladroitement, sous le regard préoccupé de Min-ho.
Le danseur avait essayé de se comporter le plus naturellement possible durant la course, mais voyant que le rappeur semblait toujours aussi agité, il finit par prendre les devants, au moment où ils s’installaient dans la voiture.
— Tu veux bien être honnête avec moi et me dire ce qui se passe, s’il te plaît ?
Ryosuke sursauta, tiré de ses pensées par l’intervention de son ami, et soupira, les yeux dans le vide.
— Écoute, je ne veux pas te forcer à tout me dire, mais je te connais, Ryo, et je sais que, pour que tu sois dans cet état, ça implique quelque chose qui touche aux émotions. Et je sais aussi combien c’est difficile pour toi de gérer les émotions fortes… quand tu ne les caches pas au plus profond de toi, du moins…
Le rappeur fit une grimace, agacé que son ami le connaisse si bien.
Parler avec Narong avait été étonnamment facile, car une part de lui se fichait de ce que le Thaïlandais pouvait penser de la situation, mais Min-ho…
Min-ho avait déjà dû gérer tellement de choses ces derniers mois, sans compter la « relation » William et Lee, et le rappeur n’avait pas envie de lui imposer ça.
Mais c’était son meilleur ami, et s’il s’inquiétait, il ne pouvait pas non plus l’ignorer.
Alors, après une très longue hésitation, il décida d’aller droit au but, pour éviter de lui faire perdre son temps.
— Je crois que… j’éprouve plus que de l’amitié pour Will.
Le visage de Min-ho se détendit directement et un sourire reconnaissant s’afficha sur son visage.
— Ouah… merci mec! J’avais peur de devoir te faire tout un discours pour te persuader de m’expliquer.
Son regard se posa sur le visage épuisé de son ami.
— Comment tu te sens ?
— Mal… j’ai la trouille, j’essaye de tout mettre de côté, et j’y arrive vaguement quand je suis loin de lui, mais là… tout un week-end… je ne sais pas comment faire, franchement.
Min-ho réfléchit à ses paroles puis répondit.
— Pourquoi tu es venu alors ?
Ryosuke le regarda, effaré.
— C’est son anniversaire !
Min-ho pouffa de rire en voyant sa réaction.
— Je sais ! Mais tu aurais pu trouver un prétexte pour écourter ta présence…
— Non ! Min-ho, j’ai pas arrêté de faire ça ces derniers mois et ça le blesse, il a l’impression que je ne veux plus être ami avec lui, qu’il a fait quelque chose qui m’a mis en colère ou je ne sais quoi d’autre… Tu le connais, il a toujours l’impression que tout est de sa faute…
Son interlocuteur acquiesça.
— Oui, je sais… par contre… tu es au courant pour ses parents ?
Ryosuke fronça les sourcils.
— Quoi ?
— Sọlá m’a dit qu’il avait reçu un coup de fil de son père le jour même de son anniversaire pour lui annoncer qu’ils divorçaient et que sa mère reviendrait certainement vivre au Japon.
Ryosuke écarquilla les yeux, paniqué par la nouvelle.
— Sa mère revient au Japon ?
— Oui… Enfin peut-être… Écoute, je ne connais pas les détails de leur relation mais j’imagine que toi, oui…
Le rappeur passa ses mains sur son visage.
William allait avoir besoin de lui, alors le reste n’avait plus vraiment d’importance.
— Ok… merci de me l’avoir dit, Min-ho.
Il prit une grande inspiration et alluma le moteur de la voiture, décidé à faire passer son amitié avant tout.
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La soirée d’anniversaire avait bien débuté, et tout le monde avait pris ses marques.
Quand le gâteau d’anniversaire arriva enfin, William put souffler ses vingt bougies, entouré comme il ne l’avait jamais été.
Ses amis avaient décidé de lui offrir des cours de théâtre, à l’école où Narong lui-même était élève, connaissant son goût nouveau pour l’activité qu’il avait touchée du doigt pendant le tournage des MVs avec Dune.
Le cadeau avait ému le jeune homme au point qu’il s’était retrouvé au bord des larmes en le découvrant.
Toute la soirée lui avait fait oublier un temps le chaos émotionnel qu’il avait dû gérer ces dernières semaines et il en était extrêmement reconnaissant.
Par ailleurs, il avait observé Ryosuke attentivement, et il avait noté avec soulagement que ce dernier avait enfin retrouvé un comportement normal.
De manière à ce que tout le monde puisse prendre un peu d’air, ils décidèrent, sur le coup des onze heures du soir, d’aller faire un tour à la plage.
Le groupe avait préparé quelques feux d’artifice mais il ne fallut pas longtemps pour que Min-ho, Sọlá, Esteban et Narong finissent par céder à la tentation de profiter de la fraîcheur de l’océan.
William était resté sur la plage, ayant un peu plus bu qu’à son habitude et Ryosuke, qui était parfaitement sobre, en avait profité pour rester avec lui, afin de pouvoir enfin lui donner son cadeau, prêt depuis un certain temps maintenant.
Les deux amis étaient assis côte à côte, regardant avec amusement leurs amis jouer dans les vagues, quand Ryosuke finit par dire simplement à William :
— Tu as eu une bonne idée d’inviter tout le monde, Will…
William se tourna vers lui en souriant, les yeux malicieusement embrumés par l’alcool.
— Oui c’est chouette de les voir s’amuser…
Il fit une pause.
— Tu n’es pas obligé de rester avec moi, tu sais, tu peux les rejoindre.
Ryosuke lui rendit son sourire.
— Je suis bien ici…
Il attrapa son sac à dos et en sortit le cadeau qu’il avait préparé pour son ami.
William regarda le paquet avec surprise.
— Pourquoi ?
Ryosuke fronça ses sourcils.
— C’est… ton anniversaire…
Son ami hésita et prit l’objet enveloppé qui lui était tendu.
Il l’ouvrit avec délicatesse et en sortit un attrape-rêve sur lequel il crut identifier quelques perles de pierre de lune.
Le jeune homme leva des yeux interrogateurs vers le rappeur.
Ryosuke rougit légèrement, gêné, et il se dépêcha d’expliquer :
— Tu sais que j’avais gardé les perles du bracelet de Natsume-san… Et quand tu m’as offert le bracelet, j’ai eu envie… je ne sais pas… de partager les perles avec toi… enfin… pour te remercier, pour tout. Tu as été vital pour moi à la mort de Natsume-san.
Il prit une inspiration.
— L’attrape-rêve, c’est pour tes nuits agitées… J’ai pensé que si je pouvais trouver un moyen de te soulager un peu…
Profondément touché, et rassuré de voir que Ryosuke avait décidément repris sa place d’ami, William eut de nouveau les larmes aux yeux.
— M… Merci, Ryo. Tu n’imagines pas ce que ça représente pour moi…
Le cœur du rappeur fondit instantanément, sentant que son cadeau était accepté avec autant de plaisir qu’il avait espéré.
Il détailla le visage de son ami, et voyant les larmes embuer ses yeux clairs, il ne put s’empêcher de passer un bras autour de ses épaules pour lui apporter ne serait-ce qu’un peu de réconfort.
Un silence apaisé s’installa entre eux.
William ne s’était jamais senti aussi chanceux, et l’étreinte de Ryosuke lui semblait être la meilleure sensation du monde jamais vécue.
Ryosuke se racla la gorge alors qu’il se décidait à aborder le sujet difficile des parents de William.
— Tu sais… Min-ho m’a dit pour tes parents… et ta mère…
Comme il s’y attendait, il sentit son ami se tendre.
— Oui ? Je… ne sais pas quoi faire, Ryo… si elle revient au Japon…
Le rappeur lui suggéra d’une voix douce :
— Tu n’es rien obligé de faire, Will. Tant qu’elle ne te demande rien…
William se redressa légèrement.
— Je ne pense pas qu’elle me laissera tranquille… et … j’ai peur…
La poitrine de Ryosuke se resserra en entendant les mots de son ami et il l’entoura de son deuxième bras pour le rapprocher de lui, déterminé à être le pilier qu’il avait décidé de devenir.
Un peu engourdi par l’alcool, William se laissa faire, profitant dans le même temps de la chaleur réconfortante de son ami, mais prenant conscience, à nouveau, à quel point sa présence lui avait manquée.
À son tour, il glissa son bras autour de la taille de Ryosuke et murmura :
— J’ai peur d’autre chose, Ryo…
— De quoi ?
Ryosuke sentait les cheveux de William lui chatouiller le cou mais il faisait son possible pour oublier la sensation.
— J’ai peur… que tu disparaisses.
Le rappeur sentit son cœur rater un battement et ses propres craintes réapparurent brutalement.
Il resserra son étreinte, cherchant autant à se rassurer lui-même que son ami.
— Je… ne vais nulle part, Will, promis… réussit-il à articuler avec peine.
William se dégagea un peu de l’étreinte et planta ses yeux dans ceux de Ryosuke afin de vérifier inconsciemment s’il pouvait lui faire confiance.
Le rappeur paniqua face au regard intense de son ami et l’attrapa avec plus de force pour le plaquer contre lui.
Il avait la certitude que confronter ses yeux ambrés feraient éclater sa volonté de n’être que le soutien émotionnel dont le jeune homme avait besoin.
Toujours un peu étourdi par la boisson, William lui rendit son étreinte, sentant cependant qu’une tension chaude s’était installée au creux de son ventre.
Son visage s’était retrouvé au niveau du cou de Ryosuke et, pendant un instant, il se laissa submerger par la chaleur et l’odeur de sa peau.
Il rapprocha encore son nez afin de profiter du bouquet rassurant émanant du cou de son ami.
Ryosuke sentit le souffle chaud de William contre son cou et son cœur se mit à s’accélérer en même temps qu’une vague de chaleur électrisante était en train de l’envahir à son tour.
Cherchant à protéger leur amitié toujours plus fragile, et mettant le tout sur le compte de l’ébriété de son ami, il se dégagea le plus rapidement mais délicatement possible.
Par le mouvement imposé, William reprit ces esprit, et, sans réellement comprendre ce qui venait de se produire, le jeune homme s’éloigna lui aussi.
William sentit alors son cœur se serrer, honteux d’avoir apparemment franchi la ligne invisible qui définissait leur relation.
Il replia ses jambes contre son torse et enfouit sa tête dans ses bras, cherchant une échappatoire à la gêne qu’il ressentait.
Ryosuke, de son côté, le regardait avec anxiété, craignant que son ami ne se soit senti rejeté par son acte.
Après un temps, il décida de briser le silence pesant qui s’était installé et lui tendit une bouteille d’eau:58Please respect copyright.PENANArbkpLx8qxC
— Tu devrais t’hydrater un peu… tu as pas mal bu je crois…
William releva la tête et attrapa timidement la bouteille, en évitant son regard, tandis que leurs amis revenaient vers eux, permettant aux deux jeunes hommes de retrouver un semblant de contenance.
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Après les feux d’artifice, le groupe avait décidé de rentrer enfin, ayant honorablement profité de la soirée d’anniversaire.
Sur le chemin du retour, Narong se glissa aux côtés de Ryosuke, curieux d’avoir des échos concernant ce qu’il avait vu sur la plage.
— Il s’est passé quoi sur la plage ? chuchota le Thaïlandais au rappeur.
Son interlocuteur secoua la tête.
— Je ne sais pas trop, pour être honnête.
— William avait littéralement la tête dans ton cou…
Ryosuke soupira et n’eut aucun mal à se remémorer la sensation.
— Il a un peu trop bu…
Après un silence, le rappeur jeta un œil à Narong.
— Je crois qu’il… a cherché à sentir mon odeur… confessa-t-il, extrêmement troublé.
— Oh ! Il t’a fait un hom ?
Le Thaïlandais semblait à la fois intrigué et ravi.
Ryosuke se tourna vers lui avec un air interrogateur.
— Le hom, en Thaïlande, c’est quand tu poses ton nez contre la joue ou le cou d’une personne aimée et que tu inspires profondément. C’est intime, ça ne se fait qu’avec les personnes vraiment importantes pour nous…
Le rappeur fronça les sourcils et fit un geste de dénégation.
— Will n’est pas Thaïlandais, mec, et c’est sûrement moi qui suis juste trop sensible en ce moment. Oublie ça.
Narong sourit, amusé par la réaction de son interlocuteur.
— Je ne crois pas que le fait de chercher à créer un lien intime avec son autre en respirant son odeur soit typiquement thaï, mais je peux me tromper, taquina-t-il.
Le rappeur détourna le visage, cherchant à cacher ses lèvres serrées qui luttaient contre l’envie d’afficher le sentiment de bonheur qui venait de s’imposer à lui.
De retour à la maison familiale, William était en train de se morfondre sous la tente quand Esteban revint de la douche.
Il passait la soirée au crible afin d’essayer de comprendre le besoin urgent de rapprochement sensoriel qui l’avait submergé lorsqu’il était dans les bras de Ryosuke.
Esteban l’observait du coin de l’œil, se demandant s’il pouvait ou non assouvir sa curiosité sur ce qu’il avait cru voir en revenant de la plage.
— Tout va bien Will ? finit-il par demander, réfrénant un sourire taquin.
Pour toute réponse, son roommate se contenta de pousser un cri étouffé dans son oreiller en battant des pieds sur son matelas.
Esteban ne put retenir un gloussement face à la perte de contrôle évidente de son ami, mais il s’arrêta abruptement quand il vit les yeux embués de ce dernier.
William était de nouveau submergé par un ensemble d’émotions et, alors qu’il tentait de ne pas s’effondrer « bêtement », il lâcha :
— Pourquoi je fais toujours ça ?
— Quoi ? Qu’est-ce que tu fais « toujours » ? demanda Esteban, un peu dépassé par l’état de son ami.
William déglutit, essayant de chasser la boule dans sa gorge, et il dit pour lui-même :
— Il doit me détester…
L’Espagnol plissa le front, ne sachant pas quoi faire de cette information.
— Will… Si tu parles de Ryosuke, c’est impossible qu’il te déteste, tu sais…
Il hésita.
— Tu parles bien de Ryosuke, hein ?
Son interlocuteur fixait un point invisible en face de lui et se contenta d’acquiescer.
Puis, lui tournant le dos incapable de tenir une conversation, William se contenta de murmurer :
— Bonne nuit…
Esteban observa le dos de son ami avec préoccupation, se demandant pourquoi tout paraissait aussi difficile à vivre pour ce dernier, avant de s’allonger et de trouver le sommeil rapidement.
William écoutait l’Espagnol sombrer tandis qu’il cherchait encore un moyen d’apaiser ses pensées.
Seulement, rien d’autre que la réminiscence de la chaleur de l’étreinte de Ryosuke ne semblait lui apporter le réconfort escompté.
Alors que le soleil était en train de se lever, épuisé par la bataille intérieure qui avait fait fureur toute la nuit, William finit par se résoudre à prendre le risque de se laisser bercer par ce souvenir.
Un sourire se dessina alors sur ses lèvres, tandis qu’il trouvait enfin le sommeil.
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Narong se leva avant Ryosuke, lequel, il le savait bien, n’avait pas dormi de la nuit.58Please respect copyright.PENANAKUXHe7QBuQ
Il se leva le plus discrètement possible, et rejoignit Esteban, lui aussi debout, dans le salon.
Les deux jeunes hommes commencèrent par échanger quelques banalités matinales avant que l’Espagnol finisse par demander à Narong comment était Ryosuke en rentrant de la plage.
Le Thaïlandais haussa les épaules.
— C’est compliqué… Quand je les ai vus proches, j’ai cru qu’ils avaient réussi à passer un cap, mais j’ai l’impression que quand l’un des deux fait un pas en avant, l’autre recule…
Son ami soupira.
— Ouais, hier soir, j’ai cru que William était heureux de ce qui s’était passé… mais son visage était tellement triste… Franchement ça me dépasse…
Narong se servit un verre d’eau, réfléchissant.
— C’est impossible de se mettre à leur place… On ne peut rien faire d’autre que de patienter et de les soutenir, j’imagine…
Esteban fit « oui » de la tête et, après un silence, il relança la conversation sur un sujet tout autre.
Peu à peu, tout le monde se leva et ils décidèrent de profiter de la plage avant que les UV ne soient trop forts.
Le groupe passa une bonne partie de la matinée sur la plage, et Sọlá, assise sur la plage à l’ombre du parasol, finit par attraper Min-ho pour qu’il vienne s’installer devant elle pour pouvoir l’enlacer, afin de bénéficier au mieux de ce temps entre parenthèses qu’ils pouvaient s’accorder, loin de Sevenfold.
Encore dans l’eau, Ryosuke les observait discrètement.
Esteban s’approcha alors de lui et lui passa le bras autour des épaules.
— Ils sont toujours collés l’un à l’autre ces deux-là.
Sans quitter la scène des yeux, le rappeur acquiesça.
L’Espagnol le lâcha et lui chatouilla les côtes.
— Jaloux ?
Ryosuke grimaça et se dégagea rapidement de l’assaut.
Son camarade lui sourit avant de lui lancer en s’éloignant à la nage.
— Si t’es jaloux ! Allez, admets-le !
L’échange entre les deux n’avait pas échappé à William, qui sentit un léger agacement s’installer en lui.
Pour autant, il se contenta de s’effacer en plongeant sous une vague qui arrivait vers lui.
Ryosuke regarda son ami disparaître sous l’eau et réapparaître un peu plus loin.
Le souvenir brutal de la sensation du souffle chaud sur son cou déclencha un frisson qui faillit lui donner l’impulsion de le rejoindre, mais il choisit de sortir de l’eau, afin de mettre le plus de distance possible entre eux.
L’après-midi, une fois que le plus gros de la chaleur fut passé, le groupe décida de faire l’ascension du Mont Hayama, sur la proposition de William, afin de bénéficier de la vue, et du soleil couchant.
À l’ombre des arbres et accompagnés par le chant des cigales, les amis montèrent les marches de bois et de pierre en bavardant de tout et de rien.
Ayant passé trop de temps éloigné de Ryosuke durant la matinée, William ne put s’empêcher de se glisser à ses côtés et ils marchèrent un moment en silence, se concentrant sur le chemin.
À de nombreux moments, leurs mains se frôlaient, rappelant aux jeunes hommes leurs propres conflits internes.
Le plus jeune en profita cependant pour examiner la moindre réaction de son ami, afin de savoir, si, en définitive, ce dernier se sentait mal à l’aise quand il s’approchait de lui.
Ryosuke l’observait aussi du coin de l’œil, faisant son possible pour ne lui montrer ni un attrait trop marqué, ni un rejet de sa part.
L’exercice était tellement prenant, que le rappeur faillit chuter en avant - si son ami ne l’avait pas retenu - ayant mal analysé la hauteur d’une marche.
— Merci… dit-il simplement, gêné de se retrouver en position de faiblesse devant lui.
William lui sourit, sentant que l’ego de son ami avait été blessé par la situation et finit par lâcher son bras à regret, lui conseillant à mi-voix :
— Fais attention, Ryo…
Je ne fais que ça, faire attention… se dit Ryosuke, légèrement agacé, après qu’il eut détourné les yeux du sourire trop plaisant de son ami.
Il prit une grande inspiration pour reprendre contenance et continua à avancer.
Le groupe arriva à destination rapidement et, voyant avec bonheur qu’ils étaient seuls, ils purent installer un petit pique-nique afin de profiter du début de soirée avec une vue des plus magiques.
De nouveau, William vint s’installer près de Ryosuke, afin de vérifier que sa présence ne l’indisposait toujours pas.
Le rappeur l’accueillit avec un sourire et lui passa un tupperware de choses à grignoter pour le mettre à l’aise.
Le groupe resta un moment, mais souhaitant rentrer avant la nuit, ils n’attendirent pas que le soleil descende trop près de l’horizon.
Ils arrivèrent à la maison familiale en très peu de temps, rassurés de ne pas avoir à marcher de nuit.
Épuisés par leur journée, ils décidèrent de traîner un peu dans le salon, avant de retrouver leurs chambres respectives.
Narong leva les yeux de son téléphone à l’arrivée de son roommate et put se servir de l’excuse des updates qu’il envoyait à sa chérie pour relancer le sujet de la relation Ryo/Will.
— Alors ? Tu en es où ?
Ryosuke se passa la main dans les cheveux et s’assit à côté de son nouveau confident, assez rassuré de pouvoir faire le point avec une personne objective.
— Je ne sais pas trop… j’ai l’impression que William…
— … Essaye de se rapprocher de toi ?
Le rappeur le regarda avec estime, soulagé de ne pas avoir à finir sa phrase.
— Tu as remarqué ? demanda-t-il simplement.
Le Thaïlandais se permit de prendre un air taquin.
— Il te colle comme jamais tu veux dire…
— Oui mais… c’est aussi parce que… il m’a dit qu’il avait peur que je disparaisse à nouveau… Je pense qu’il vérifie juste qu’on est toujours ami…
Narong se redressa, intéressé par la partie « peur que je disparaisse », sachant très bien que Ryosuke était encore en train de rationaliser.
— Il t’a dit ça quand ?
Ryosuke déglutit, sentant qu’il prenait un risque en abordant de nouveau la soirée du vendredi.
— Quand on est restés sur la plage, tous les deux…
Narong fit son possible pour retenir son excitation à l’idée d’en rajouter une couche.
— Tu veux dire, quand… vous étiez dans les bras l’un de l’autre ?
Les oreilles du rappeur rougirent.
— Quand je l’ai pris dans mes bras pour le réconforter, se dépêcha-t-il de corriger.
Le Thaïlandais se contenta de pouffer en répondant :
— T’es pas croyable…
Son interlocuteur lui lança un regard offusqué.
— Toi, t’es pas croyable ! Arrête de tout interpréter comme ça t’arrange !
— Comme ça m’arrange ? Je ne dis pas qu’on peut pas se faire des câlins quand on est amis, mais le contexte entre vous est différent… Enfin, après tout, tu as certainement raison ! J’interprète trop…
Ryosuke se contenta de porter sa main à son cou, protégeant la marque invisible que la chaleur de William avait laissée.
Son roommate sourit à sa réaction et conclut :
— William t’a choisi, Ryo, tout est déjà fait, crois-moi.
Le rappeur fronça les sourcils et se leva.
— Je vais prendre l’air.
— Bonne idée ! Va faire un tour dans le jardin, tu sais, vers la tente d’Esteban et Will… ne put s’empêcher de lancer le Thaïlandais.
Son ami lui jeta un regard noir mais Narong vit clairement qu’il faisait un effort incommensurable pour retenir un sourire.
— Tu fais chier, Narong… lâcha Ryosuke entre les dents avant de quitter la chambre pour aller, effectivement, dans le jardin.
Juste avant de se coucher, William s’était installé sur l’avancée en bois, essayant vaguement de profiter de l’air avant de se mettre sous la tente.
Il repensa à l’ensemble des évènements du week-end, se demandant si, finalement, il avait pu avoir un semblant de réponse quant à l’attitude de Ryosuke envers lui.
Plus il y pensait, plus le rappeur lui avait semblé se positionner comme un grand-frère vis-à-vis de lui et le jeune homme ne put s’empêcher de ressentir une réelle frustration face à cette observation.
Il soupira et passa ses mains sur son visage.
Pourquoi ça m’agace autant ?
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William fut tiré de son malaise par Esteban qui l’informa qu’il allait se coucher.
Décidé à trouver un moyen de mettre de l’ordre dans sa réflexion, le jeune homme se leva et vint s’installer, lui aussi, sous la tente.
Il regardait l’Espagnol prendre place quand il repensa au rapprochement que ce dernier avec eu avec Ryosuke à la plage.
Réfléchissant aux autres fois où cela s’était produit, il finit par demander à son camarade, essayant d’être naturel :
— Tu penses quoi de Ryosuke ?
Esteban se tendit légèrement, sentant le piège.
— Il est cool…
— C’est tout ?
Son ami lui jeta un regard afin de comprendre où il voulait en venir, puis, après une hésitation, il décida d’être honnête avec lui.
— Il est intéressant et… franchement… c’est un beau mec… non ?
William serra les lèvres, soudain inconfortable avec l’affirmation de son camarade.
Pourtant, contrarié par sa propre immaturité, il ne put s’empêcher de renchérir :
— Tu le trouves beau ou… il te plaît ?
Esteban hésita et, dans un effort pour trouver une échappatoire à la discussion, il lui renvoya la question.
— Et toi ? Comment tu le trouves ?
William sentit ses joues rosir un peu.
— C’est mon ami, donc je trouve forcément qu’il a des qualités…
Esteban pouffa et secoua la tête, voyant que son camarade cherchait, lui aussi, à éluder la question.
Il lui jeta un coup d’œil puis prit une grande inspiration.
— Fais un effort, Will, dis-moi honnêtement ce que tu penses de ton « ami ».
Son interlocuteur réfléchit un long moment, essayant de trouver le meilleur moyen d’exprimer ce que Ryosuke évoquait chez lui, sans toutefois prendre de risque.
— Je dirais… qu’il est un peu… comme … la fin de l’hiver…
Esteban ne put s’empêcher d’éclater de rire.
— La fin de l’hiver ? Vraiment ? T’as pas trouvé plus flou ?
William rougit clairement cette fois-ci mais reprit, en partie pour lui-même :
— La fin de l’hiver c’est pas flou… pas du tout, même…
L’Espagnol observa son ami et secoua de nouveau la tête, se disant qu’il faudrait qu’il raconte ça à Narong.
— Mouais… de toutes façons Ryosuke n’est pas intéressé par moi, si c’est ce qui t’inquiète.
William le regarda, sans savoir si l’information l’avait soulagé ou, au contraire, encore plus irrité.
— Qu’est-ce que tu en sais ? s’enquit-il.
Esteban se retint de lui ouvrir les yeux une bonne fois pour toutes et trouva un moyen peut-être plus doux de lui expliquer :
— Pendant la soirée où vous vous êtes disputés, dis-toi qu’il m’a lâché en plein milieu de la conversation pour aller vérifier pourquoi Narong et toi vous vous faisiez des messes basses vers le frigo.
William ne sut pas vraiment quoi faire de l’information donnée par Esteban.
— Il avait peut-être une raison que tu ne connais pas…
L’Espagnol le regarda, interdit.
— Ryosuke m’a montré que je n’étais pas sa priorité, Will, tu saisis ?
Voyant que son camarade ne réagissait toujours pas, il insista.
— Il m’a montré que TU étais sa priorité.
Le ton d’Esteban était monté d’un cran, ce dernier perdant patience face au déni de son ami.
Voyant l’irritation de l’Espagnol, William ne persista pas et hocha la tête.
Il lui sourit timidement avant de lui souhaiter une bonne nuit, à laquelle le jeune homme répondit dans sa barbe.
William prit une grande inspiration, cette fois réellement rassuré par la discussion qu’il venait d’avoir.
Je suis sa priorité ?58Please respect copyright.PENANA9o16T7CUBM
La poitrine du jeune homme s’emplit d’une chaleur douce lui arrachant un sourire et il se tourna sur le côté, se mettant en boule afin de garder cette sensation le plus longtemps possible.
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Le dimanche matin, le groupe se leva tôt pour profiter une dernière fois de la plage, avant de ranger et nettoyer la maison.
Tout au long du week-end, les jeunes hommes et femme avaient pu renforcer leurs liens et l’ambiance était ludique et joyeuse.
William et Esteban avaient notamment entrepris une bataille d’eau, à laquelle tout le monde finit par se joindre.
Bien décidée à faire parler d’elle, Sọlá prit en chasse Min-ho en premier, puis Narong, pour finir avec William, qui, selon elle, l’avait bien cherché.
Le jeune homme se sentit vite submergé par la volonté féroce de son amie et chercha de l’aide autour de lui, qu’il ne put trouver qu’en la personne de Ryosuke.
Le rappeur, fit son possible pour tenir tête à Sọlá mais c’est Esteban qui les sauva à la dernière minute.
La bataille les ayant amenés dans l’eau, le jeu se transforma rapidement en course poursuite sans règle, ni équipe clairement établie.
C’est dans ce chaos enjoué, qu’Esteban prit en chasse William, l’attrapant par derrière, lequel réussit à se dégager rapidement, pour ensuite partir à la chasse de la personne la plus proche de lui.
Il avança lentement dans l’eau tandis que sa future victime, épuisée par la bataille précédente, semblait avoir déjà jeté les armes.
Quand Ryosuke comprit qu’il ne pourrait pas lui échapper, il lui lança désespérément un :
— Tu n’oserais pas t’attaquer à ton aîné quand même !
William se contenta de plonger vers lui et il réapparut derrière ce dernier, ne lui laissant aucune chance.
Enserrant son ami avec force pour qu’il ne puisse plus bouger, le jeune homme se permit de le taquiner.
— Alors ossan, tu fatigues déjà ?
Ryosuke éclata de rire et marmonna un « t’es gonflé », mais ne chercha pas à se libérer, trop heureux de profiter de ce moment enjoué.
Toujours pris par le jeu, William resserra encore son étreinte, souhaitant montrer sa supériorité à son aîné.
— Ça va, Will, on a compris : tu es plus fort que moi et je m’avoue vaincu ! déclara ce dernier, un peu surpris, malgré tout, par le mouvement de son ami.
Le plus jeune relâcha un peu ses muscles, sans pour autant rendre sa liberté à son ami, pour voir si celui-ci finirait par trouver un moyen de se venger.
Seulement Ryosuke ne réagit pas tout de suite, par fatigue ou par besoin de calme…
Alors les deux jeunes hommes restèrent un moment l’un contre l’autre, ne sachant plus vraiment quelle décision prendre, et trouvant certainement, aussi, la situation un peu trop confortable.
William ayant été le déclencheur de l’action, il finit par se résoudre à relâcher sa victime et à s’écarter d’elle, avec regret.
Ryosuke n’avait toujours pas bougé, mais le vide et le froid laissés par l’éloignement de son ami le désolèrent, il le savait, plus que de raison.
L’ensemble du groupe finit par retourner peu à peu vers la plage, épuisés par la bataille qui avait fait rage.
Le retour à la maison sentait comme une fin de vacances pour tout le monde.
Avec désenchantement, les amis se lancèrent dans les préparatifs du retour à la ville.
Ryosuke et Min-ho furent les premiers à partir, et lorsque la voiture s’engagea sur la route principale, ils se sentirent franchement déprimés.
Durant le trajet, ils restèrent silencieux, se laissant chacun bercer par les souvenirs emmagasinés durant le week-end.
Ryosuke déposa Min-ho dans le parking de Sevenfold puis il rentra chez lui, vidé.
Il ne prit pas le temps de défaire ses valises et se jeta sur son lit.
Après une longue inspiration, il ferma les yeux et laissa affluer l’ensemble des images et sensations éprouvées pendant ce week-end.
Confortablement installé, le rappeur se permit, pour la première fois, de profiter de chaque moment mémorisé, sans les analyser ou les mettre de côté.
Finalement, tout ce temps partagé l’avait rendu heureux, et il avait décidé de s’autoriser à accepter la douceur que cela lui procurait.
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Début juillet, Fukujin Seven devait faire un concert pour leur premier come-back, depuis l’EP de leur pré-début, au live house Shibuya O-Crest.
Pour l’occasion, Min-ho avait proposé à tout le monde de venir les voir, souhaitant avoir un retour sur leur performance scénique.
Cela lui permettrait aussi de présenter le reste des membres à Sọlá, Narong et Esteban, William ayant déjà côtoyé les six durant le Survival.
Ce dernier était impatient car très curieux de voir autre chose que les vidéos ou les contenus diffusés par Sevenfold.
Il avait également hâte de revoir certains membres, comme Hiroshi et Nao, qu’il avait vu tourner autour de Min-ho dès le début des sélections, mais aussi de voir le fameux leader Sang-Ook aka Sean en action, sans oublier les non moins fameux rappeurs officiels du groupe, Luan et Uma.
Ryosuke ayant participé à la production des deux nouveaux titres du groupe, il avait décidé de les accompagner afin de pouvoir leur expliquer le processus créatif du concept proposé par le nouvel EP, ainsi que le rôle de chacun des membres dans le groupe.
Une certaine appréhension s’était malgré tout invitée pour la soirée, les deux amis sachant pertinemment que cela serait la première fois que Lee et William se croiseraient depuis presque un an.
Le show commença à dix-huit heures trente, et le groupe présenta le titre phare de son nouvel EP, suivi du deuxième titre, proposant un style plus underground, pour terminer par quelques covers, retravaillées soit en version pop-rock par les vocalistes Sean, Lee et Nao, soit en version hip-hop par Luan et Uma.
Les fans semblèrent très réceptifs, étant eux-mêmes de cultures musicales ou d’origines diverses et variées, et le groupe d’ami de William ne put qu’être touché par l’ambiance bienveillante de la salle.
Un peu plus d’une heure de show plus tard, le hi-touch fut l’occasion pour les invités de montrer leur soutien aux différents membres du groupe.
Min-ho avait montré quelques photos du week-end à Hayama à ses camarades de Fukujin Seven de manière à ce qu’ils puissent les identifier pendant ce moment bref d’échanges.
Sọlá fut la première à rencontrer l’ensemble des membres, suivie de Narong et d’Esteban.
Quand le tour de William arriva, son appréhension monta d’un cran.
Durant le show, il avait fait son possible pour se concentrer sur l’ensemble de la prestation mais il savait qu’il devrait maintenant se retrouver face à Lee.
La poitrine un peu serrée, il s’approcha du maknae, lequel l’attendait depuis qu’il avait vu arriver Sọlá.
Les deux jeunes hommes s’observèrent pendant quelques secondes, sans réellement se reconnaître.
Le membre officiel de Fukujin Seven avait trouvé sa place, et revoir celui qui l’avait si souvent privé de sommeil, ne lui parut pas aussi troublant qu’il l’avait imaginé.
De l’autre côté de la table, le jeune homme qui lui faisait face, avait lui aussi fait le chemin qui l’amènerait certainement à une vie plus douce.
Les lèvres de William s’étirèrent en un sourire bienveillant, auquel Lee répondit avec la même intention, puis il s’avança vers le leader afin de le saluer à son tour.
Lee détacha alors son regard de son ancien ami et le reporta vers une fan qu’il avait immédiatement reconnue, avec enthousiasme.
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À la fin de l’évènement, Ryosuke attendit la sortie de William, Narong, Sọlá et d’Esteban.
Ses yeux se posèrent sur le plus jeune, recherchant malgré lui, toute trace d’émoi.
William sentit son regard et lui sourit avec soulagement.
Le groupe se dirigea finalement vers un bar afin de débriefer sur leurs impressions concernant le show.
Tous purent partager l’agréable surprise de voir que le groupe semblait avoir pris une voie artistique qui dénotait avec ce que l’on pouvait attendre de l’industrie J-pop ou K-pop actuelle.
Ils félicitèrent Ryosuke pour son apport créatif évident, lequel s’empressa de mettre en avant le dur labeur de son ami Soma et de l’ensemble de l’équipe de production.
Après quelques verres, ils se séparèrent, Narong, Esteban et Sọlá ayant décidé d’aller manger un bout du côté de leur quartier, William et Ryosuke partant dans la même direction, Sasazuka se trouvant à vingt minutes à pied de Shimokitazawa.
Les deux amis firent la plus grande part du trajet, sans réellement savoir quoi se dire, chacun étant perdu dans ses propres pensées.
Arrivés à Shimokitazawa Station, ils sortirent du métro, William ayant décidé de marcher jusqu’à son lieu d’habitation.
Le retour à l’air libre, contrastant avec la climatisation particulièrement poussée du métro par sa chaleur et son humidité encore présentes, les saisit.
William se tourna vers son ami.
— Tu veux que je t’accompagne jusqu’à la porte ? plaisanta-t-il, dissimulant une expression sérieuse, voire attendrie.
Ryosuke secoua la tête en souriant.
— C’est bon, tu as encore de la route. Et puis tu voulais te mater les deux derniers épisodes de ton anime d’une traite, non ?
William se passa la main dans les cheveux, malgré tout un peu honteux de son habitude toujours aussi présente de faire passer la fiction avant la réalité.
— Ouais… Je vais retourner à « mon autre vie ».
Ryosuke posa ses yeux sur lui avec tendresse avant de se détourner, un peu embarrassé. — Ça va bien occuper ta soirée… Son jeune ami chercha son regard, semblant vouloir ajouter quelque chose, mais se ravisa.
Afin de terminer pour de bon l’échange qui s’éternisait sans raison valable, le rappeur finit par lâcher : — Bon bin, passe une bonne soirée devant ton anime, hein ! À plus ! Il leva la main en guise d’au revoir, et commença à s’éloigner. Will lui fit signe en retour. — Merci ! Profite bien de ton temps libre toi aussi !
Ryosuke se retourna un temps, hésitant, puis finit par lancer un dernier « Merci. Salut ! » avant de repartir en direction de son appartement avec une plus grande détermination.
William le regarda s’éloigner en soupirant, et prit le chemin de Sasazuka, bien moins décidé que son camarade.
Arrivé chez lui, le rappeur se dirigeavers le coin cuisine et se débarrassa de son t-shirt le posant sur la chaise, pour ensuite se servir un verre d’eau fraîche.
Il se dirigea ensuite vers sa chambre et s’effondra sur son lit, fixant le plafond, l’esprit ailleurs.
William traîna des pieds jusqu’à son immeuble, dont l’aspect délabré le frappa comme jamais.
Il gravit les escaliers tout aussi dégradés et rentra chez lui, plus déprimé que jamais.
Le jeune homme s’affala sur son lit et ouvrit son ordinateur portable, les écouteurs dans les oreilles, décidé de trouver un peu de réconfort avec son anime.
À la fin de son visionnage, plus intense qu’il ne l’avait anticipé, William se retrouva les larmes aux yeux, au bord de l’explosion émotionnelle.
Durant le générique de fin, il essuya les larmes qui coulaient sur ses joues et se décida à éteindre l’ordinateur.
Le jeune homme resta un moment immobile sur son lit, le temps de digérer toutes les informations.
William était en train de se demander ce que pouvait faire Ryosuke quand il fut sorti de ses pensées par la sonnerie de son téléphone.
Ryosuke était toujours allongé sur son lit, fixant le plafond, quand il décida de faire quelques exercices.
Après avoir pris une douche, il retourna s’étendre sur son lit et prit son téléphone afin de vérifier son planning serré de la semaine.
N’arrivant pas à se concentrer, il finit par faire défiler sa liste de contacts.
Son attention s’arrêta sur « Will » et observa un moment le nom affiché en souriant, puis laissa retomber sa main tenant le téléphone sur le lit.
Une voix étouffée se fit alors entendre : — Allô ? Allô ?
Ryosuke se redressa d’un bond et fixa l’écran allumé, se rendant compte que son pouce avait accidentellement lancé l’appel.
Paniqué, il se résolut à porter le téléphone à son oreille. — A… Allô ?
« Will » était au bout du fil, la voix un peu sourde. — Ryosuke ? C’est toi ?
— Ou… Oui…
— Tout va bien ? s’enquit William, la voix mal assurée, une émotion semblant percer dans sa voix.
Oubliant la surprise provoquée par cet appel accidentel, Ryosuke se concentra sur ce détail et lui demanda, inquiet : — Toi, tu vas bien ? Ta voix est bizarre…
— Hein ? Euh non non, fais pas attention, je viens de terminer mon anime… la fin m’a un peu… bouleversé…
Légèrement rassuré, Ryosuke prit une grande inspiration. — Ok…
Il marqua une pause pour réfléchir à toute vitesse, puis finit par proposer : — Je me demandais si… J’ai … commandé une pizza, mais ils se sont trompés dans la commande et j’en ai deux là… Du coup je me demandais… Enfin, vu que tu as fini… et si tu n’as pas mangé… mais tu dois être fatigué…
— Une pizza ? La voix de William sembla beaucoup plus euphorique. — Ouais carrément ! Je suis là dans trente minutes, si c’est ok pour toi ?
— Euh… Ouais… super ! À tout de suite alors ! L’appel prit fin, laissant le rappeur dans un état de confusion avancé.
Toujours sous le choc, il observa l’écran de son téléphone et un sourire se dessina sur son visage avant qu’il ne prenne conscience d’un léger détail : « Attends ! s’écria-t-il. Mais j’ai pas de pizza en fait ! »
Poussant un juron, il se précipita à la pizzeria en bas de chez lui, et se dépêcha de passer commande, pour rentrer chez lui, épuisé par la course.
À peine eut-il posé les deux cartons sur la table de la cuisine, que l’interphone le fit sursauter.
Il actionna l’ouverture en tremblant, toujours un peu essoufflé.
Peu de temps après, William apparut sur le pas de la porte, un sourire aux lèvres.
L’invité se déchaussa et s’avança dans le studio en regardant autour de lui d’un air satisfait.
— Ryo, tu pouvais pas mieux tomber, je meurs de faim !
Ryosuke, encore abasourdi du tournant soudain de la soirée, mit un moment à reprendre ses esprits. Il se frotta la tête et finit par répondre : — Oui, je me suis dit que ça serait dommage de gâcher…
Sérieusement, Ryosuke?
Le rappeur fit une grimace.
Son ami le regarda, l’air faussement fâché, et se mit à rire.
— Haha, t’inquiète ! Même si c’est juste pour « pas gâcher » je suis content de profiter d’un repas gratuit ! Elles sont pas trop froides ? Il faut peut-être les faire réchauffer, non ?
L’hôte mentit honteusement.
— Non, c’est bon, je… c’est déjà fait.
William observa Ryosuke qui apportait les pizzas sur la table basse avec deux verres d’eau.
— T’as fait du sport le temps que j’arrive ? Tu as l’air d’avoir transpiré…
— Ou… Ouais, tu sais, les habitudes de Sevenfold… Vu les calories qu’on va se taper…
« Ça, au moins, ce n’est pas complètement un mensonge » se murmura-t-il pour se rassurer, tandis qu’il avançait l’eau et une part de pizza vers son ami.
William le remercia et prit enfin le temps de regarder de nouveau autour de lui et remarqua que le petit appartement qui avait toujours ressemblé à un studio d’enregistrement avait finalement pris une allure de lieu d’habitation cosy.
— Tu as changé ta déco ?
Le jeune homme prit un coussin de couleur céladon dans ses bras en accord avec le tapis se trouvant au pied du lit.
Ryosuke se racla la gorge, ressentant une gêne immédiate à l’observation de William.
— Oui, je… j’ai besoin d’explorer d’autres parts de mon identité artistique, et ça passe par… il fit un geste vague… ça.
William le regarda en souriant.
— C’est vraiment intéressant… J’aime beaucoup. C’est plus… vivant… et effectivement quand on y regarde de plus près, ça te ressemble!
Les oreilles de Ryosuke rougirent instantanément et il ne put retenir un sourire.
— Merci.
Il frotta ses mains moites sur son jean large et demanda :
— Et ton anime, alors ?
— C’était déchirant je préfère pas en parler. En plus c’est un anime sentimental, je ne suis pas sûr que ça te parlerait...
— Pourquoi tu penses ça ?
Ryosuke se sentit légèrement blessé par la remarque, ce qui déstabilisa son interlocuteur.
— Non, enfin, je sais pas … On parle pas vraiment de tout ça tous les deux…
William détourna la tête afin d’éviter le regard de son ami.
— Tu en parles avec les autres ? demanda-t-il, incertain de la direction que la discussion semblait prendre.
Le plus jeune haussa les épaules.
— Un peu, mais pas tant que ça… Sọlá a sa relation avec Min-ho que je trouve très inspirante, Esteban n’est pas trop du genre à se poser des questions existentielles donc avec Narong, un peu…
Son regard se perdit un temps , ce qui n’échappa pas à son ami.
Ryosuke se racla la gorge et commenta, le plus objectivement possible :
— Narong a l’air de beaucoup de tenir à toi…
William hésita.
— Je l’aime bien…
Se sentant particulièrement mal à l’aise vis-à-vis des mots prononcés par le jeune homme, Ryosuke se leva pour aller chercher des serviettes en papier, mais surtout, pour mettre fin à la conversation.
Quand il revint s’asseoir, il demanda à William de lui raconter son anime, expliquant qu’il avait réellement envie de comprendre ce qui avait pu chambouler son ami à ce point.
Au bout d’un certain temps, la conversation finit par revenir au concert de Fukujin Seven.
— Tu en as pensé quoi ? demanda simplement le rappeur.
— J’ai vraiment aimé. On voit qu’ils ont énormément travaillé. Je pense que l’EP va bien marcher… et j’ai hâte de voir le visuel qu’ils vont proposer…
Ryosuke réfléchit un temps, puis expliqua :
— Lee a participé à la conception visuelle… Il est très investi et ça a inspiré les autres membres pour participer à l’élaboration des chansons et des chorégraphies. Mr Kangjeon les soutient dans cette voie et je crois que le groupe a réussi à imposer à Sevenfold une liberté que les autres n’avaient pas…
William sourit, murmurant un peu pour lui-même :
— Il continue de dessiner alors…
Le jeune homme laissa son regard se perdre sur le mur en face de lui, égayé par plusieurs répliques d’œuvres d’art connues et, se remémorant un détail de leur passage au Survival, il demanda à son ami s’il avait fini par utiliser le texte sur lequel il avait travaillé.
— Tu sais, sur la peur de perdre sa passion… précisa-t-il.
Le rappeur acquiesça en souriant et se leva pour prendre son téléphone.
Il fit défiler ses nombreux projets qu’il gardait toujours sous la main et, lorsqu’il trouva ce qu’il cherchait, il appuya sur play.
La première version de la chanson que Ryosuke avait amoureusement gardée loin des oreilles d’autres personnes résonna alors dans le studio.
Avec un étonnement mêlé d’émotion, William découvrit que le texte n’était pas rappé, mais que son ami avait décidé de le chanter, accompagné seulement d’un son de guitare.
À la fin de l’enregistrement, un silence ému s’installa, et les deux jeunes hommes échangèrent un regard entendu.
— C’est magnifique, Ryo… Je ne savais pas que tu chantais… hésita le plus jeune.
Le chanteur se passa la main dans les cheveux et plongea une seconde ses yeux bruns dans le regard ambré et humide de son ami.
— J’avais besoin d’essayer autre chose…
William déglutit, se sentant happé par la nouvelle aura qui venait s’imposer à lui.
Sentant que quelque chose d’encore inédit s’était installé entre eux, Ryosuke se leva et débarrassa la table, afin d’échapper à l’intimité trop évidente du moment.
Cependant, son invité le suivit du regard, toujours sous le charme, comprenant avec une certitude éclatante, que de son côté, il n’y aurait plus de retour en arrière possible.
La nuit s’était installée et William finit par déclarer avec regret qu’il devrait rentrer chez lui.
Ryosuke hésita, imaginant un quart de seconde, le bonheur de pouvoir l’avoir à ses côtés une nuit entière, comme ils avaient l’habitude de le faire au début de leur amitié, mais il décida de lui proposer de le raccompagner chez lui.
Laissant de côté sa déception, son ami accepta, à condition qu’il ne l’accompagne que la moitié du chemin, afin qu’il ne perde pas une heure de sommeil.
Les deux jeunes hommes se retrouvèrent donc de nouveau dans la nuit chaude et humide de Tokyo, à marcher dans les rues, malgré tout, encore animées.
Ils finirent par se séparer pour la deuxième fois de la soirée, à mi-chemin, après avoir été silencieux tout le trajet.
De retour à leurs logements respectifs, William et Ryosuke avaient désormais compris et accepté que leur amitié avait passé un cap décisif, sans pour autant avoir la moindre idée de ce qui les attendait pour la suite.58Please respect copyright.PENANA2KwD9rxy6s


