Partie 5/7. Tsuki no Ishi — 月の石 (Pierre de lune)
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Fin mars, Lee et Sang-Ook avaient pu fêter leur anniversaire ensemble, n’ayant que quelques jours de différence, en dehors de leurs trois années d’écart.
Les familles de ces derniers, désireuses de passer un peu de temps avec eux et de les féliciter pour leur pré-début en tant que membres officiels de Fukujin Seven , avaient décidé de quitter le Canada afin de louer un minpaku dans le quartier Shimokitazawa.
Lee accueillit ses deux frères aînés Háo et Jùn, et ses parents, Yǔfēi et Emily avec une émotion non dissimulée.
Sa famille lui avait terriblement manqué et il était ravi de pouvoir partager ce moment avec son ami Sang-Ook, tout aussi impatient de pouvoir serrer ses parents et sa petite sœur dans ses bras.
Les deux Idols passèrent la première journée à flâner dans le quartier avec leurs familles respectives, puis se retrouvèrent autour d’un repas convivial en fin de journée.
Après le dîner, Emily en profita pour dégainer l’album-photo de son fils cadet et se mit à l’exposer fièrement aux personnes présentes.
Entre les nombreux clichés étaient intercalés les dessins du jeune homme, illustrant son évolution artistique.
Sang-Ook put découvrir le talent caché de son ami, soulignant ses capacités par des expressions d’émerveillement.
— Je n’avais aucune idée de tes qualités de dessinateur… Tu es vraiment doué dans tous les domaines, c’est impressionnant.
— Pourquoi ? Il ne dessine plus ? demanda naïvement Jùn.
Lee se raidit face à la question et se contenta de répondre, un léger mépris dans la voix :
— Je n’ai pas vraiment le temps pour ça.
Son frère grimaça mais ne chercha pas à rentrer dans son jeu, connaissant la susceptibilité du petit dernier.
Sang-Ook préféra ne pas relever et continua simplement de feuilleter l’album, jusqu’à tomber sur la dernière photo, illustrant l’équipe B lors de la deuxième semaine du Survival.
Son regard s’arrêta un moment sur le visage de William et il donna un léger coup sur l’épaule de son ami afin d’avoir son attention.
— Tu as des nouvelles de William ? On n’a jamais vraiment compris pourquoi il était parti… Enfin, il était très bien placé les premières semaines et c’est comme s’il avait laissé tomber le dernier jour…
Le visage de Lee se crispa et le jeune homme chercha à se dérober.
— Je crois qu’il avait autre chose en vue… Tu demanderas à Min-ho si tu veux.
Ses parents n’avaient pas perdu une miette de l’échange et Háo ne put s’empêcher de commenter :
— Je croyais que vous étiez, genre, les meilleurs amis du monde ? Tu nous as assez bassiné avec lui !
Emily jeta un regard autoritaire au jumeau et Yǔfēi coupa court à la discussion, prétextant qu’il était tard et qu’ils devraient tous aller se coucher.
Sang-Ook fronça les sourcils et ferma l’album photo pour le rendre aux parents de son ami.
Plus tard dans la soirée, Lee se releva, incapable de trouver le sommeil.
Il descendit dans le salon commun et surprit son père en train de lire sur le canapé.
Le jeune homme salua son paternel puis vint s’installer à ses côtés, un verre d’eau à la main.
Yǔfēi posa son livre et sourit à son fils.
— Comment ça se passe ce « pré-début » ? C’est pas trop la folie ?
Lee haussa les épaules.
— Le rythme est soutenu mais je crois que je suis vraiment heureux. C’est comme si j’avais trouvé une autre famille, et les contacts qu’on a avec nos fans sont incroyables… Je ne pensais pas ressentir autant d’amour de la part d’inconnus.
Le père regarda le jeune homme avec tendresse et répéta pour lui-même « l’amour ».
Il laissa un silence apaisant s’installer entre eux puis sembla changer complètement de sujet, d’une manière qui se voulait désinvolte.
— Je t’ai déjà raconté le moment où ta mère m’a quitté ?
Lee le dévisagea, abasourdi.
— Elle t’a quitté ? Quand ça ?
Son père ne put s’empêcher de rire face à l’expression du jeune homme.
— Ne t’inquiète pas c’est une vieille histoire… Ça date… de quelques temps avant la naissance des jumeaux.
Lee fronça les sourcils.
— Avant la naissance de Háo et Jùn ? Attends ! Comment ça ?
— Disons que je n’étais pas très … mature pour mon âge et que je n’ai pas su gérer l’annonce de la grossesse.
— Quoi ?! Tu plaisantes n’est-ce pas ?
Yǔfēi fit une grimace.
— J’en suis pas fier … mais le plus important c’est que j’ai cru mourir quand elle est partie, Lee. J’ai jamais autant souffert de ma vie…
Lee l’observait, cherchant à comprendre où son père voulait en venir, puis finit par demander :
— Pourquoi elle a changé d’avis ?
Son père secoua la tête.
— Je n’en ai aucune idée… Franchement je pense que c’est surtout parce qu’elle avait peur de gérer ça toute seule…
Il prit une grande inspiration.
— Ce qu’il faut que tu comprennes, c’est que quand elle est revenue j’ai absolument tout fait pour changer… Sans pour autant être certain qu’elle ne finirait pas par repartir…
Yǔfēi fit une pause et son regard se voila d’une tristesse qui secoua son fils.
— C’est difficile d’aimer, Lee… Ça demande du courage, beaucoup de courage…
Le père sourit à son fils et lui caressa doucement les cheveux.
— Mais ça vaut le coup, j’ai eu trois fils incroyables… et Emily est restée près de moi. J’ai de la chance, tu sais.
Après un silence réconfortant, il conclut :
— Je te souhaite d’être heureux, peu importe la forme que ce bonheur prendra, Lee.
Après avoir souri à son fils, Yǔfēi ramassa son livre et repartit en direction de la chambre parentale.
Lee suivit son père du regard, encore un peu sous le choc de la révélation, puis il s’allongea sur le canapé et laissa ses pensées prendre le chemin encore inconnu, que la conversation venait d’ouvrir en lui.62Please respect copyright.PENANAqR79EGK1k6
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Le lendemain, de retour à l’agence, Lee posa son sac et ouvrit le tiroir du bureau pour prendre son carnet de croquis qu’il n’avait pas touché depuis plusieurs mois.
Sang-Ook toqua à la porte et s’avança en souriant quand il vit le carnet dans les mains de son cadet.
— Tu vas recommencer à dessiner ?
Lee soupira.
— Je ne sais pas… Je me disais…
Son ami le coupa.
— Tu sais, je me disais que tu pourrais peut-être montrer tes talents à la Creative team qui s’occupe des visuels pour le prochain EP… Après tout, Ryosuke a bien intégré l’équipe de production, donc je pense que Mr Kangjeon pourrait être intéressé par notre investissement dans le projet, quel qu’il soit.
Le visage de Lee s’éclaira.
— Oui… j’y pensais… mais avant j’ai deux ou trois trucs à régler. Merci Sang-Ook…
Le jeune homme se leva et se dirigea vers la chambre de Min-ho, son carnet toujours à la main.
Arrivé devant la porte, il sentit son corps se crisper.
Il lui fallut prendre un temps pour rassembler ses pensées, mais surtout pour retenir un courage qui menaçait de s’échapper d’une seconde à l’autre.
Après une grande inspiration, il se décida à frapper à la porte.
Une minute plus tard, Min-ho apparut en lui lançant un regard suspicieux.
— T’as besoin de quelque chose ?
Lee se passa nerveusement la main dans les cheveux et répondit en tendant simplement son carnet à son camarade.
Le danseur fronça les sourcils mais saisit l’objet qui lui était tendu, tout en proposant à son cadet d’entrer dans la chambre.
Après s’être assis face à face, Min-ho sur son lit et Lee sur une chaise, l’aîné se mit à feuilleter le carnet de croquis, les sourcils toujours froncés.
Lee le regardait faire, la boule au ventre, sa jambe s’agitant nerveusement.
Quand Min-ho arriva au milieu du carnet, il comprit enfin la présence de son ami.
Le dessin représentait un regard étiré et ambré, dont les traits étaient trop précis, trop ressemblants pour être ignorés.
Le danseur releva les yeux vers le créateur de l’œuvre, un pincement au cœur.
La jambe de Lee s’était calmée, le jeune homme étant maintenant paralysé par des émotions complexes.
Il hésita, une pression insupportable s’installant sur sa poitrine et déglutit.
Min-ho remarqua que les yeux du dessinateur étaient brouillés par les larmes.
— Je suis désolé Min-ho… Tu avais raison… Je suis un hypoc…
Son ami ne le laissa pas finir et se leva pour le prendre dans ses bras.
Lee entoura à son tour son aîné de ses bras et se contenta de répéter, des larmes inondant ses joues :
— Je suis un putain d’hypocrite.
Les deux amis restèrent un moment dans cette position, le temps que toute la tension accumulée entre eux ces derniers mois puisse enfin disparaître.
Au bout de quelques minutes, ils relâchèrent leur étreinte et Min-ho retourna s’asseoir sur son lit.
Il offrit un sourire de compassion à son camarade.
— Merci, Lee, ça n’a pas dû être facile…
Lee secoua la tête, les sourcils froncés.
— Non, merci à toi… tu as été tellement… patient avec moi ces derniers mois… franchement je ne sais pas comment je pourrais me faire pardonner…
Min-ho laissa échapper un rire.
— Bah… je suis parfait, c’est une évidence, et toi t’es juste un sale gosse immature.
Lee se frotta la tête et sourit.
— Ça va on a compris…
— Et maintenant ? s’enquit l’aîné.
Son interlocuteur soupira.
— Tu peux dire à Ryo que…
Il secoua la tête en grimaçant.
— … Tu peux lui demander si ça serait possible que… je fasse des propositions à la Creativ Team pour le prochain EP ?
Min-ho lui jeta un regard malicieux et lui ébouriffa la tête.
— Oui je lui demanderai, sale gosse.
Les oreilles de Lee rougirent malgré son soulagement.
Le jeune homme savait pertinemment que son aîné avait lu entre les lignes de sa demande, mais qu’il lui restait aussi un peu de chemin à parcourir.62Please respect copyright.PENANA6Y6zmz9xib
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Après avoir eu vent de nouvelles informations, Takahashi Ezume avait enfin décidé de confronter directement son antagoniste, obligé d’admettre que Masato avait raison : Min-ho risquait de lui échapper.
Il lui donna rendez-vous dans le café de la rue où se trouvait Sevenfold.
Harawa Nicky approcha la table où son ancien amour s’était installé et vint s’asseoir en face de lui.
Là, elle planta ses yeux dans ceux du Président de Sevenfold et lui offrit un sourire charmeur.
Ezume fit mine de lui rendre son sourire, cachant sa nervosité avec le professionnalisme qu’on lui connaissait.
Sans aucun préambule, il se pencha vers elle et demanda ironiquement :
— Tu donnes des conseils juridiques gratuits, maintenant ?
Nicky éclata de rire et lui fit un clin d’œil.
— J’ai plus d’un tour dans mon sac et je déteste l’injustice, tu devrais le savoir Ezume…
Le Président de Sevenfold se contenta de lancer avec mépris :
— Est-ce qu’il t’intéresse vraiment au moins ? Ou est-ce que tu fais ça pour attirer mon attention ?
Son interlocutrice gloussa.
— Attirer ton attention ? J’ai peut-être mis plusieurs années à me remettre de ta lâcheté mais n’oublie pas que j’ai toujours eu la même ligne de conduite artistique que notre cher Masato. Et je sais que s’il a flashé sur Min-ho, c’est que le gosse est prometteur.
Ezume fronça les sourcils et un sourire mauvais se dessina sur son visage.
— Dis plutôt que Masato et toi, vous vous reconnaissez dans le même idéalisme puéril.
Nicky se redressa pour lui faire face.
— Dis que je suis puérile autant que tu veux, mais comment oses-tu dénigrer l’homme qui a fait de toi ce que tu es, Ezume ? Masato est le cœur de Sevenfold et ses idées t’ont sauvé plus d’une fois.
L’ancien assistant producteur de Sevenfold regarda l’ex-Idol qui avait été obligée d’abandonner son rêve à cause de lui, et déglutit.
Comment une jeune femme si naïve était-elle devenue un être aussi imposant ?
Il tenta de cacher le fait que Nicky avait tapé juste et réajusta son masque de Président.
— Min-ho a signé un contrat et je sais qu’il ne partira pas comme ça. Il est très investi auprès du groupe et n’a aucune raison de gâcher une telle opportunité.
— Je veux juste qu’il comprenne les règles du jeu. Maintenant, il sait qu’il peut choisir de rester avec son amie tout en vivant de sa passion.
La Directrice Artistique de Dune fit une pause, examinant le visage de son interlocuteur.
— Tu veux faire de lui un Idol alors que c’est déjà une icône, Ezume…
Elle sourit avec malice mais posa un regard ferme sur l’homme en face d’elle.
— Alors… Soit tu lâches Min-ho, et je l’accompagne sur le chemin qu’il doit emprunter, soit tu te décides enfin à…
— À quoi ?
Nicky se leva de sa chaise, s’approcha de l’homme qui l’avait quittée par faiblesse, et mit sa main sur le dossier derrière lui.
Lentement, elle approcha son visage de l’oreille de son interlocuteur et murmura :
— À être un homme, Ezume.
L’ancienne Idol lui sourit, fit glisser un doigt sur les lèvres de son adversaire puis se redressa et l’abandonna à son sort.
Ezume accompagna sa silhouette du regard et ce n’est qu’une fois qu’elle fut sortie du café, qu’il put enfin respirer à nouveau.
Blessé par son incapacité à avoir eu le dessus sur la confrontation, le Président de Sevenfold serra les poings et sortit à son tour du café, déterminé à ne pas la laisser gagner.
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Le mois de mai arrivait enfin, et, grâce à l’intervention évidente de Nicky, Min-ho avait finalement eu un aval officieux concernant sa relation avec Sọlá, à condition de « rester discret ».
La chose n’allait pas être si difficile à mettre en place, en réalité, étant donné qu’après la sortie du premier EP pour leurs débuts, Fukujin Seven devait maintenant faire une tournée de présentation du groupe dans plusieurs villes du Japon et en Asie du Sud-Est.
Le déplacement durerait un mois et demi, et permettrait au groupe de présenter quelques titres non officiels et des covers de chansons connues, afin de tester leur présence scénique, renforcer leur lien avec le fandom existant et de faire un peu plus parler d’eux.
Sọlá vivait plutôt bien l’annonce de l’absence de Min-ho, s’étant sentie choisie par son amoureux et, surtout, étant rassurée de ne pas être un frein à son évolution professionnelle.
Elle pouvait donc profiter pleinement de son temps libre et mettre en place les différents projets qu’elle avait en tête.
William, de son côté passait de plus en plus de temps avec Narong, regrettant le peu de nouvelles de Ryosuke.
Le rappeur semblait, certes, crouler sous le travail, et il fallait admettre que le décalage entre leurs habitudes de vie n’arrangeait rien, mais William se sentait abandonné et il ne pouvait s’empêcher d’en vouloir à son ami.
À cela s’ajoutait un épuisement face aux trois activités qu’il essayait de mener de front, sans pour autant lui garantir un salaire régulier.
Avec le temps, il s’était rendu compte que son travail au konbini ne le dérangeait pas, mais aussi que l’idée de pouvoir danser ou faire un peu d’acting au second plan dans le cadre des MV pour Dune, lui convenait de plus en plus.
En revanche, le modeling lui demandait une gestion de son temps et une présence sur des réseaux sociaux qui le fatiguaient, voire l’angoissaient.
Heureusement, le jeune homme avait la chance de pouvoir échanger régulièrement avec Narong sur le sujet, ce dernier étant devenu son nouveau confident privilégié, puisqu’il se posait des questions similaires.
Le Thaïlandais cherchait de son côté à valoriser sa formation de comédien en participant à des projets qui, selon lui, l’aiderait à se positionner professionnellement, tout en respectant ses valeurs.
Les deux compagnons pouvaient par ailleurs passer des heures à se promener dans le quartier de Shimokitazawa ou à discuter autour d’un café.
Cependant, ayant des difficultés à trouver du temps pour voir leurs acolytes, Esteban et Sọlá, simultanément, ils avaient finalement décidé d’organiser une soirée tous les quatre afin de pouvoir enfin profiter les uns des autres.
Sachant que Ryosuke ne ferait pas partie du personnel accompagnant le groupe en tournée, et que William peinait à avoir de ses nouvelles, Sọlá avait proposé à son ami de l’inclure.
Ce dernier avait hésité un temps, puis avait fini par envoyer un message au rappeur, sans trop y croire.
Lorsque Ryosuke reçut le message, il était en train de rentrer chez lui, un peu anxieux à l’idée d’avoir du temps libre.
Pris par de nombreuses contradictions, il dut relire le message plusieurs fois avant de pouvoir prendre une décision.
Depuis un certain temps, le jeune homme se sentait troublé à l’idée de revoir William, sans réussir à comprendre pourquoi.
Toutefois, il devait se rendre à l’évidence que son attitude devait paraître étrange et, malgré son appréhension à retrouver « le monde de Will », il se décida à accepter la proposition de les rejoindre chez Esteban et Narong, dans le quartier de Koenji.
À peine eut-il sonné, que l’Espagnol surgit et le prit dans ses bras.
Un peu abasourdi par la chaleur légendaire de l’hôte, Ryosuke mit un certain temps à se dégager poliment de l’étreinte et tendit le pack de bières à Sọlá qui était venue à son secours en riant à gorge déployée.
Le rappeur les suivit ensuite dans le salon et remarqua Narong et William en train de s’affairer du côté cuisine.
Ils le saluèrent puis vinrent rejoindre le groupe, les bras chargés de choses à grignoter.
Le temps que tout le monde arrive, Esteban en profita pour tirer l’invité vers lui afin qu’il s’installe à ses côtés, trop heureux de pouvoir enfin profiter de sa présence.
William finit par s’asseoir à la dernière place disponible, entre Sọlá et Narong, en face du canapé où Esteban et Ryosuke semblaient avoir élu domicile.
Un peu déstabilisé de revoir son ami dans ces conditions, William lui jetait régulièrement un œil en souriant timidement, cherchant à comprendre pourquoi un fossé semblait s’être creusé entre lui et la personne dont il était la plus proche, quelques mois auparavant.
La soirée avançait et William avait passé un temps non négligeable à observer attentivement la dynamique à l’œuvre sur le canapé.
En effet, il avait pu remarquer qu’Esteban s’était rapproché de Ryosuke et ce dernier semblait de plus en plus à l’aise avec la situation.
Le jeune homme savait que l’alcool avait un pouvoir étonnamment transformateur sur son aîné quand il se sentait en confiance, et l’aisance tactile de l’Espagnol associée à un candide enthousiasme face à tout ce que son voisin pouvait exprimer, avait fait fondre les barrières invisibles qui entouraient habituellement le rappeur.
Dans une certaine mesure, cela rassurait William, mais il se sentait également frustré de ne pas pouvoir approcher son ami qui lui manquait maintenant d’une manière évidente.
De son côté, Narong, sentant que son voisin ne profitait pas pleinement de la soirée, lui proposa de l’accompagner côté cuisine, afin qu’ils ramènent des boissons.
William l’accompagna avec regret, déçu de ne pas pouvoir garder un œil sur les échanges en cours sur le canapé.
Arrivés près du réfrigérateur, le Thaïlandais se pencha vers son camarade et chuchota :
— Ryosuke est plus détendu, c’est bien qu’il trouve ses marques avec nous, non ?
William fronça les sourcils une demi-seconde, affichant un sourire circonspect.
— Oui, je suis content qu’il ait accepté de venir… mais, ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu, j’avais espéré passer un peu de temps avec lui.
— Qu’est-ce qui t’en empêche ? lui demanda naïvement son interlocuteur.
William sentit sa poitrine se serrer légèrement et haussa les épaules, ne sachant que répondre.
Après avoir réfléchi, il essaya de s’expliquer.
— Je ne sais pas… J’ai l’impression qu’on s’est comme… éloignés, sans que je comprenne pourquoi… Et il a l’air d’apprécier Esteban, je ne veux pas les déranger.
Narong détailla le visage de son ami et cligna des yeux tentant de comprendre où était le problème.
Prenant note de l’expression faciale de son interlocuteur, William reprit :
— D’habitude on se retrouve seuls, lui et moi… C’est bizarre de devoir faire un effort pour essayer de lui parler.
Le Thaïlandais secoua la tête en fronçant le front.
— Je t’avoue que je ne comprends pas en quoi c’est si difficile de discuter avec un ami, mais bon…
Il haussa les épaules un sourire empathique aux lèvres et entreprit de sortir plus de bières.
William resta un moment silencieux, essayant de mettre de l’ordre dans ses pensées et ressentis, et sursauta quand il entendit son nom.
— Will ?
Le jeune homme se retourna.
— Tu… as besoin d’aide ? demanda Ryosuke.
Ses yeux étaient un peu embrumés par l’alcool, et il semblait ignorer Narong avec détermination.
Ce dernier ne fit pas cas de l’attitude étrange de l’invité et prit quelques bières afin de les apporter dans le salon.
William, en revanche, avait noté le comportement du rappeur, qu’il jugea mal à propos.
Il lui tendit une bière d’un geste brusque, ne pouvant dissimuler son agacement.
— Tout va bien ? Esteban a enfin décidé de te rendre ta liberté ? tenta-t-il de plaisanter.
Le rappeur s’appuya contre le frigo en croisant les bras et répondit, sans regarder son interlocuteur.
— Il a l’air content de me voir… J’apprécie…
Piqué par le reproche dissimulé dans la phrase, William répliqua :
— Moi aussi je suis content de te voir Ryo. Tu m’as manqué.
Son ton était légèrement provocateur, ce qui arracha un sourire ironique à son ami.
Un silence étrangement lourd s’installa entre les deux jeunes hommes.
— Haruko demande sans arrêt de tes nouvelles… Elle cherche à savoir quand est-ce qu’elle te reverra enfin… finit par lâcher Ryosuke, d’une voix rauque.
Le cœur de William se serra à l’évocation de la mère de son ami, qui l’avait accueilli comme un membre de la famille.
Cela vint atténuer légèrement sa frustration envers le silence du rappeur de ces dernières semaines, ainsi que l’agacement qu’il ressentait vis-à-vis de son comportement désagréable lors de cette soirée.
William chercha les yeux de son ami.
— Je ne peux tout de même pas aller la voir sans toi… Si?
Ryosuke haussa les épaules.
— On pourrait essayer d’y retourner ensemble, mais on a des vies qui ne semblent pas s’accorder.
Il avait planté ses yeux dans ceux de William, lui permettant d’assurer un propos, qu’il savait pourtant être en partie mensonger.
Son interlocuteur soutint son regard un moment puis il finit par pousser un soupir d’exaspération en secouant la tête.
William ne se sentait définitivement pas à l’aise avec cette discussion et il commençait à être ulcéré par l’attitude générale du rappeur.
Il cherchait à le contourner pour retourner au salon quand Ryosuke lui saisit doucement le bras.
— Excuse-moi, Will… Je… J’ai trop bu…c’est tout.
Au lieu de l’apaiser, la phrase fit monter d’un cran la mauvaise humeur du jeune homme.
Clairement en colère contre le rappeur, William fouilla dans la poche de son jeans et en sortit un petit paquet qu’il mit de force dans la main de son ami.
— Je te l’avais pris pour ton anniversaire mais tu n’étais pas vraiment disponible… Fais-en ce que tu veux.
Sans lui laisser le temps de répondre, William laissa là le rappeur et s’excusa auprès de ses amis, avant de prendre sa veste et de s’échapper d’une situation qu’il ne comprenait pas.62Please respect copyright.PENANA6SjQLtiCVZ
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Blessé par l’échange qu’il avait eu avec la personne qu’il attendait de revoir depuis si longtemps, William décida de rentrer chez lui à pied.
Il lui faudrait un peu plus d’une heure pour faire le trajet et c’était exactement ce dont il avait besoin.
Le jeune tokyoïte avait beau y penser, rien de ce qui s’était passé pendant la soirée n’avait de sens.
Pire, quelque chose avait changé dans leur relation, et il avait l’impression qu’il ne comprenait plus Ryosuke.
En plus de la colère, une boule d’anxiété avait pris place dans son estomac au cours de la soirée mais elle semblait plus massive encore depuis qu’il avait fui son groupe d’amis.
Cela le renvoya d’une manière désagréable à une solitude qu’il avait oubliée, et ses pensées se mirent à se mélanger, laissant peu à peu la place à de vieilles angoisses.
William était en train de s’immerger dans un chaos émotionnel intense, lorsqu’il arriva au niveau du pont de la rivière Zenpukuji.
En traversant le pont, une brise légère vint lui caresser le visage pour le ramener une seconde à la réalité du monde.
Le jeune homme en proie à une agitation extrême s’arrêta et s’accouda à la rambarde.
Il fut surpris par la fraîcheur du métal qui lui provoqua un frisson et il plongea son regard dans l’eau sombre, presque noire.
Ses yeux se perdirent un moment sur les reflets lumineux de la ville tremblant à la surface de la rivière.
« Excuse-moi, Will… Je… J’ai trop bu…c’est tout. »
La phrase résonnait dans sa tête, venant faire écho à celle que son père finissait toujours par lui dire, après que sa mère se fut perdue dans un flot de reproches mêlé d’excuses incohérentes :
« Ne fais pas attention à ce qu’elle dit, tu sais bien comment elle devient quand… »
Il ne finissait jamais la phrase, rappelant ainsi à son fils la loi du silence en vigueur au sein de la famille.
… quand elle a trop bu.
La poitrine de William se serra d’un coup et un mélange de colère et de tristesse l’envahit.
Pourquoi son père la laissait-il faire ?
Pourquoi le jeune homme avait-il l’impression de rendre sa mère malheureuse, quoiqu’il fasse ?
Et maintenant, pourquoi Ryosuke semblait-il lui en vouloir ?
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C’est ma faute.
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Les yeux du jeune homme s’embuèrent.
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Je ne suis assez bien pour personne.
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Une oppression s’installa sur sa poitrine et son cœur se mit à s’accélérer.
Instinctivement, il s’accrocha à la rambarde avec force pour ne pas sombrer.
Sa tête menaçait d’exploser quand il crut entendre :
« Ce n’est pas de ta faute, William. Ce n’est pas de ta faute ce qui arrive à ta maman. »
Cette voix.
Obāchan ?
Il leva les yeux de la surface miroitante qui était en train de le happer.
« E… Excusez-moi »
Se redressant subitement, il se retourna vers la voix féminine qui semblait s’adresser à lui.
— T… Tout va bien ?
Une jeune femme le regardait avec inquiétude.
William la fixa d’abord sans la voir, puis un sentiment de honte le submergea.
Il répondit avec précipitation, la voix mal assurée.
— O… oui tout va bien. Désolé de vous avoir dérangé. Tout va bien, je vous assure.
William continua de s’excuser deux ou trois fois en prenant la fuite dans la direction de son quartier.
La course lui permit de se débarrasser d’une partie de son tourment et il arriva à son appartement épuisé, mais les pensées plus claires : il devait savoir ce qu’il se passait, il devrait parler à Ryosuke.
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Après le départ précipité de son ami, Ryosuke s’était retrouvé comme un idiot, embarrassé par les regards inquiets des proches de William.
Personne n’avait réellement compris ce qui venait de se passer entre les deux jeunes hommes, mais voyant que le rappeur semblait autant confus qu’eux, ils avaient préféré le laisser tranquille.
Narong et Esteban proposèrent à l’invité de lui appeler un taxi afin d’être certains qu’il arriverait à bon port, étant donné son état d’ébriété avancé.
Le Thaïlandais décida de l’accompagner jusqu’en bas malgré son refus farouche, et ils attendirent l’arrivée du taxi dans la nuit déjà bien avancée.
Voyant que l’hôte lui jetait des regards curieux et légèrement agacés, Ryosuke finit par lancer :
— Dis ce que tu as à dire.
Son interlocuteur hésita puis, prudemment, il demanda :
— Il se passe quoi entre vous deux ?
Ryosuke serra les lèvres.
— Rien… J’ai juste été stupide… je crois…
Narong fixait maintenant le jeune homme avec intensité.
— Tu es important pour William. Il faut que tu règles ce que tu as à régler parce que là, tu lui fais du mal.
Le rappeur se crispa, agacé d’avoir à entendre ce genre de discours de la part de celui qu’il avait décidé de mépriser sans raison valable.
— Je sais, se contenta-t-il de répondre entre ses dents.
Le jeune modèle sourit d’un air sarcastique.
— Si tu sais, alors tant mieux, mec.
Le taxi arriva, libérant les deux hommes d’un échange qui semblait ne mener à rien.
Narong aida cependant Ryosuke à se hisser dans le taxi, en se permettant de répéter :
« Règle ce que tu as à régler ».
Le rappeur répondit par une grimace et se laissa conduire jusqu’à chez lui.
En arrivant dans son studio, il commença à se déshabiller machinalement mais sa main se posa sur le petit paquet dans la poche de son pantalon.
Le jeune homme sortit l’objet emballé que William lui avait donné avant de disparaître.
Sa culpabilité le fit hésiter un temps, mais il se décida à l’ouvrir fébrilement.
Les yeux écarquillés, il sentit son cœur se serrer à la vue de ce qui était apparu entre ses doigts :
c’était un bracelet de pierres de lune, liées entre elles par un tressage de fils noir.
C’était le même qu’il n’avait pu porter que les premiers jours du Survival, avant qu’il ne se casse.
Sous le choc, Ryosuke se leva et se versa un grand verre d’eau.
Comment William avait-il pu se souvenir de ce détail ?
Penché sur l’évier de la kitchenette, le rappeur déglutit pour chasser la boule de tristesse et de honte qui s’était installée dans sa gorge.
Il chercha en vain à analyser et mettre de côté ce que le cadeau venait de réveiller en lui mais, pris d’une vague de sentiments et d’émotions indéfinissables, il dut s’agripper au rebord du meuble qui lui faisait face, de peur que ses jambes ne cèdent sous son poids.
Sentant sa poitrine se serrer, il porta sa main sur son cœur tandis que ses yeux s’étaient embués de larmes.
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T’es un idiot, Ryosuke.
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William avait laissé passer quelques jours après la soirée, réfléchissant à la manière d’aborder le sujet du comportement de son ami.
Depuis la soirée, le jeune homme luttait contre sa colère et ses angoisses, mais il avait la certitude que Ryosuke lui cachait quelque chose d’important et il était hors de question de laisser passer ça.
La nuit était en train de tomber et William allait prendre son téléphone pour lui envoyer un message quand il entendit toquer à sa porte.
Intrigué, il regarda par le judas et découvrit avec un mélange d’appréhension et de joie que le rappeur avait décidé de faire le premier pas.
William ouvrit la porte d’une main mal assurée, salua maladroitement son ami et l’invita à entrer.
Ryosuke le remercia sans oser le regarder et se dirigea timidement vers le centre du studio.
Il resta là un moment, immobile, les mains dans les poches de son sweat à capuche, puis finit par lâcher dans un souffle :
— Je suis désolé pour… la dernière fois et pour… tout le reste.
William fronça les sourcils, n’étant pas certain de comprendre ce qu’incluait « tout le reste ».
Il observa la silhouette qui semblait paralysée au milieu de la pièce et se racla la gorge, se sentant extrêmement anxieux à l’idée de la discussion qui devrait avoir lieu.
Sachant cependant qu’ils ne pourraient pas rester indéfiniment à se regarder en chiens de faïence, William se frotta le bras, comme pour se réchauffer, et proposa à son ami de s’asseoir sur le lit.
Dans une économie de mouvement, il s’assit lui-même sur le sol, en face de Ryosuke.
Après un silence difficile, William déglutit.
— Est-ce que c’est de ma faute ? Est-ce que j’ai fait quelque chose ?
Ryosuke leva des yeux écarquillés vers son ami.
— Non ! Non, Will ! C’est moi… Je suis désolé ! répondit-il avec force.
Le rappeur hésita un moment, légèrement ébranlé.
— Je… n’ai pas été un très bon ami depuis… un certain temps… Je…
Débarrassé en partie d’un sentiment persistant de culpabilité grâce à la parole prononcée par son ami, William décida cependant d’obtenir des réponses aux nombreuses questions qui l’avaient privé de sommeil.
Reprenant un peu d’assurance, il regarda Ryosuke et lui demanda avec plus de force qu’il n’avait imaginé :
— Qu’est-ce qui se passe ? S’il te plaît… dis-moi !
Ryosuke se crispa, pris au piège des sentiments complexes qu’il essayait de dissimuler.
Son langage corporel déstabilisa William qui s’accrocha à son propre t-shirt pour se donner du courage.
Essayant malgré tout de faire avancer la discussion, le jeune homme continua sur sa lancée :
— Ça me rend… Je ne sais pas… J’aimerais juste que tu me fasses confiance et que tu me parles, Ryo !
Le rappeur se décida enfin à créer un contact visuel, et son regard croisa les yeux clairs de William mais un frémissement l’empêcha de se lancer.
Toujours plus troublé, il tourna rapidement la tête pour cacher le chaos qui menaçait de le submerger.
Sentant le regard de William toujours sur lui, il chercha à s’agripper au dessus de lit sur lequel il était assis, et prit plusieurs inspirations pour tenter de reprendre contenance.
Le comportement de plus en plus étrange de Ryosuke ne fit qu’augmenter l’inquiétude de William.
Pris d’une impulsion, il se leva pour aller s’asseoir à côté de lui.
Après une hésitation, le cadet mit une main sur l’épaule de son ami.
Un second frisson, presque douloureux parcourut Ryosuke et son corps se raidit d’un coup.
Surpris et un peu froissé par la réaction corporelle du rappeur, William retira lentement sa main.
Un silence pesant s’installa entre les deux jeunes hommes.
William détailla l’attitude générale de son ami, cherchant désespérément à comprendre ce qui semblait le tourmenter.
L’image d’Esteban collé à Ryosuke durant la soirée s’imposa alors à lui d’une manière désagréable.
— Pourquoi ? laissa échapper William dans un souffle.
L’aîné se redressa.
Son regard croisa de nouveau les yeux tristes et pourtant si beaux de son ami et, pendant un instant, il oublia de respirer.
— Pourquoi quoi ? demanda-t-il, la voix rauque.
William serra les lèvres.
— P… Pourquoi Esteban peut te toucher et pas moi ? finit-il par dire, se sentant rougir instantanément sans en connaître la raison.
À ces mots, le cœur de Ryosuke fit un bond et il cacha instinctivement ses oreilles qui s’étaient embrasées.
Pour tenter de reprendre le contrôle de la situation, le rappeur se décala pour mettre de la distance entre eux.
À nouveau déstabilisé par son action, le regard de William se perdit un moment sur les traits fins de son ami, puis sur ses mains plaquées nerveusement sur ses oreilles.
Ici, ses yeux furent attirés par le bracelet qui dépassait de la manche du sweat à capuche noir.
Ryosuke remarqua le mouvement des yeux de William et dissimula le bijou en tirant sur sa manche.
Prenant soudainement conscience que son acte n’avait aucun sens, il se racla la gorge et remonta de nouveau sa manche.
Son geste permit de découvrir ainsi les perles de pierre de lune auxquelles il put se raccrocher pour mettre fin à des questions qui mettaient en péril leur amitié.
La voix toujours un peu fragile, le rappeur demanda simplement :
— Comment tu as pu savoir pour… ça ?
L’ensemble des agissements de son ami et ce qu’ils lui faisaient vivre, avaient mis William dans une confusion inégalée, et il dut prendre un certain temps pour rassembler ses pensées.
Le jeune homme cligna les yeux, cherchant une réponse qui ne semblait pas venir.
— Je ne sais pas… je me suis juste rappelé l’avoir vu quand on s’est rencontrés et… après tu ne l’avais plus… J’ai trouvé ça dommage…
Le silence retomba.
William n’avait aucune idée, en réalité, de la raison pour laquelle son esprit avait mémorisé ce détail.
Il fronça les sourcils.
— Tu trouves ça bizarre, que je m’en souvienne ?
Ryosuke jeta un œil à son ami et prit le temps de réfléchir à la question qui venait de lui être posée.
Cependant, décidé à retrouver un semblant de relation amicale normale, il sourit au jeune homme pour le rassurer.
— Non, c’est pas bizarre… mais ça m’a touché.
Il hésita puis répéta avec un sourire sincère :
— Ça m’a vraiment touché, Will.
William laissa échapper un soupir de soulagement.
Le sourire du rappeur s’élargit en voyant que son interlocuteur s’était détendu face à sa réponse. Reprenant contenance, il lui expliqua avec une voix douce :
— C’est Natsume-san qui me l’avait offert, quand… je n’allais pas très bien. J’étais triste que le bracelet se casse et j’avais gardé les perles dans un sachet…
Par ces simples mots, William sentit son lien avec Ryosuke retrouver un début de solidité.
Le visage du jeune homme s’illumina.
— C’est vrai ? Alors il te plaît, hein ?
Le rappeur sentit son corps se détendre, rassuré de ne plus être une source de malheur pour William.
Mais dans le même temps, les dernières défenses de Ryosuke s’effritèrent en voyant la joie candide et lumineuse qui avait enfin pris place sur le visage de son ami.62Please respect copyright.PENANAyzbQvcKy2T
Égoïstement, il prit le temps de détailler les traits toujours plus séduisants de William.
Il hésita un temps, puis dans un souffle qui refusait de cacher son trouble, il avoua :
— Oui, j’aime … beaucoup.
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Ryosuke avait pris congé rapidement après la discussion, prétextant, comme toujours, une grosse journée de travail à venir.
Il se sentait à moitié soulagé de la manière dont les choses avaient tourné durant leur rencontre, mais savait qu’il lui faudrait faire beaucoup d’efforts afin de retrouver une relation amicale digne de ce nom avec William.
Toutefois, ce qui lui était le plus difficile à gérer, c’était l’ensemble des sensations ne l’ayant pas lâché de toute leur entrevue.
Le rappeur passa donc les jours suivants à analyser les échanges qu’ils avaient eus ces derniers temps, afin de comprendre pourquoi il n’était plus capable de le voir simplement comme un ami.
Les premiers jours il ne trouva pas réellement ce qui aurait pu faire un déclic, alors, une nouvelle nuit d’insomnie, il se força à prendre le temps de remonter un peu plus loin dans sa mémoire.
Était-ce à cause de sa présence rassurante à la mort de Natsume-san ?
Ou quand William lui avait parlé du baiser échangé avec Lee ?
À mesure que les souvenirs affluaient, Ryosuke se sentait de plus en plus perdu.
Les moments partagés avec son ami étaient en train de surgir avec une clarté déstabilisante : un regard échangé pendant la soirée d’anniversaire de Min-ho grâce auquel il se sentit compris, leurs discussions nocturnes qui soulageaient sa solitude face aux insomnies, le magnétisme de William lorsqu’il chantait ou dansait.
Mais plus troublant encore, le rappeur ressentit une irritation évidente, quand la dynamique à l’œuvre entre Lee et William pendant le Survival lui revint à l’esprit, et un soulagement quand il se repassa le moment où William était en train de faire son sac, le dernier jour.
Puis son départ l’avait clairement perturbé, jusqu’à déclencher le fameux appel à Haruko, permettant à Ryosuke de faire un début de deuil brutal quant à l’abandon de son père.
Enfin, le tout premier souvenir arriva devant ses yeux clos : l’arrivée du nouveau membre de l’équipe B dans la salle de danse.
Le rappeur ressentit de nouveau la frustration de l’instant où Lee avait interrompu son premier mouvement pour le saluer.
Allongé sur son lit, Ryosuke sentit son cœur se serrer et il se redressa brusquement.
Tous les évènements inscrits dans sa mémoire semblaient s’être teintés de sentiments et d’émotions dont il n’avait pas voulu prendre conscience jusqu’à cet instant.
Mais alors, tout ce temps passé avec William depuis son départ de Sevenfold, l’engagement du rappeur auprès de lui pour l’aider à trouver un logement proche de son quartier de cœur, tous les moments où il avait déserté l’agence pour passer du temps avec lui plutôt qu’avec les membres de son crew…
… toutes les décisions qu’il avait prises n’auraient pas été par amitié ?
Il aurait attendu quelque chose d’autre, depuis le début ?
Si c’était le cas, était-il en train de mentir à son ami le plus proche depuis tout ce temps ?
Ryosuke sentit la panique et la honte l’envahir.
Il se prit la tête entre les mains et essaya d’analyser objectivement toutes ses actions.
Malgré le bouleversement interne qu’il était en train de subir, et contre toute attente, son seul autre véritable ami lui revint en tête : Min-ho !
Oui ! Il aurait fait la même chose pour Min-ho ! C’était certain !
Le rappeur poussa un soupir de soulagement et resta un moment immobile, se souriant à lui-même, rassuré de ne pas être le monstre qu’il était en train d’imaginer quelques secondes auparavant.
Il se leva pour se servir un verre d’eau afin de se remettre de ses émotions en attrapant son téléphone par automatisme et fit défiler les photos de l’équipe B qui avaient été prises, pour la majorité, par Min-ho ou Lee.
Ryosuke découvrit avec un soulagement mêlé de regret que William et lui apparaissaient rarement ensemble sur les clichés, et que les rares fois où cela arrivait, ils étaient suffisamment loin l’un de l’autre pour qu’il n’y ait aucun doute sur les intentions du rappeur.
Puis vint une photo où William le regardait, avec ce que Ryosuke comprit, malgré lui, comme de la tendresse.
Sa poitrine se serra et il sentit son cœur s’accélérer.
Il resta un temps beaucoup trop long à essayer d’étudier la réalité de ce qu’il croyait voir.
Cependant, au lieu d’une réponse valable, le rappeur finit par s’épuiser dans cet exercice et lâcha son téléphone sur la table, par dépit.
Finalement, quel était l’intérêt d’essayer de comprendre ses sentiments pour une personne qui ne le voyait que comme un grand frère ou, au mieux, un ami proche.
À part blesser William et se blesser lui-même, qu’avait-il à y gagner ?62Please respect copyright.PENANAtgCxnbfmlv
Sans compter que tout ça l’empêchait de se concentrer sur son travail.
Alors, après s’être de nouveau allongé sur son lit, épuisé d’avoir à gérer autant de sentiments et de sensations à la fois, Ryosuke décida de fermer mentalement la porte de ses émotions et s’endormit enfin.
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Quelques jours après la discussion qu’il avait pu avoir avec son ami, William n’avait toujours pas ressenti l’apaisement escompté.
Au contraire, il se sentait plus perdu que jamais.
Tout dans l’attitude de Ryosuke l’avait troublé, jusqu’au regard qui lui avait enfin porté, quand il lui avait dit que le bracelet lui plaisait.
C’est dans ce contexte émotionnel épuisant, et après s’être abruti devant plusieurs épisodes d’une série, qu’il s’endormit.
Des rêves, tous plus étranges mais réalistes les uns que les autres, se mirent à défiler.
D’abord, une scène en lien avec la série, puis, rapidement, il se vit enfant avec une camarade qui se moquait de lui, puis le prenait dans ses bras, puis disparaissait.
Ensuite, il crut reconnaître la chambre de Sevenfold et une personne ressemblant à Lee était là, le tenant fermement dans ses bras, jusqu’à le faire suffoquer, puis une autre se glissa à ses côtés et lui prit la main.
La silhouette semblait décidée à ne pas le regarder, comme si elle avait honte d’être là, avec lui.
Elle retirait brutalement sa main, mais finissait par la reprendre, lui donnant l’impression d’être la personne la plus importante au monde.
Sa mère observait la scène avec le mépris qu’il lui connaissait, un rictus sarcastique sur les lèvres, puis son obāchan apparut et l’emmena avec elle dans une maison remplie d’escaliers sans fin.
Arrivés dans un salon de type européen, elle l’invita à regarder par la porte-fenêtre le paysage de montagnes qui s’offrait à eux.
William vit un chemin qui partait de la maison et se retrouva sur ledit chemin, à quelques mètres du domicile de sa grand-mère.
Il marcha quelque temps et croisa une prison abandonnée, où la nature avait repris ses droits.
Une angoisse s’empara alors de lui et il se réveilla, complètement perdu.
William regarda autour de lui : le jour était levé et il était bel et bien de retour dans son petit studio de Sasazuka.
Légèrement rassuré, mais peiné de découvrir à nouveau que le monde était bel et bien privé de son obāchan, il se leva et se prépara un thé, afin de retrouver un semblant de réalité et d’être en état pour aller travailler au konbini.
Le jeune homme était en train de laver la tasse en céramique ramenée de sa chambre d’Hayama, quand un détail du rêve lui revint : il y avait un bijou au poignet de la silhouette qui lui avait tenu la main.
Sous le choc de l’image et surtout, de ce qu’il en comprenait, il recula de l’évier tandis que, pendant une demi-seconde, son cœur semblait avoir cessé de battre.
William, les mains légèrement tremblantes, allait déposer la tasse qu’il tenait encore fermement quand celle-ci lui glissa entre les doigts et vint se briser à ses pieds.
Le jeune homme sursauta et sortit de la pensée incohérente qui venait de s’imposer à lui.
Par automatisme, il ramassa les morceaux de céramique nuancés de noir, cyan et brun, nuages de couleurs lui rappelant, à ce moment précis, les stries fibreuses d’un iris.
Tandis qu’il mettait les morceaux de côté, fasciné par les trois couleurs mises en lumière par la nouvelle forme qui leur avait été imposée, William dut douloureusement se rendre à l’évidence qu’une nouvelle sensation s’était installée dans son corps, et un doute dans son esprit.62Please respect copyright.PENANAbL5mZv9Nx6


