Partie 4/7. Jagi gŭngjeong — 자기긍정 (Affirmation de soi / Auto-validation)
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Le mois d’octobre avançait et cela faisait presque un mois que Ryosuke avait quitté la formation pour venir aider sa mère au restaurant.
Min-ho avait encaissé l’annonce de son retrait avec un mélange de tristesse et de soulagement.
Il savait combien il aurait été difficile pour son ami de continuer la formation dans ces conditions, mais il devait bien admettre que son absence avait provoqué chez lui une perte de repères au sein de l’agence.
Lee avait été lui aussi fragilisé à la fois par l’annonce du décès du grand-père de son ami et par son départ.
Pour autant, cela avait eu pour bénéfice inattendu de renforcer le lien entre les deux rescapés de l’ancienne équipe B, mais aussi avec Sang-Ook, Hiroshi et Nao.
Les cinq avaient réussi à trouver un équilibre entre leurs personnalités fortes et semblaient avoir un désir accru de compter les uns sur les autres afin de pouvoir aller au bout de la formation.
Tout en s’intéressant à d’autres stagiaires, Kangjeon Masato avait compris qu’une dynamique de groupe originale s’était formée et il commençait à entrevoir dans les cinq une promesse artistique intéressante, que son Président et ami, Takahashi Ezume, semblait approuver.
De son côté, William vivait une vie de jeune tokyoïte autant exaltante qu’épuisante.
Partageant déjà son temps entre les shootings photo et le konbini, il venait en outre de signer un contrat avec la société indépendante « Dyūn »/Dune, lui permettant d’apparaître dans plusieurs MVs de groupes.
Harawa Nicky, Directrice Artistique de la société avait eu un coup de cœur pour le jeune homme, alors qu’il accompagnait Sọlá afin de l’aider à interagir plus librement en japonais avec ce milieu qui lui était moins familier.
Lorsqu’elle apprit pour sa formation de danseur, Nicky lui avait proposé de faire des essais pour le faire potentiellement participer à certains de ses projets.
Cette ancienne Idol était une passionnée de musique et d’art sous toutes ses formes et avait eu un parcours lui permettant d’avoir un recul sur le monde des boy et girl groups dits « traditionnels ».
Elle avait mis plusieurs années à s’entourer de personnes compétentes pour travailler autour de projets cherchant à faire passer un message moderne et à mettre en avant une esthétique toujours plus innovante, ce qui charma William, toujours à la recherche de lui-même.
Malgré un emploi du temps toujours plus chargé, le jeune homme s’était fait un devoir de passer un jour par semaine à Okutama pour aider Ryosuke et Haruko, ayant parallèlement besoin de couper avec sa vie trépidante.
À la fin de l’une de ses missions, il put enfin bénéficier de deux jours complets de repos et, avec la complicité de Haruko, il organisa une sortie d’une journée avec Ryosuke pour partager avec lui un moment calme de pêche, comme son ami avait eu l’habitude de le faire avec Natsume-san lorsqu’il était enfant.
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Les deux compagnons de pêche s’étaient installés au lac d’Okutama.
La surface calme reflétait le ciel bleu clair et les montagnes l’entourant, habillées par l’automne de rouge, d’orange et de jaune.
Les érables bordant la rive venaient poser leurs branches dans l’eau, et quand le vent soufflait, ils pouvaient voir des feuilles dorées dériver doucement à la surface.
L’ambiance y était paisible, presque méditative.
William observait les poissons se prendre à l’hameçon qui les conduirait à leur perte avec une certaine curiosité.
— Tu ne trouves pas bizarre que les poissons se laissent si facilement avoir par le besoin de se nourrir ? demanda naïvement le jeune homme à son ami.
Ryosuke sourit.
— Les humains font la même chose il me semble… Et pas pour un besoin aussi vital…
William répondit à son sourire, comprenant ce que son aîné insinuait.
— Par désir de posséder quelque chose tu veux dire ?
Le regard du rappeur se perdit sur la surface argentée du lac.
— Oui, ou quelqu’un…
La poitrine de William se resserra légèrement.
— Tu as raison… J’imagine qu’on se laisse avoir par des illusions qu’on se fait… qu’ une chose ou qu’ une personne puisse nous apporter quelque chose qu’on n’a pas…
Il se tut un temps puis demanda :
— Vous parliez de ça avec ton grand-père ? De ces notions de besoin ou de… désir ?
Ryosuke secoua lentement la tête.
— Non, c’est un point que Natsume-san et moi n’avons jamais abordé. Il va falloir trouver la réponse nous-mêmes.
Il haussa les épaules
— … Si tant est qu’il y ait une réponse à la question.
Le jeune homme tourna discrètement la tête vers son ami et le regarda avec un air mystérieux.
— Je peux te poser une question ?
La voix de Ryosuke était légèrement hésitante.
— Est-ce que tu sais de quoi tu as besoin … ou ce que tu désires, Will ?
Le jeune homme se redressa, un peu ébranlé par la question.
Après un temps, il se reprit et décida d’expliquer :
— Je ne sais pas… ma vie est bien remplie, je t’avoue, donc là, pour le moment je n’ai pas besoin de grand-chose d’autre.
Il réfléchit un moment.
— De sécurité… j’ai besoin de sécurité. Et je désire… être heureux … je pense.
Un léger sourire se dessina sur le visage de Ryosuke.
— Est-ce que tu sais quand tu te sens heureux ?
— Oui, là maintenant, je me sens heureux… et toi ?
Ryosuke fut pris au dépourvu, ne s’attendant pas à devoir répondre à la question lui-même.
— Oui… je pense que je suis heureux…
Un silence s’installa entre les deux pêcheurs, seulement perturbé par les clapotis de l’eau et le bruissement des feuilles agitées par une brise légère.
William se racla la gorge et finit par demander à Ryosuke :
— Tu as déjà … ressenti… tu sais… ?
Son ami avait compris où il voulait en venir et se contenta de répondre :
— C’est… compliqué.
Il soupira et prit un caillou qu’il lança dans l’eau, faisant fuir les quelques poissons qui avaient approché sa ligne.
— J’ai beaucoup de choses dans la tête, et c’est difficile de faire de la place… pour quelqu’un…
William comprenait ce qu’il voulait dire mais, jetant un coup d’œil à son ami, il précisa :
— Et dans ton cœur ?
Ryosuke le regarda avec incrédulité et son interlocuteur ne put réprimer un rire.
— Dans ton cœur, Ryo, est-ce que tu as déjà fait de la place pour quelqu’un ?
Les oreilles du rappeur se mirent à rougir et il détourna les yeux.
— C’est… compliqué, se contenta-t-il de répéter.
Une triste nostalgie s’était installée sur son visage, faisant instantanément regretter à William d’avoir posé la question.
Il réfléchit un temps, cherchant comment interpréter la réaction de son ami et tenta une autre approche.
— Tu crois que… le départ de ton père a pu t’empêcher de… de te lier avec d’autres personnes… affectivement parlant, je veux dire… ?
Ryosuke opina.
— Oui, probablement.
Après une pause, le rappeur demanda :
— Et toi ? Tu ne parles jamais de tes parents…
William haussa les épaules en soupirant.
— Tout était… trop difficile avec eux… je ne sais pas, c’est… compliqué.
Il sourit à Ryosuke avec un air complice.
Le rappeur lui rendit son sourire et hocha la tête.
Après un nouveau temps de silence confortable, ce dernier décida cependant de poser une question qui lui tournait dans la tête depuis un certain temps.
— Tu… as eu des nouvelles de Lee, depuis que vous vous êtes parlés ?
William inspira et serra les lèvres.
— Non, et franchement je ne pense pas que j’en aurai… c’est terminé… notre amitié et… le reste… c’est terminé.
Ryosuke observa son visage, cherchant des traces de tristesse, de regret ou de soulagement.
— Tu penses que tu pourras, un jour … ressentir quelque chose pour quelqu’un d’autre ?
Gêné, il se demanda pourquoi il avait posé cette question, qui lui paraissait dépasser les limites du type de conversation qu’ils avaient eues dernièrement.
William ne sembla pas lui en tenir rigueur et sourit.
— Je sais que je pourrai ressentir quelque chose pour quelqu’un mais quoi ? Ça je n’en sais rien…
Et toi ?
Ryosuke fit une grimace, gêné d’avoir à répondre à nouveau à la question qu’il avait lui-même posée.
— J’imagine, oui, peut-être…
Il jeta un coup d’œil à son ami et conclut :
— Si ça m’arrive, tu seras le premier au courant, Will…
William fut touché par la part de vulnérabilité que son ami acceptait de partager avec lui.
— Et si ça m’arrive, toi aussi tu seras le premier au courant, Ryo.
Il prit une grande inspiration et lui tendit la main :
— Alors c’est un deal !
Le rappeur sourit timidement et prit la main de son ami afin de sceller leur accord.
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Les deux journées étaient passées avec une rapidité déroutante.
Au moment de son départ, Haruko remercia chaleureusement William pour ce qu’il avait fait pour eux.
Après une hésitation, elle le prit dans ses bras, et exprima à quel point elle était heureuse de voir que son fils, qui avait toujours eu du mal à connecter avec les autres car il se sentait différent, avait finalement réussi à trouver un ami comme lui.
Quand elle relâcha son étreinte et se décida à lui faire une dernière demande :
— Quand Ryosuke rentrera à Tokyo, prends soin de lui, s’il te plaît.
— Vous pensez qu’il va rentrer ? demanda naïvement William.
Haruko mit sa main sur la joue de William, et lui sourit.
— Je connais mon fils.
William répondit à son sourire tandis que Ryosuke l’appelait pour lui dire qu’ils allaient être en retard à la gare.
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Ryosuke était revenu à Tokyo début décembre, après que sa mère eut trouvé une jeune cuisinière pour l’aider au restaurant.
À son retour, Kamiya Soma, son ami en poste à Sevenfold, s’était empressé de lui annoncer qu’il pourrait avoir une proposition de poste de stagiaire assistant-parolier et producteur au sein de Sevenfold, que le rappeur accepta pour des raisons financières évidentes, à condition toutefois de pouvoir continuer ses collaborations dans le cadre de Komorebi Records.
Enthousiasmés par son retour, Lee et Min-ho lui proposèrent de prendre un temps autour d’un café pour se raconter les dernières nouvelles de leur vie.
Les deux stagiaires lui expliquèrent qu’ils avaient trouvé une excellente alchimie avec San-Ook, Hiroshi et Nao et qu’ils espéraient réellement pouvoir réussir la dernière sélection tous ensemble.
Ryosuke en fut à la fois ravi et soulagé, pouvant ainsi mettre de côté sa culpabilité d’avoir « laissé tomber » ses camarades.
Il raconta à son tour son quotidien à Okutama, son travail de deuil et la compagnie rassurante de William durant cette période difficile de sa vie.
Min-ho l’écoutait avec empathie, rassuré de voir que leur ami commun avait pu être présent, alors que lui-même avait souffert de ne pas pouvoir lui apporter l’assistance et le réconfort nécessaires dans ce genre de situation.
Malgré le respect et la sympathie qu’il avait pour son aîné, Lee ne put s’empêcher de relever la présence constante de William et finit par demander au rappeur :
— Vous passez beaucoup de temps tous les deux, non ?
Ryosuke le fixa avec un air énigmatique.
— Et… ?
Lee se contenta de hausser les épaules.
— Je ne sais pas… je me demande juste…
Voyant clairement où le jeune homme voulait en venir, Ryosuke déclara :
— Will m’a beaucoup apporté ces derniers mois. On se fait grandir mutuellement. Il me voit comme un frère, Lee. Tu comprends ?
Le stagiaire hocha la tête, hésita un instant, mais ne pouvant résister à la tentation d’en savoir davantage, il se permit de demander à son aîné.
— Et toi ? Tu le vois comment ?
Ryosuke se sentit légèrement agacé.
— Comme un … frère ou un … ami.
Le coin de la bouche du jeune stagiaire se releva légèrement et il leva les sourcils.
— Moi aussi je le voyais comme un frère ou un ami, Ryo…
Min-ho regardait la scène en prenant sur lui pour ne pas intervenir, sachant pertinemment que Lee perdait toute clarté de jugement quand il s’agissait de William.
Il passa nerveusement la main dans ses cheveux et retint son souffle en observant la réaction de Ryosuke.
Le rappeur soupira légèrement, tentant de tenir bon face au ton qu’avait pris son cadet.
Il se contenta de poser un regard autoritaire sur le chanteur.
— C’est… différent.
Mais une tension trop forte était en train de l’envahir et il préféra quitter la pièce, laissant son interlocuteur à ses interrogations.
Après un silence chargé, Min-ho soupira et regarda le chanteur avec un air sévère :
— Sérieusement, Lee ?
Ce dernier haussa les épaules.
— Je voulais juste lui faire part de mon « expérience » pour qu’il fasse attention. Je m’inquiète pour lui, c’est tout…
Min-ho se contenta de secouer la tête, incrédule.
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Noël approchait et Sevenfold avait décidé de laisser deux jours de répit aux stagiaires, les laissant profiter d’un peu plus de liberté avant la dernière sélection et la signature du contrat.
Narong, Esteban et Sọlá avaient décidé de faire une soirée pour le réveillon avec quelques amis modèles et artistes locaux, et proposèrent à William d’inviter les fameux Min-ho et Ryosuke dont ils avaient tant entendu parler.
William en fut ravi, n’ayant pu partager de moment privilégié avec aucun de ces deux-là depuis une éternité.
Min-ho arriva le premier à l’appartement de Narong et Esteban, situé dans le quartier de Kōenji et fut accueilli par William, qui lui présenta ses nouveaux amis.
Le danseur remercia chaleureusement les hôtes pour leur invitation et jeta un œil à l’ensemble des personnes présentes.
William le prit alors par le bras et l’emmena directement rencontrer son amie Sọlá, dont la description avait d’ores et déjà séduit le danseur.
Lorsqu’il leva les yeux vers la jeune femme, le monde de Min-ho bascula.
La personne qu’il avait devant lui défiait toutes les descriptions, tous les mots.
Sọlá le regardait avec une curiosité mêlée de tendresse et lui demanda d’une voix ensorcelante :
— C’est toi le fameux Min-ho ?
Elle lui tendit la main.
— Je suis honorée de te rencontrer, Leader.
Min-ho avança sa main pour répondre à son geste de bienvenue en tremblant légèrement et sentit une décharge électrique quand leurs doigts se touchèrent enfin.
Tenant toujours sa main dans la sienne, la déesse s’approcha de lui pour plonger ses yeux pétillants dans les siens.
— Tu as les yeux bleus ? C’est joli.
Min-ho était paralysé par l’aura de son interlocutrice.
— Je… c’est des lentilles…
Sọlá enveloppa son interlocuteur d’un rire chaud et le regarda à nouveau avec tendresse.
— Tu es mignon, Blue Eyes.
Min-ho se contenta de rougir et William l’entraîna avec lui pour l’aider à reprendre contenance.
Une fois éloignés de la raison de l’émoi intense de son ami, William se pencha vers lui, autant amusé qu’inquiet.
— Tout va bien ?
Min-ho le regarda avec un sourire rempli d’une émotion indescriptible.
— Je crois que je suis amoureux, Will.
Il sursauta quand son ami éclata de rire.
William mit sa main sur son bras pour le rassurer.
— Ouais… je savais que je prenais un risque en te la présentant. Mais ça va aller hein ?
Min-ho secoua la tête avec force.
— Non ça va pas aller du tout, elle est complètement hors de ma portée.
— Je peux t’assurer que tu te trompes… Maintenant respire et quand tu le sentiras, va discuter avec elle. Je te promets que ça va bien se passer.
Min-ho inspira enfin un grand coup et opina, déterminé.
Ryosuke arriva plus tard, et s’excusa de son retard, indiquant qu’il avait un travail à finir absolument.
William n’en fit pas cas et s’empressa de lui présenter Narong, Esteban et Sọlá, que Min-ho n’avait pas quittée de la soirée.
Le rappeur les salua et les remercia pour l’invitation, puis s’excusa à nouveau de l’heure tardive de son arrivée.
Esteban s’avança vers lui, glissa son bras autour de ses épaules et lui dit avec tout le charme dont il pouvait faire preuve, que le plus important était qu’il se soit enfin montré.
Les oreilles du rappeur rougirent instantanément et il chercha à se dégager poliment.
William jeta un regard sévère au séducteur et éloigna son ami de la menace.
— Désolé, Esteban est très… tactile…
Ryosuke se racla la gorge.
— Non, c’est pas grave, j’ai pas… l’habitude, c’est tout. Mais ne fais pas attention à moi …
Il vit qu’un des invités cherchait à attirer l’attention de son ami.
— Je crois qu’on t’appelle… on se voit plus tard, ok ?
William lui sourit, légèrement soulagé et se décida à le quitter avec regret.
La nuit était déjà bien engagée et la soirée battait son plein, dans une ambiance autant ludique que conviviale.
Sọlá, qui avait perdu de vue Min-ho depuis trop longtemps à son goût, s’approcha de lui par derrière et lui murmura à l’oreille.
— Salut Blue Eyes.
Min-ho sursauta légèrement et lui répondit :
— Salut euh… Blue Hair ?
Il fit une grimace, terriblement incertain du surnom qu’il proposait à son interlocutrice.
Sọlá éclata de rire et lui murmura de nouveau :
— Indigo. Mes cheveux sont indigo, Blue Eyes.
— Mes yeux ne sont pas vraiment bleus…
— Je sais… Et si tu me montrais ton vrai regard, Min-ho ?..
Min-ho leva les yeux au ciel mais partit en direction de la salle de bain pour enlever ses lentilles de contact, trop heureux de pouvoir contenter sa reine.
Il revint se poster en face d’elle et planta ses yeux dans les siens, attendant son jugement avec appréhension.
— Ouh, j’aime la couleur de tes yeux, Brown Eyes, lui glissa-t-elle dans un souffle.
Min-ho rougit, agacé par sa propre incapacité à résister à la moindre remarque ou action de la jeune femme.
Dans un élan de fierté, il décida cependant de la défier.
— Et moi je les vois quand, tes « vrais cheveux ».
Sọlá sourit malicieusement et lui prit la main pour la mettre sur ses cheveux courts.
— Tu les vois assez comme ça Min-ho ?
Pris au dépourvu, le danseur frissonna.
Puis, délicatement, il caressa les cheveux de son amie.
Il laissa ensuite glisser sa main dans sa nuque, son cou, pour enfin, la poser près de son oreille.
Le sourire de Sọlá s’élargit et elle pencha la tête en abaissant lentement les paupières pour encourager l’élan du jeune homme.
Lorsqu’elle ouvrit les yeux, ceux-ci se plongèrent dans les pupilles brunes de celui auquel elle se sentait déjà appartenir.
Les deux amants restèrent un moment silencieux, à se contempler puis la jeune femme demanda simplement :
— Devrait-on s’embrasser ?
La question de Sọlá ressemblait plus à une injonction, et avant que le danseur n’ait eu le temps d’y répondre, elle avait déposé un baiser sur ses lèvres.
Plus loin, William observait l’union de ses deux mondes avec tendresse quand Narong s’approcha de lui et le bouscula gentiment avec un léger coup d’épaule.
Il se pencha près de son oreille.
— C’était rapide entre ces deux-là, hein ?
William lui sourit en hochant la tête.
Narong regardait son ami avec une expression indescriptible.
— C’est bien, quand c’est aussi facile…
William sentit une légère tension s’installer, puis regarda autour de lui.
— Tu as vu Ryosuke ?
— Oui il est près de la porte et j’aime pas vraiment comme il me regarde, si tu veux mon avis…
William ne prêta pas vraiment attention à la remarque et se dirigea vers le rappeur, voyant qu’il avait mis son blouson.
— Tu pars déjà ? lui demanda-t-il, avec plus de force qu’il ne l’aurait voulu.
Ryosuke avait déjà la main sur la poignée.
— Oui, je suis fatigué… j’ai eu une grosse journée.
— Fatigué ? Le jeune modèle le regardait, incrédule et reprit :
— Tu ne te couches pas avant deux heures du matin, Ryo… et il est à peine minuit…
— J’ai eu une grosse journée, c’est tout Will.
Le rappeur força un sourire.
William sentait que quelque chose n’allait pas chez son ami mais était incapable d’identifier la raison de sa gêne ou de son mal-être.
— Tout va bien ?
Le rappeur sourit en opinant et actionna la poignée, prêt à sortir.
Par réflexe, William leva la main pour le retenir mais se contenta de lui faire un signe de la main, auquel son ami répondit avant de disparaître.
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Avec la nouvelle année, et après plusieurs mois intenses, les noms des membres du groupe « Fukujin Seven », tombèrent : Lee et Min-ho furent sélectionnés, avec cinq autres de leurs compagnons dont leurs amis Sang-Ook, Hiroshi et Nao, sans oublier Luan et Uma, deux rappeurs qui s’étaient démarqués durant la période de formation.
De nouveau, larmes de joie et de déception se mêlèrent.
Les élus étaient autant dévastés par le départ de leurs amis et frères d’adoption de ces neuf derniers mois, que soulagés d’arriver à ce qu’ils savaient être le début d’une nouvelle vie pour eux.
Pris dans un mélange troublant d’incompréhension et d’injustice, ils regardèrent leurs amis faire leurs bagages pour quitter Sevenfold alors qu’eux-mêmes rassemblaient leurs affaires pour monter aux étages six et sept, où ils allaient vivre pendant les trois années à venir.
La première discussion qu’ils eurent lorsqu’ils se retrouvèrent à sept fut simplement d’essayer de répondre à la question : « Pourquoi nous et pas eux ? ».
Ne laissant que peu de temps aux Idols pour se remettre de leurs émotions, le manager leur fit passer le planning des trois prochains mois de la phase de pré-lancement avant de leur indiquer qu’ils signeraient le contrat dès le lendemain.
Le manager prit le temps de leur expliquer que Sang-Ook, aka Sean, serait désigné comme leader, étant suffisamment mature pour gérer le poste, en plus d’être trilingue.
Les six autres membres acceptèrent avec enthousiasme, tous s’étant reposés sur lui un moment ou un autre de la formation, et le félicitèrent en se jetant sur lui pour lui faire des câlins ou le frapper fraternellement, en fonction des personnalités de chacun.
Après une nuit très courte, les sept membres du groupe se dirigèrent au troisième étage, dans la salle de conférence.
Là, ils découvrirent leurs contrats alignés sur les tables installées en U pour l’occasion, accompagnés de stylos identiques et d’une bouteille d’eau.
Le logo de l’agence surplombait le Président Takahashi Ezume, le Directeur Artistique Kangjeon Masato et le Manager Mr Higasa qu’ils connaissaient tous déjà, mais aussi l’Officier de Presse et l’avocat de l’agence, qu’ils rencontraient pour la première fois.
Le Président les accueillit en leur serrant la main d’une manière paternaliste et leur commanda de s’installer.
L’avocat de l’agence était présent dans son costume sombre impeccable, le regard attentif.
Il veillerait à ce que chaque signature soit conforme, chaque page paraphée.
Un silence pesant s’installa dans la pièce, tandis que les jeunes hommes essayaient de décrypter avec difficulté les paragraphes, certains triturant nerveusement l’étiquette de la bouteille d’eau minérale, d’autres tentant de cacher leurs mains, tremblant un peu plus que prévu, sous les tables.
Min-ho sentit sa poitrine se serrer quand son regard s’arrêta sur un paragraphe du contrat.
« Clause de confidentialité relative à la vie sentimentale
Article 12 — Vie privée et confidentialité Le Signataire reconnaît que son image publique constitue un élément essentiel de l’exploitation artistique, commerciale et promotionnelle des activités de la Société. À ce titre, le Signataire s’engage, pendant toute la durée du présent contrat, à ne divulguer, confirmer, commenter ou rendre public, par quelque moyen que ce soit, directement ou indirectement, l’existence d’une relation sentimentale ou intime le concernant. Cette obligation s’applique notamment, sans que cette liste soit limitative, aux déclarations médiatiques, interviews, apparitions publiques, publications sur les réseaux sociaux, communications électroniques, ainsi qu’aux confidences faites à des tiers susceptibles d’entraîner une divulgation publique. Le Signataire reconnaît que toute violation de la présente clause est susceptible de porter atteinte à l’image, à la réputation et aux intérêts économiques de la Société. En conséquence, tout manquement à cette obligation pourra entraîner l’application de sanctions contractuelles, incluant, le cas échéant, des pénalités financières, la suspension d’activités, ou la résiliation anticipée du contrat, sans préjudice de tout dommages et intérêts que la Société serait en droit de réclamer. »
Il n’entendait plus le bruit des pages tournées ou du stylo sur le papier, concentré sur ce qu’il lisait.
Le danseur jeta un œil autour de lui, espérant voir un autre de ses camarades hésiter, mais seul l’avocat le regardait avec un air rigoureux, semblant lui demander s’il y avait un problème.
Il replongea la tête dans la liasse et se dépêcha de finir de lire le contrat en paraphant chaque feuille.
Sa main s’arrêta une fraction de seconde au-dessus de la ligne de signature.
Puis il apposa son nom.52Please respect copyright.PENANAZryPLgBiO5
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Le mois de mars arrivait et le temps commençait enfin à se réchauffer, amenant avec lui quelques journées ensoleillées.
William partageait le plus clair de son temps libre avec Sọlá, les deux amis étant délaissés par Min-ho et Ryosuke, que Sevenfold semblait s’être approprié.
William n’avait pas pu voir Ryosuke pour l’anniversaire de ce dernier et Sọlá essayait de vivre au mieux les échanges espacés qu’elle avait avec son partenaire amoureux, depuis la signature du contrat.
La jeune femme savait qu’il vivait un moment important de sa vie d’artiste et n’avait aucune raison de se mettre en travers de son chemin.
Mais elle se languissait de lui, et William la voyait souvent regarder son téléphone en soupirant.
Il faisait son possible pour lui changer les idées, en lui expliquant qu’ils allaient certainement trouver un moyen de se voir plus souvent, maintenant que la phase de pré-début était terminée.
Alors que le jeune homme espérait lui aussi pouvoir enfin passer du temps avec ses deux amis qui commençaient à lui manquer cruellement, il reçut un message de Ryosuke :
« Le père de Min-ho est hospitalisé, on lui a détecté un cancer. Il va le voir demain après-midi, ça risque d’être compliqué, préviens Sọlá qu’on se retrouve dans le hall de l’hôpital pour être là pour lui. »
Plus tôt dans la journée, la mère de Min-ho l’avait en effet prévenu de l’état de santé de son père, le suppliant de mettre sa fierté de côté pour venir le voir.
Son père avait été hospitalisé après un énième malaise lors d’une réunion, associé à une perte de poids caractéristique.
Les médecins inquiets, bilan hépatique et imagerie médicale en main, avaient enfin réussi à faire avouer à son épouse l’alcoolisme chronique de son mari.
Le diagnostic était sans appel : le père de Min-ho avait un cancer du foie au stade C, ayant des chances de survie réduites mais non nulles.
C’est après une longue hésitation que Min-ho avait finalement décidé d’aller voir son géniteur.
Il savait que Ryosuke avait fait passer l’information à William et Sọlá et qu’il ne serait pas complètement seul face à l’épreuve.
Le danseur arriva à l’étage de la chambre que sa mère lui avait indiquée et il vit d’abord ses frères et sœur qui l’accueillirent avec un mélange de tendresse et de peine.
Il les prit dans ses bras mais passa devant sa mère sans la saluer et se contenta d’entrer dans la chambre sachant très bien que l’homme auquel il allait s’adresser n’avait aucune envie de le voir.
Min-ho s’avança lentement près du lit, résigné.
— Je ne pensais pas que tu viendrais, lança le paternel en évitant son regard.
— Tu es mon père, répondit simplement le jeune homme.
Le paternel poussa un soupir exaspéré, regardant fixement le vide en face de lui.
— Tu es venu voir dans combien de temps tu serais débarrassé de moi ?
Min-ho secoua la tête et se passa la main dans les cheveux, pris par un mélange de frustration et de colère.
— J’ai encore un peu de temps alors tu peux disparaître, comme tu sais si bien le faire. Ta mère t’appellera pour l’enterrement.
Le jeune homme déglutit, sentant des larmes de colère lui monter aux yeux.
Il resta un moment immobile, puis, comprenant qu’il ne pourrait rien tirer de cet homme si différent de lui, il tourna les talons.
Il allait poser la main sur la poignée de la porte quand Min-ho crut entendre renifler.
Le danseur jeta un œil derrière lui et il lui sembla voir son père essuyer une larme sur sa joue.
Min-ho sentit sa poitrine se serrer, mais voyant que le malade s’obstinait à ignorer sa présence, il se décida à quitter la pièce.
Les yeux rougis, le fils, atteint malgré lui par la brutalité de l’échange, se dirigea à l’endroit où il savait que sa famille d’adoption l’attendait.
Ses amis le prirent dans leurs bras et cherchèrent simplement à lui apporter l’amour et le réconfort dont il avait besoin.52Please respect copyright.PENANACJhmNpKk5M
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Le lendemain, le manager Higasa, s’approcha de Min-ho alors qu’il se dirigeait vers la salle de danse et lui dit qu’il était convoqué par le Président Takahashi.
Quand il entra dans le bureau du Président, le Directeur Artistique Kangjeon Masato et l’Officier de presse étaient présents.
Le regard de Min-ho parcourut la pièce avec étonnement et observa une tension dans le visage des personnes présentes.
Le Président Takahashi lui tendit une tablette et lui montra une première photo de Sọlá et lui se tenant la main, puis une autre où ils étaient dans les bras l’un de l’autre.
Les photos avaient été prises par un « fan » qui s’était trouvé justement à l’hôpital la veille et l’avait reconnu.
Elle était taguée de #FakeIdol, #uragiri (trahison), #usotsuki (menteur).
— Qu’as-tu à répondre à ça ?
— Hein ? Mais … c’est du délire… il avait murmuré ces derniers mots pour lui-même.
— Du délire ?
Le président hocha la tête, s’assit sur le bord de son bureau, regarda son Idol droit dans les yeux et lui rappela :
— Min-ho, tu sais pourquoi tu as signé, n’est-ce pas ? Tu sais que nous t’avons offert une opportunité énorme et qu’il y a des milliers de gosses qui rêvent d’être à ta place ?
Il fit une pause pour laisser au jeune homme le temps de digérer l’information.
— N’est-ce pas ?
Takahashi Ezume attendit des excuses et une reconnaissance qui ne semblaient pas venir et décida de continuer, avec une voix se voulant pédagogique et incisive.
— Nous sommes indépendants, gamin. Un scandale et c’est la fin.
Min-ho ne répondait toujours rien, paralysé à la fois par le poids de la responsabilité qu’il avait envers l’agence et l’incompréhension de la situation.
Le Président détailla le visage du jeune homme et reprit :
— Alors voilà ce que tu vas faire :tu vas nier les accusations, dire que ce n’est qu’une amie et que tu n’as absolument aucune intention de t’engager dans une relation sentimentale.
Il fit une pause.
— Et surtout tu vas me faire le plaisir de faire passer le groupe avant ta vie personnelle. Tu as signé pour être un Idol je te rappelle.
Min-ho le regarda, interdit.
Son silence semblait indiquer à Takahashi une remise en question de l’autorité qu’il était impensable de laisser passer.
— Tu refuses ?
Min-ho sursauta, une menace non dissimulée transparaissait dans la voix du Président.
Il se racla la gorge et, pris d’un sursaut d’ego lui faisant oublier un instant les règles du monde dans lequel il avait évolué ces derniers mois, il tenta :
— Je comprends votre logique, Président Takahashi, mais mentir… Enfin, je croyais que j’avais justement été pris parce que je collais au concept du groupe... « l’Affirmation de soi ? », si je me souviens bien ?
Takahashi Ezume ne put s’empêcher de tiquer à l’usage du concept du groupe contre lui.
Il dissimula cependant son trouble derrière un rictus hautain et répondit :
— La raison principale pour laquelle on t’a sélectionné, gamin, c’est ton « look », qui correspond à l’image marketing du concept, pas pour ta manière de … penser.
Une lueur passa dans le regard du Président, que Min-ho reconnut immédiatement, et un frisson lui traversa le corps.
C’était la même qui l’avait suivi toute son enfance.
Ce regard à la fois méprisant et légèrement apeuré que son père lui portait à chaque fois que ses yeux se posaient sur lui.
Le regard d’un lâche.
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Min-ho se tut et serra les poings.
Il aurait voulu répondre mais son désir de rébellion fut interrompu par l’irruption d’un sentiment qu’il pensait avoir laissé de côté depuis longtemps : la peur du rejet.
Voyant qu’il l’avait déstabilisé, le Président prit un ton paternaliste et lui déclara :
— Je passe pour cette fois parce que ton père est hospitalisé mais au moindre faux pas, tu nous quittes.
Min-ho ne répondit pas et sortit de la pièce après avoir salué son Président et les personnes présentes.
S’étant assuré du départ du jeune homme, Takahashi Ezume se tourna vers l’Officier de presse :
— Vous expliquerez que Min-ho a été très choqué par l’annonce du cancer de son père, personne qu’il aime et respecte le plus au monde, et que la jeune femme présente sur les photos est une amie de longue date s’étant déplacée spécialement pour le soutenir dans cette épreuve. Vous ajouterez qu’il nous a expressément affirmé qu’il était hors de question pour lui de s’engager dans une relation sentimentale quelle qu’elle soit, étant donné que la seule forme d’amour qu’il souhaite partager, c’est celle qui le lie au fandom de Fukujin Seven.
L’Officier de presse prit bonne note du message et sortit de la pièce, afin de régler la situation au plus vite.
Kangjeon Masato attendit d’être seul avec son ami et lui montra les commentaires des fans de Min-ho.
Une écrasante majorité prenait sa défense, expliquant que la faute revenait à la personne ayant pris la photo et qu’il fallait que l’agence supprime les photos et poursuive le soi-disant fan.
— Le monde a changé Ezume…
Le Directeur Artistique attendit la réponse de son ami.
— Tu te trompes Masato, tu as toujours été un idéaliste mais je connais mieux que personne comment notre monde fonctionne.
Son ami le détailla, sachant pertinemment les blessures que la situation réactivait chez lui.
Il secoua la tête.
— Tu veux prendre le risque de perdre Min-ho en utilisant des techniques aussi … archaïques ?
Ezume offrit un sourire sarcastique à son interlocuteur.
— Quel risque ? Et je te rappelle que tu étais d’accord avec le contrat qu’on leur a fait signer.
Masato fit une pause, pencha légèrement la tête et lui glissa :
— C’est vrai, je n’ai rien osé dire mais…
— Mais quoi ?
Le regard du Président changea.
Il connaissait suffisamment bien son ami, pour savoir que ce dernier avait une information qu’il n’avait pas.
— Nicky a des vues sur lui… elle a des vues sur Min-ho…
Le cœur d’Ezume rata un battement et il serra les dents.
Pas elle.
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Quand Min-ho sortit du bureau du président, il ne remarqua pas Lee qui l’attendait, soucieux de savoir ce qui s’était dit.
Le chanteur courut derrière son camarade pour lui demander ce qu’il en était et lui prit le bras pour l’arrêter.
« Min-ho ! Qu’est-ce qui s’est passé ?… »
Il s’immobilisa face au visage défait de son ami.
Les yeux de Min-ho étaient embués de larmes, et il se dégageait de tout son être une fragilité jamais observée auparavant.
Lee paniqua et prit son aîné dans ses bras, puis l’emmena dans sa chambre où il put enfin l’interroger sur ce que le Président lui voulait.
Min-ho tenta de retranscrire ce qui s’était passé, mais il se sentait tellement perdu, qu’il n’était pas lui-même certain de la véracité de ses propos.
Le chanteur lui frotta le bras.
— C’est dingue cette histoire…
Min-ho secoua la tête.
— Qu’est-ce que je fais ?
Lee le regarda, interdit.
— Comment ça ? Le Président a été clair… On a signé Min-ho, tu dois respecter les règles c’est tout… Non ?
Min-ho fronça les sourcils.
— Il a sous-entendu que je ne devais pas revoir Sọlá… je ne pense pas en être capable…
Lee ne comprenait pas comment son aîné pouvait être aussi immature face à la situation.
Il sentit l’agacement prendre le pas sur l’amitié qu’il éprouvait pour son interlocuteur.
— Arrête un peu ! Tu vas quand même pas tout laisser tomber pour… ça. Je veux dire, elle est pas importante, l’amour, tous ces trucs c’est pas important Min-ho ! On est jeune et on a une chance incroyable de faire ce qu’on aime ! On doit en profiter et surtout ne rien laisser se mettre en travers de notre route ! Le groupe passe avant tout le reste, c’est simple, non ?
Le danseur secoua la tête et un sourire ironique se dessina sur ses lèvres.
— Tu parles d’un hypocrite…
Le plus jeune le regarda avec incompréhension.
— Hein ? De quoi tu parles ?
Min-ho serra les lèvres, hésita puis il plongea ses yeux dans ceux du chanteur.
— Si William n’était pas parti, tu serais toujours là, Lee ? Qu’est-ce que tu aurais fait ?
— Ça… ça n’a rien à voir…
Malgré lui, le souvenir de la cage d’escalier le submergea et il fut envahi d’une colère qu’il chercha à contrôler autant que possible.
Son regard s’assombrit et répéta entre ses dents :
— Ça n’a rien à voir.
Min-ho se contenta de hocher la tête, témoin impuissant une fois encore, du trouble de son camarade.
— C’est vrai, Lee, ça n’a rien à voir. Tu ne peux pas comprendre ce que je vis et je pense que je ne te comprendrai jamais. N’en parlons plus.
Le danseur se leva et sortit de la pièce, laissant son cadet à ses sentiments non résolus.52Please respect copyright.PENANANeoadtLCnM
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Le staff avait laissé une journée de répit à Min-ho, qu’il avait passée enfermé dans sa chambre du septième étage.
Il n’avait ouvert qu’à Sang-Ook, qui s’était montré empathique et mature, comme à son habitude.
Ryosuke ayant vu le démenti sur le profil du groupe, s’était d’abord enquis de la réaction de Sọlá face à l’information en appelant William.
William lui avait alors expliqué qu’elle ne savait toujours pas ce qu’il en était réellement, aucun des deux n’ayant réussi à joindre Min-ho.
À la fin de l’appel, Ryosuke décida de prendre l’ascenseur pour monter, pour la première fois, dans les étages réservés au groupe.
Min-ho était allongé sur son lit.
Il avait beau tourner et retourner la situation dans sa tête, il ne voyait aucune issue.
Le jeune homme était sur le point d’appeler sa personne préférée pour essayer de lui faire comprendre qu’ils devraient prendre de la distance quand il entendit frapper à la porte.
« Hey… Min-ho, c’est moi, Ryosuke… »
Le danseur se leva, alla ouvrir la porte puis retourna s’installer sur son lit.
Ryosuke entra dans la chambre, prit une chaise et vint s’asseoir près de lui.
— Comment tu vas ?
Min-ho secoua la tête.
— Je sais pas…
Le rappeur resta un moment silencieux, détaillant le visage de son ami.
— C’est la merde, hein ?
— Ouais… répondit simplement son interlocuteur dans un souffle.
Un nouveau silence s’installa entre eux.
— J’ai eu Will au téléphone… Sọlá… elle n’a pas l’air de croire ce qui a été dit sur le profil du groupe mais elle a besoin d’avoir de tes nouvelles. Je pense qu’elle s’inquiète surtout pour toi…
La poitrine de Min-ho se serra repensant aux nombreux appels qu’il avait laissés sans réponse.
— Elle est trop bien pour moi. C’était trop beau…
Ryosuke lui toucha le bras.
— Écoute, je discutais avec Soma et je me suis rendu compte que je ne connaissais pas les détails du contrat que tu as signé…Tu peux me le montrer, s’il te plaît ?
Min-ho haussa les épaules et s’exécuta.
Il alla chercher le contrat dans son placard et le tendit à son ami avec nonchalance.
Le rappeur se mit à lire les trente pages avec concentration, tandis que son ami le regardait faire, faisant son possible pour ne rien espérer.
La sonnerie de son téléphone le fit sursauter.
Le jeune homme étira le bras pour s’efforcer de le prendre, inquiet de voir « Ma Reine » sur l’écran et d’être une nouvelle fois dans l’incapacité de lui répondre.
Il fronça les sourcils : le nom affiché était celui de son père.
Abasourdi et anxieux il approcha son téléphone près de son oreille d’une main mal assurée.
— Alors comme ça je suis la personne que tu « aimes et respectes le plus au monde » ?
Pas de « Bonjour » , juste la voix rauque et sarcastique de son géniteur.
Min-ho resta un moment sidéré.
— Tu fais moins le malin là, hein ? Tu m’as pourri la vie avec ta soi-disant « vérité », ton « besoin d’être toi-même ». Tu m’as fait honte et tu as méprisé mes règles… pour ça ?! Du mensonge ?!
Une pause suivit, entrecoupée d’une toux fatiguée.
— Depuis quand tu laisses les autres parler à ta place gamin, hein ?
Les larmes montèrent aux yeux du jeune homme, toujours incapable de répondre aux assauts dirigés contre lui.
— Tu m’auras vraiment déçu jusqu’au bout.
Sans qu’il ait pu répondre, son père avait raccroché, le laissant seul face à la déferlante de reproches qu’il venait d’encaisser.
Ryosuke releva la tête de la liasse qu’il avait dans les mains et regarda son ami.
Min-ho était d’une pâleur alarmante.
Pris au dépourvu, le rappeur le prit dans ses bras et le serra contre lui, laissant son ami s’effondrer contre sa poitrine.
Des minutes interminables passèrent sans que Min-ho réussisse à retrouver un semblant de calme.
Il avait l’impression d’avoir tout porté, depuis des années, d’avoir tout surmonté et pourtant…
Tout n’était que mensonge.
Son père avait raison.
Il avait passé son temps à se mentir à lui-même en croyant qu’il arriverait à s’échapper du monde qui l’avait accueilli sans la moindre bienveillance.
Ou de le changer.
Mais c’est lui que le monde avait changé.
Il avait perdu.
Alors il pleurait à en perdre le souffle.
Son corps n’était plus qu’un amoncellement de blessures ouvertes.
Il avait mal, tout simplement, terriblement mal.
Ryosuke le tenait avec force, lui-même au bord des larmes, submergé par l’état émotionnel inédit de son ami.
Cependant, les larmes de Ryosuke étaient des larmes de colère.
Il était en colère contre le monde entier.
Sevenfold, le « fan », lui-même.
Tout dans la situation le renvoyait à ses propres doutes, ses propres choix.
Il se rendit compte que la peur avait, en réalité, commandé un trop grand nombre de ses actions et il ne supportait pas l’idée que Min-ho puisse vivre la même chose.
Alors il resserra encore son étreinte, espérant ainsi donner à ce dernier la force nécessaire de trouver sa vérité.
Le danseur s’accrocha à lui comme à un pilier.
Son corps fut traversé de tremblements tandis qu’il cherchait à le réhabiter.
Puis, peu à peu, il commença à se calmer.
Ryosuke prit une grande inspiration pour tenter de faire du vide dans ses pensées et ses émotions.
Encore quelques minutes s’écoulèrent, puis Min-ho se dégagea doucement de l’étreinte et essuya ses joues.
Ryosuke détailla son visage, cherchant un indice sur l’état psychologique de son ami, mais il ne vit qu’un visage fermé, les sourcils légèrement froncés.52Please respect copyright.PENANAEushyMP9My
Min-ho évita son regard et prit son téléphone pour appeler Sọlá.
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52Please respect copyright.PENANA3NkAJNiWOw
William avait enfin pu prendre une pause, dans son tournage pour un MV sous l’œil intransigeant de Harawa Nicky, Directrice Artistique de Dune.
Il s’assit sur une chaise, une bouteille d’eau à la main et prit un moment pour lire ses messages.
Le jeune homme paniqua quand il vit que Sọlá l’avait appelé à plusieurs reprises et avait fini par lui écrire simplement « Rappelle-moi, s’il te plaît ».
Il demanda à la Directrice Artistique s’il pouvait sortir un moment, expliquant qu’il avait une urgence à gérer.
Elle le regarda avec intérêt et acquiesça.
William se précipita à l’extérieur de la salle et appela son amie.
Elle répondit dans la seconde.
— Will… Min-ho a décidé de suivre la directive de Sevenfold…
Sa voix était mal assurée et William savait qu’elle essayait de comprendre son choix, mettant de côté ses sentiments pour lui.
— Comment tu te sens, Sọlá ?
— Je… ne sais pas. Je m’y attendais, tu sais. Je comprends. On ne s’est rien promis lui et moi… Et puis je crois qu’il fait ça pour me protéger, tu sais… il m’a dit qu’il avait peur que des gens s’en prennent à moi…
William réfléchit un instant.
— Des gens ? Quels gens ? La seule personne qui devrait avoir peur c’est celle qui a diffusé les photos, tu ne crois pas ?
— Oui mais tu sais comment ça se passe… enfin…
Sọlá semblait réellement perdue et William avait l’impression qu’elle se raccrochait à la logique de Sevenfold pour mettre du sens sur la décision du danseur.
Lui aussi, après analyse de la situation, avait fini par penser que le lien entre Sọlá et Min-ho finirait par s’étioler car trop difficile à faire survivre, pourtant, maintenant qu’il entendait la décision prise par son ami, il était persuadé du contraire.
— Écoute… je crois qu’il a besoin de temps. Il vient de signer et ne connaît pas encore réellement le monde dans lequel il évolue… Mais je ne sais pas… sur les tournages produits par Dune j’ai rencontré des personnes qui sont Idols et en couple et ça ne pose aucun problème.
— Oui, mais c’est Dune, Will, pas Sevenfold…
Il resta silencieux, prenant note des informations que son amie lui avait données.
— Je sais que Sevenfold fonctionne différemment… Je vais juste… me renseigner, ok ? Prends soin de toi… on se voit ce soir. Love you.
Il allait revenir dans la salle quand il vit Harawa Nicky s’approcher de lui dans sa démarche féline caractéristique.
— Tout va bien, William ?
Elle le regardait avec une attention particulière.
— O… Oui tout va bien, désolé pour ça…
Elle s’approcha encore un peu.
— Je ne veux pas faire preuve d’indiscrétion, mais… J’ai cru entendre que tu parlais de Sevenfold ? J’ai bien entendu ?
— Euh… Oui c’est ça… Mais je n’ai rien à voir avec eux… J’avais passé une sélection mais je n’ai pas continué… C’est juste qu’un de mes amis vient d’intégrer leur groupe et il a quelques problèmes… Mais c’est rien !
Nicky pencha la tête et plongea des yeux pétillants dans ceux du modèle.
— Est-ce que ton ami serait… Min-ho par le plus grand des hasards ?
William se redressa, étonné de l’entendre prononcer le nom de son ami.
— Vous… le connaissez ?
Nicky sourit en faisant une moue joueuse.
— Disons que… j’en ai beaucoup entendu parler.
Elle fit une pause puis reprit :
— La jeune femme sur les photos, c’est Sọlá, non ?
William ne répondit pas, toujours sous le choc du nombre d’informations que cette femme charismatique semblait avoir sur ses amis.
Soudain, il se rappela, qu’effectivement, Sọlá était la personne qui l’avait présentée à la Directrice Artistique.
Nicky voyait son malaise et elle chercha à le rassurer.
— Ne t’inquiète pas, je ne juge pas leur relation… mais j’aimerais savoir si Min-ho serait disponible pour que nous discutions, tous les deux, histoire que je lui présente… mon conseiller juridique ?
William secoua la tête, incertain de ce que Nicky était en train de proposer.
— Je ne vous promets rien… mais je vais lui en parler, Madame.52Please respect copyright.PENANA9W7GRKqWgA
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