Partie 3/7: Shinka — 進化 (Évolution)
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Après son départ de Sevenfold, à la fin du Survival, William était retourné à Hayama, où se trouvait la maison de son obāchan.
Sa tante Takumi, qui l’avait déjà accueilli après sa fuite de Hampstead, quelques mois auparavant, lui rouvrit sa porte sans poser de question.
Takumi était une artiste-peintre assez reconnue dans la région.
Elle avait eu son lot de drames personnels et elle avait décidé de vivre seule avec sa mère, jusqu’au décès de cette dernière.
Takumi avait toujours eu une tendresse particulière pour son neveu, et elle avait été peinée d’apprendre leur départ pour le pays d’origine du mari de Kimiko, suite à la blessure et dépression de cette dernière, quand William avait onze ans.
Par ailleurs, elle avait suffisamment enduré le tempérament de sa sœur aînée pour comprendre qu’un enfant aussi sensible que son neveu finisse, tôt ou tard, par ne plus supporter l’ambiance familiale.
À nouveau, donc, sa tante lui ouvrit la porte de la demeure familiale avec sa chaleur réservée légendaire.
William retourna déposer ses affaires dans l’ancienne chambre de Kimiko, que son obāchanlui avait réaménagée quand il était enfant et qu’elle avait laissée telle quelle après son départ pour l’Angleterre.
Il regarda autour de lui, le cœur serré. Le sol était couvert de tatamis, dont l’odeur sèche de paille montait doucement avec la chaleur de la fin d’après-midi du mois de mai.
Près de la fenêtre donnant sur le jardin, un petit bureau portait des traces de crayons.
Les restes de son enfance paisible y reposaient : une boîte de crayons de couleur usés, une pierre plate servant de presse-papier, une tasse en céramique que son obāchan avait choisie pour lui - noire, brune, traversée de cyan, qui lui rappelait un minéral ou un ciel nuageux, ainsi qu’un petit daruma rouge dont un seul œil avait été peint.
Sur le mur, un dessin d’enfant représentait la mer de Hayama avec un soleil et un bateau disproportionnés.
À côté pendait une petite estampe aux couleurs passées : une reproduction d’Hokusai montrant des vagues stylisées.
La lumière entrait largement par la fenêtre coulissante, à laquelle avait été accroché un mobile fait de coquillages qui cliquetait doucement sous la brise de l’air marin.
William s’allongea sur les tatamis, la boule au ventre.
La sérénité de la chambre contrastait avec l’orage émotionnel qui ne l’avait pas quitté depuis son départ de Sevenfold.
Il avait fui, encore.
Le jeune homme repensa à Min-ho et Ryosuke, et son cœur se serra un peu plus.
Il déglutit, cherchant à combattre les larmes qui montaient.
L’image des yeux noirs pétillants revint le hanter et un frisson le traversa.
Alors, un sentiment proche de la colère prit le pas sur la tristesse et il frappa le sol avec son poing.
Mais le sol recouvert de tatamis n’était pas suffisamment rigide pour lui procurer la douleur espérée.
William se leva et s’approcha du bureau pour frapper la surface en bois dur.
Le coup fit trembler le support, mais la douleur n’était toujours pas suffisante alors il recommença jusqu’à effacer les émotions complexes qui l’habitaient, malheureusement, sans succès.
Il regarda son poing avec frustration et prit le daruma inachevé pour le jeter au sol.
Encore une fois, le sol trop souple empêcha la destruction espérée.
Des larmes de désespoir face à son incapacité à atteindre son but montèrent aux yeux du jeune homme.
T’es vraiment minable !
Les premiers jours passaient, et rien ne semblait l’aider à retrouver un semblant d’apaisement.
Il supportait mal de vivre entre ces murs sans la présence réconfortante de son obāchan, et l’accueil de Takumi n’était pas suffisamment consolateur pour le jeune homme.
Un sentiment de culpabilité envers les membres de l’équipe B ne lui laissait aucun répit.
En outre, sans pouvoir les combattre, William était sans cesse assailli par les souvenirs beaucoup trop réalistes des prunelles noires, du rire, de la chaleur… du baiser de Lee.
Ses émotions passaient d’une nostalgie joyeuse et candide à une angoisse et une honte qui le rendaient à moitié fou.
Avec soulagement, deux jours après son départ, il avait d’abord eu Min-ho au téléphone, qui lui avait fait un retour des réactions des sélectionnés à son départ.
Il lui avait également fait part de sa motivation ainsi que ses doutes face à ce nouveau chapitre.
La discussion avait momentanément sorti William de son obsession pour Lee, jusqu’à ce que le leader finisse par évoquer la détresse de ce dernier lorsqu’il s’était rendu compte du départ de son ami.
Bien que rassuré d’avoir eu des nouvelles de tout le monde, William se sentit de nouveau rongé par la culpabilité.
Ryosuke l’avait appelé quelques jours plus tard, lui expliquant d’une voix mal assurée que son départ avait changé des choses chez lui aussi et qu’il avait eu besoin de temps avant de le recontacter, ce qui ne manqua pas d’augmenter l’agitation de William une bonne fois pour toutes.
Les jours passèrent et le jeune homme restait allongé sur le sol de sa chambre à fixer sa liste de contact de téléphone, incapable ni d’appeler Lee ni d’effacer son numéro.
Est-ce qu’il va bien ?
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Au bout de trois semaines d’obscurité, et grâce aux conversations échangées avec Min-ho, Ryosuke et sa tante, il avait finalement décidé de se prendre en main et d’affronter la réalité de la vie de la jeunesse Tokyoïte.
Son père lui ayant fait passer un peu d’argent en douce, il chercha, sur les conseils de Ryosuke, un logement dans le quartier bon marché de Sasazuka.
Il posa en fin de compte sa valise dans un petit logement d’une pièce avec kitchenette, et commença un travail à temps partiel dans un konbini, proche de chez lui.
Son physique permit rapidement à une clientèle jeune et motivée de faire gonfler le chiffre d’affaires de sa patronne, ravie d’avoir un employé aussi beau que fiable.
Résolu à effacer son identité de danseur classique, William utilisa son premier salaire pour investir dans une tondeuse à cheveux et un équipement de base de musculation.
Le jour de sa paie, en rentrant de sa journée de travail, le jeune homme déposa sur la table de la kitchenette une partie de ses achats, puis se dirigea dans la minuscule salle de bain.
Là, il saisit la tondeuse à cheveux et commença à se débarrasser de ses magnifiques cheveux châtain-acajou.
Une fois terminé, ses yeux ambrés se posèrent sur les mèches éparpillées sur le sol, puis, lentement, il releva la tête pour faire face au miroir, un petit rectangle de verre piqué par l’humidité.
Il y vit le reflet d’un jeune homme plutôt beau, dont le sourire illuminait un regard déterminé.
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Depuis le départ de William, Lee allait mal, très mal, et les deux premières semaines de la formation avaient été un enfer.
Cherchant un moyen d’ échapper à tout ce qui lui rappelait son ancien protégé, il évitait soigneusement Min-ho et Ryosuke, et avait trouvé une échappatoire dans la nouvelle distribution des chambres : les douze étaient maintenant répartis dans six chambres de deux personnes.
Prétextant un besoin de se rapprocher d’un autre aîné, Sang-ook avec lequel il partageait la perte d’un ami et la nationalité canadienne, il avait laissé ses deux anciens roommates garder la chambre de l’ancienne équipe B.
Son humeur morose était plus que perceptible, et certains membres du staff, inquiets de voir leur coqueluche baisser les bras, le couvraient d’attention et de douceur maternante.
Pour autant, Lee ne s’en apercevait pas vraiment.
Le jeune homme était prisonnier de sentiments contradictoires jamais ressentis auparavant et, afin de les contrer, il avait décidé de faire de son rêve sa priorité absolue.
Fuyant un sommeil non réparateur car hanté par le fantôme de William et par l’angoisse du vide, Lee n’était pour ainsi dire jamais dans sa chambre et passait le plus clair de son temps libre entouré de stagiaires ou du personnel de Sevenfold afin de mettre toutes ses chances de son côté.
Le plus difficile pour lui restait le coaching vocal car les covers de chansons « émotionnelles » sur lesquelles il devait travailler venaient faire réémerger les sentiments qu’il était résolu à annuler.
Le stagiaire dut douloureusement apprendre à gérer ses émotions afin de les mettre au service de la chanson, accompagné par des professionnels, touchés et investis dans la création d’une strate de sa personnalité, plus profonde, plus mature.
Ryosuke et Min-ho se contentèrent, dans un premier temps, d’observer leur camarade de loin, sentant qu’il avait un besoin vital de retrouver une sécurité intérieure.
Et pour se faire, Lee avait embrassé la formation de tout son corps et de toute son âme, se coulant dans le moule proposé par l’agence avec une aisance encore jamais vue.
Le résultat du premier mois de souffrance du jeune homme avait eu un effet vu comme miraculeux par le Président de l’agence, Takahashi Ezume :Lee était en train de devenir l’Idol parfaite.63Please respect copyright.PENANAg805PDpE87
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Étrangement, le départ de William n’avait pas fait que blesser Lee.
Même s’il ne parvenait pas à comprendre pourquoi, Ryosuke en voulait profondément à William d’être parti.
Son absence avait laissé un vide dans la vie du rappeur et il avait du mal à contenir une certaine rancœur vis-à-vis du jeune homme.
Les insomnies solitaires avaient repris de plus belle, sans qu’il n’arrive à en tirer quoi que ce soit, et une boule s’était installée de manière permanente dans son estomac.
En prise avec un conflit interne qu’il n’arrivait pas à résoudre, il décida d’en parler à Min-ho, qui semblait être le seul à avoir réellement compris la décision de William.
Il trouva son ami dans la cuisine.
Sans bruit, il s’assit en face de lui, croisa les bras et resta immobile et silencieux, réfléchissant profondément à comment aborder la question.
Min-ho l’avait vu arriver et, intrigué par son comportement, finit par lui lancer :
— Tu vas me dire ce qui ne va pas mon vieux ? T’es franchement inquiétant là.
Ryosuke expira lourdement, hésita, et finit par demander simplement :
— Tu as eu un contact avec William depuis qu’il est parti ?
Surpris par la simplicité de la question, Min-ho lui répondit un « évidemment » en haussant les épaules.
Il fit une pause et fixa son ami, intrigué :
— Pas toi ?
— Je… non… enfin, je n’ai pas vraiment cherché à prendre de ses nouvelles en fait.
— Pourquoi ça ? Min-ho releva les sourcils, étonné.
Sa question était réellement ingénue, persuadé que son aîné était en relation avec le jeune homme.
Ryosuke expira à nouveau, très lourdement.
— Le truc, c’est que… je ne sais pas…
Min-ho étudia le visage énigmatique de son ami.
— Tu ne sais pas ?
— Pas vraiment, non.
Min-ho posa la cuillère qu’il tenait dans sa main.
— Attends, tu vas quand même pas me dire que tu n’as pas compris pourquoi il était parti… je veux dire… il avait un paquet de bonnes raisons !
— Hmm…
Ryosuke haussa les épaules.
— Il a quand même abandonné… tout le monde, tu ne crois pas ?
— Hein ? Min-ho n’en revenait pas. Abandonné ? Tu plaisantes j’espère ?
Il regarda son ami d’un air incrédule, puis continua :
— William a fait ce qu’on fait quand une page doit se tourner : quitter un environnement ou une situation qui n’est pas propice à son équilibre.
Il marqua une pause et reprit :
— Alors oui, d’un certain point de vue il a « abandonné »… il pencha sa tête pour murmurer … « Lee », et ça lui a fait du mal c’est évident, mais ça les a aussi protégés, d’une certaine manière. S’il était resté, comment crois-tu qu’ils auraient géré leur « relation » ?
— Hmm… c’est sûr…
Le rappeur se frotta le visage, épuisé par des nuits trop courtes.
Min-ho l’observa un moment, un peu confus, puis il reprit :
— Et puis de toutes façons, William doit vivre sa propre vie, il a vraiment besoin de savoir qui il est, de grandir et d’apprendre à faire ses propres choix. Pour moi, son départ, c’est un signe de maturité. Il a pris ses responsabilités. Tout simplement.
Il arrêta là son argumentation, pensant avoir été clair.
— Je comprends, tout ça, intellectuellement. J’ai vu tout ce qui se passait pour lui… pour eux et je sais que c’était pas viable… mais je ne peux pas m’empêcher de me sentir… je ne sais pas…
Un silence.
— Je crois qu’il me manque… mais…
— Alors appelle-le !
Min-ho avait du mal à contenir son agacement face à son aîné qui semblait en totale perte de repères, sans qu’il comprenne pourquoi.
Ryosuke détourna les yeux, puis sans crier gare, il se leva et quitta la pièce, aussi mystérieusement qu’il était arrivé.
De retour dans la chambre, le rappeur s’installa sur le lit et ferma les yeux.
Il ressentait un besoin urgent de faire du tri dans tout ce que Min-ho venait de lui expliquer, et certains des mots utilisés par Min-ho tournaient dans sa tête. :
« quitter un environnement ou une situation qui n’est pas propice à son équilibre », « ça les a protégé », « a pris ses responsabilités ».
Un frisson le parcourut, et il ouvrit subitement les yeux.
La boule dans son estomac s’était réveillée et une autre venait de prendre place dans sa gorge tandis qu’il se rendait à l’évidence.
Le jeune homme se releva d’un coup, prit son téléphone, et appela la seule personne qui pourrait répondre à la question qu’il n’avait jamais osé poser : sa mère.
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À la fin de la conversation, il reposa le téléphone, légèrement sous le choc.
Haruko avait évidemment été surprise et mise à mal par la question de son fils :
« Pourquoi son père les avait-il abandonnés ? »
Elle avait toujours redouté d’aborder le sujet et s’était finalement appliquée à ne jamais évoquer le père de son fils durant toutes ces années.
La raison réelle de ce silence était évidente : cette mère souffrait terriblement et avait cherché à protéger son enfant.
Pour faciliter son deuil, elle avait décidé que son mari était mort, ou n’avait tout simplement jamais existé.
Mais Ryosuke était un jeune homme maintenant, et il avait le droit de savoir ce qui s’était passé. Haruko avait le devoir de lui laisser l’opportunité de choisir comment il allait gérer l’information.
La situation était honteusement commune, en réalité : le père, criblé de dettes s’était évaporé dans la nature, afin d’échapper à la réalité d’un monde devenu une menace constante.
Avant de partir, il n’avait laissé qu’un message sur la table de la salle à manger :
« Prends Ryosuke et allez chez ton père », accompagné d’une enveloppe contenant deux billets de train et d’une somme d’argent leur permettant de tenir environ deux mois.
Selon sa mère, cet homme n’était pas une mauvaise personne.
Seulement un naïf qui avait eu de mauvaises fréquentations et fait de mauvais choix, voulant mettre sa famille à l’abri du besoin.
Malheureusement, l’explication maternelle avait laissé Ryosuke encore plus perdu.
Il avait entendu, dans la voix de celle-ci, l’amour qu’elle éprouvait, certainement encore, pour cet homme.
Non pas qu’elle lui cherchait des excuses, mais il avait senti la douleur que le vide avait laissé dans son cœur.
Il avait aussi entendu la solitude et la honte d’une femme devant porter un secret trop lourd pour elle.
Mais le plus difficile à entendre, avait été l’histoire d’un homme qui semblait avoir fait son possible, malgré toutes ses erreurs passées, pour prendre ses responsabilités et protéger sa famille.
La prise de conscience de la réalité de son histoire familiale suite à l’appel était comme un coup de poignard, et une douleur aiguë s’installa dans sa poitrine.
Puis, sans crier gare, l’absence du père et de William se juxtaposèrent de manière anarchique dans son corps et son esprit et Ryosuke se sentit perdre pied.
Obligé d’affronter la réalité d’émotions et de sentiments laissés de côté pendant tant d’années, il se mit à trembler légèrement.
Cherchant un moyen de garder le contrôle il serra ses poings contre son torse et se recroquevilla sur son lit.63Please respect copyright.PENANA5G15VOelEF
Mais l’enfant abandonné s’était réveillé et il ne put retenir ses larmes, submergé par une tristesse d’une violence indéfinissable.
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Min-ho, de son côté était le seul pour lequel le départ de William semblait avoir laissé une trace visiblement positive.
Il était d’ailleurs en contact constant avec son ami.
Sa rencontre avec le jeune homme l’avait touché profondément, et avait réveillé des parts de lui-même faisant évoluer sa sensibilité, et sa manière d’appréhender la danse.
Il avait appris à mettre de l’élégance dans ses mouvements, une intensité presque théâtrale dans ses chorégraphies, ce qui avait renforcé l’admiration que le Directeur Artistique, Kangjeon Masato et le Permormance Director, Satō Issei, lui portaient.
Par ailleurs, Min-ho s’était complètement investi dans la formation et cherchait à mieux comprendre ce que le staff mettait derrière le concept séduisant d’« Affirmation de Soi ».
Il questionnait tout le monde, afin de savoir comment se positionner, ce qui commençait à agacer légèrement le Président Takahashi, qui avait des oreilles dans tous les étages de son agence.
Pour autant, le Président n’en faisait rien, forcé de constater que Min-ho était, à n’en pas démordre, une des pièces maîtresses de son concept.
Min-ho continua ainsi d’évoluer, tout en faisant profiter l’ensemble des stagiaires de ses valeurs fortes et de sa présence lumineuse.
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Au mois de juillet, Min-ho, Ryosuke et Lee avaient pris leurs marques, chacun à sa manière.
Mais si Min-ho et Lee s’étaient liés à tous les stagiaires présents, Ryosuke, de son côté avait du mal à trouver sa place.
Dès qu’il le pouvait, il se réfugiait dans la Creative Room ou au studio d’enregistrement pour passer du temps avec l’Audio Engineer, Kamiya Soma.
Soma avait une quarantaine d’années mais un look qui le faisait facilement passer pour un adolescent.
Sa mentalité, moderne et innovante, avait été une des raisons pour laquelle il avait approché Ryosuke, aka R-SK, un soir où ce dernier sortait d’une scène ouverte dans le quartier de Shimokitazawa.
Le crew de Ryosuke, « The 9th Floor », s’y produisait d’ailleurs régulièrement,
Les deux musiciens s’étaient ensuite retrouvés de temps en temps dans les locaux de Komorebi Records, le label monté par des amis de Ryosuke, et sous lequel il avait sorti un album.
Soma et lui avaient une facilité à communiquer sans mots, ce qui rendait leur collaboration particulièrement efficace.
Min-ho, de son côté, s’était rapproché de deux jeunes stagiaires, Hiroshi, excellent danseur et Nao, dont la voix grave était particulièrement appréciée dans le monde de la pop.
Tous les trois partageaient leur amour pour la musique et la mode.
Hiroshi et Nao avaient en réalité commencé à suivre Min-ho sur les réseaux avant même qu’ils se retrouvent dans les locaux de Sevenfold et lui portaient une admiration sans borne.
Les nouveaux compagnons passaient tout leur temps libre en compagnie de Hinano, d’Esteban et d’Arya, au Visual Lab du deuxième étage ou avec le Performance Director Satō Issei.
Ce dernier était ravi de l’engagement pris par celui qu’il avait repéré sur les réseaux et observé lors de battles de danse, pour finir par lui proposer de passer les auditions.
Le Directeur Artistique, Kangjeon Masato, était intrigué par les trois personnages et commençait à se demander si le projet ne serait pas plus intéressant en se focalisant sur eux.
Il continuait aussi d’observer le talent de rappeur et de production de Ryosuke, ainsi que le jeune Lee, qui était définitivement le favori de son ami de longue date, le Président Takahashi.
Masato avait été l’initiateur du concept d’« Affirmation de soi » mis en avant par l’agence, mais il n’était toujours pas certain que la création de ce nouveau groupe pourrait aller aussi loin, artistiquement parlant, qu’il l’avait espéré, tout en restant dans le cadre boy group/Idol.
Lee, de son côté avait trouvé un binôme rassurant par la présence de son roommate, Sang-ook avec lequel il pouvait partager une éducation fortement imprégnée de culture occidentale, ainsi que sa passion pour les jeux vidéos et le sport.
Cependant, avec le temps, Lee commençait à regretter la présence constante de Ryosuke et Min-ho et se décida à aller vers eux plus souvent.
Un jour où il se préparait à aller à la salle de musculation, il les vit dans la cuisine commune du cinquième étage.
Il s’approcha de la porte ouverte et s’apprêta à les saluer, lorsqu’il entendit des bribes de leur conversation.
Le jeune homme n’eut aucun mal à identifier le nom prononcé par ses anciens roommates :
Will.
Alarmé, il retint sa respiration et tendit l’oreille.
Le jeune homme apprit que William était très occupé et que ses camarades semblaient rassurés de voir qu’il allait bien.
Selon ces derniers, il avait même l’air « beaucoup plus heureux maintenant ».
Son cœur rata un battement.
Il est plus heureux ?
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Sous le choc, il n’entendit pas Ryosuke l’interpeller et se dirigea vers l’ascenseur.
Quand la porte de l’ascenseur s’ouvrit à nouveau, il comprit qu’il était au rez-de-chaussée, sans avoir conscience de la raison qui l’y avait mené.
Au lieu de la salle de musculation, il décida d’aller courir au parc pour clarifier ses pensées.
La course lui permit de réfléchir à ce qu’il avait entendu.
Son cœur se serrait toujours à la pensée du nom de William et il se rendit compte que la blessure laissée par son départ précipité était toujours douloureuse.
Mais une chose était certaine : la tournure que leur relation avait prise dans la cage d’escalier l’avait fortement déstabilisé, et son absence représentait, après coup, un certain … soulagement ?
Il s’arrêta brutalement de courir et se pencha en avant, reprenant son souffle.
En réalité, ce qui paraissait le gêner le plus en dehors du nouveau bonheur de l’ancien danseur, c’était de savoir que ses deux anciens roommates avaient décidé de garder le contact avec ce dernier sans lui en parler.
En y réfléchissant, il se demandait pourquoi ces derniers n’avaient pas non plus cherché à venir vers lui après le départ de William.
Il fronça les sourcils, agacé par cette idée.
Le coureur était en train de mettre de l’ordre dans ses pensées, quand un rire cristallin s’éleva près de lui.
Lee releva la tête et regarda dans la direction du son qu’il venait d’entendre.
Il ne vit que deux jeunes hommes, grands et massifs, les cheveux courts, un sac de sport, jeté sur l’épaule.
Le stagiaire plissa les yeux, mais bien obligé de constater qu’aucun des deux ne pouvait être William, il se contenta de secouer la tête.
Tu deviens fou mon vieux.63Please respect copyright.PENANAT1GQgqxGO0
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Il finit par se détourner du binôme et prit le chemin de retour vers l’agence, balayant avec force les souvenirs pénibles de cette courte période de sa vie.
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Dans le même temps, la vie tokyoïte de William était en train de prendre forme et il était beaucoup plus épanoui que son lieu de vie pouvait le laisser croire.
Le minuscule appartement donnait sur un couloir sombre, avec du papier peint qui se décollait et des tuyaux apparents.
Un escalier extérieur en fer rouillé et des murs si fins qu’on entendait presque les voisins respirer faisaient partie de son quotidien.
En ces temps estivaux, des averses soudaines venaient frapper le toit régulièrement, et l’air épais des nuits chaudes ne donnaient aucun répit au jeune homme.
Mais il était chez lui, et il ne s’était jamais senti aussi libre.
Par ailleurs, peu lui importait son logis puisqu’il avait la chance de croiser parfois Ryosuke chez un disquaire ou dans un konbini de nuit et il restait fixé sur son but : savoir qui il était.
Le rappeur, qui connaissait le quartier comme sa poche depuis son adolescence, avait proposé son aide à William pour lui montrer les bons coins où manger pas cher, lorsqu’il s’échappait de Sevenfold pour aller voir ses anciens potes de « 9th Floor ».
Le stagiaire en profitait pour lui parler de sa difficulté à se retrouver dans l’ambiance de l’agence mais qu’il essayait d’en apprendre plus sur lui-même et sur les autres.
En plus des visites nocturnes de Ryosuke incluant philosophie et échanges culturels, et des coups de fils réguliers de Min-ho, William avait repris contact avec l’un de ses anciens compagnons de la sélection, passionné de photo, qui avait rejoint un petit studio.
Les deux anciens sélectionnés avaient décidé de faire un échange de procédés : William avait accepté de poser pour le compte Instagram de son studio et son camarade lui fournissait de nombreux clichés ayant permis à l’ancien danseur d’alimenter une page Instagram qu’il avait d’abord créée pour lui-même, avant de se décider à la passer en mode public.
S’il n’avait jamais été féru de réseaux sociaux, il avait dû rapidement succomber aux demandes de sociétés indépendantes de modeling qui commençaient à harceler son ami pour avoir ses coordonnées.
Parallèlement, désirant de gommer son image de danseur classique pour de bon, il avait décidé de teindre sa crew cut en blond platine et s’était inscrit à la salle de musculation après avoir mis en place un régime protéiné.
Son visage androgyne associé à un corps plus puissant finit de lui ouvrir plusieurs portes d’agences.
Min-ho, fan de mode, suivait le parcours de William de près et ils avaient finalement décidé de se dégager du temps pour se voir au bout de presque trois mois.
Ils se donnèrent rendez-vous dans un café en bas de Sevenfold, afin de rattraper le temps perdu et de prendre enfin des nouvelles complètes de l’un et de l’autre.
Min-ho ne reconnut pas son cadet tout de suite.
Il le suivait sur Instagram mais fut malgré tout ébahi du nouvel être qu’il avait en face de lui.
Il ne put retenir un cri quand il vit qu’en plus de son blond platine, son ami arborait maintenant fièrement un piercing à l’arcade.
La nouvelle couleur de cheveux associée à sa peau blanche et ses taches de rousseurs faisaient considérablement ressortir son côté européen et ses yeux en amande typiquement japonais lui conféraient une aura que Min-ho qualifia d’extraterrestre.
Au bout d’une heure de conversation tournant autour du Camp de Formation de Sevenfold, un silence apaisé s’installa entre les deux camarades.
William hésita, puis se lança sur un sujet qu’il souhaitait aborder avec Min-ho depuis longtemps.
— Je ne t’ai jamais vraiment demandé comment tu avais su pour ma crise d’angoisse.
Min-ho ne fut qu’à moitié surpris par la tournure de la discussion, étant lui aussi curieux d’en savoir plus sur le passé certainement complexe de son ami, l’ayant conduit à s’effondrer durant le Survival.
Il prit une inspiration :
— J’en faisais parfois quand j’étais ado. J’étais plus sensible qu’aujourd’hui, et j’avais du mal à gérer la déception constante dans le regard de mon père, enfin de mes parents…
William le regarda avec une compassion triste.
— Ça devait être horrible…
Le jeune homme avait été choqué par l’état dans lequel il s’était trouvé et il avait du mal à imaginer comment il était possible de survivre à ces crises de manière répétée. Mais il comprenait bien ce que son ami avait pu voir dans les yeux de ses parents, ayant vu la même chose dans les yeux de sa mère, jour après jour.
— Ouais, c’était… spécial, commenta Min-ho. Mais c’est aussi ce qui m’a poussé dans la danse, tu sais, pour exprimer toute la colère, la peur, la frustration… Et pour m’échapper de chez moi…
William acquiesça silencieusement.
— Tes parents n’étaient pas drôles non plus, hein ? tenta Min-ho.
— On peut dire ça oui… mais au moins je n’avais pas de frères et sœur à gérer.
William restait évasif, peu enclin à aborder son passé.
— Peut-être mais franchement, c’est grâce à eux que j’ai tenu le coup… enfin, avant de partir… Quand tu es seul face à la pression des parents ça doit être dur…
L’aîné observa le visage mystérieux de son interlocuteur, cherchant à voir s’il serait possible d’en savoir plus.
— C’est différent, se contenta de répondre William. Mais c’est vrai qu’être enfant unique, ça n’implique aucune possibilité d’échec… enfin, ça dépend peut-être des familles... je ne sais pas…
— Hmm… J’ai peut-être déçu mon père mais au moins je savais que les autres n’allaient pas le décevoir… souligna Min-ho.
Son cadet baissa les yeux un moment, puis détourna légèrement la conversation.
— Tu as gardé des contacts ? Avec tes frères et ta sœur ?
Min-ho décida de rester sur la lancée proposée par William.
— Ouais carrément, mon frère cadet a toujours été assez protecteur avec moi… On est très proches. Après on est aussi très différents... Je suis un peu comme la première crêpe tu sais, pas franchement réussie !
Il rit amèrement et soupira.
— En fait je suis le seul à avoir un prénom coréen, les autres ont un prénom japonais… ma mère est japonaise, précisa-t-il. Mon père c’est un zainichi. Il en a bavé avec mes grands-parents donc il n’était jamais à la maison et s’est noyé dans le boulot pour tenter de montrer sa « valeur » à la famille, sans succès… C’est devenu un lâche et je suis devenu un rappel de sa lâcheté, dans un sens…
Le regard bleu de Min-ho se voila d’une tristesse encore jamais vue par son ami, lequel comprit à quel point le contexte familial était plus délicat qu’il ne l’avait imaginé.
— Je te trouve plutôt réussi moi… avança timidement William. Je t’admire et tu m’as aidé à briser certaines… rigidités.
Le jeune tokyoïte baissa de nouveau les yeux et avoua à son aîné :
— J’ai compris beaucoup de choses sur moi grâce à vous trois…
Min-ho sourit à la réponse de son interlocuteur et pencha la tête.
— Tu vois régulièrement Ryosuke, d’après ce qu’il dit.
— Oui, j’ai l’impression qu’il a besoin de moi autant que j’ai besoin de lui en ce moment et c’est assez facile de communiquer. On se comprend facilement, tu sais, et on a le même caractère introverti donc on connaît nos limites … relationnelles, j’imagine.
— Je suis content que vous puissiez avoir ce lien, je m’inquiète un peu pour lui pour être honnête…je ne suis pas sûr qu’il soit vraiment heureux à Sevenfold.
Une crainte sincère passa sur son visage une demi-seconde, puis il s’illumina à nouveau.
— Mais je suis ravi de voir avec quelle rapidité tu sembles avoir trouvé tes marques ! Ça se voit à ton look que je trouve absolument incroyable, si je peux me permettre.
William afficha un sourire gêné et se passa la main dans les cheveux, exhibant machinalement la musculature plus affirmée de son bras.
— Je ne suis pas encore au top mais je commence à me sentir un peu plus… je ne sais pas… sexy ? Il fit une grimace en disant le mot qui ne lui était pas encore familier.63Please respect copyright.PENANAIRPXPog5Pn
Min-ho arbora un sourire éclatant et hocha la tête d’un air malicieux.
— Je te confirme que tu es en train de devenir brutalement sexy gamin !
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Lee revenait de l’épicerie quand il vit Min-ho discuter avec un homme qu’il ne connaissait pas.
Intrigué, il s’approcha de la devanture du café où ils étaient installés.
L’individu lui tournait le dos, mais se leva bientôt pour aller payer et le stagiaire dut se rendre à la douloureuse évidence que le jeune homme en question n’était autre que William.
L’ancien danseur était méconnaissable et Lee resta un moment interdit devant la scène avant de décider de rentrer à l’agence, encore sous le choc de la découverte.
Quelques heures plus tard il croisa Min-ho et Ryosuke dans le couloir du deuxième étage.
Le cadet ne put s’empêcher d’interpeller ses deux aînés, qui comprirent assez rapidement de quoi il s’agissait en voyant le visage tendu de leur camarade.
Min-ho avait effectivement remarqué la présence de Lee dans la rue quand il était au café et savait pertinemment que son camarade ne laisserait pas l’occasion passer pour s’expliquer avec eux, ce qui lui convenait parfaitement.
Il le prit par le bras et les trois s’installèrent dans l’un des studios d’enregistrement qu’ils savaient être libre.
— C’est quoi le problème ? Min-ho se présentait tel un roc, les bras croisés, prêt à répondre au plus jeune.
Ryosuke, de son côté, avait préféré rester en retrait pour que Lee ne se sente pas acculé.
— Pourquoi vous avez gardé contact avec William ? commença le chanteur.
— Pourquoi pas ?
Lee ne trouva pas quoi répondre au danseur qui venait de lui lancer un regard glacial.
Un peu désarçonné, il tenta :
— Alors pourquoi vous ne m’avez rien dit ?
— Tu n’as pas demandé, répondit Min-ho, toujours aussi sûr de lui.
— On avait peur de ta réaction… et ton comportement nous prouve qu’on avait raison, expliqua le rappeur.
— Bien sûr, que je vous en veux de ne pas m’en avoir parlé tout de suite ! Ça me donne l’impression que vous faites des choses dans mon dos.
— Tu es sûr que c’est ça le problème ?
Min-ho n’avait pas envie de tourner autour du pot, la tension latente depuis le départ de leur camarade ayant duré suffisamment longtemps.
— Tu n’es pas rassuré qu’il aille bien ? se permit-il d’ajouter.
Lee serra les poings et déglutit.
Il faisait son possible pour ravaler son aigreur mais se permit finalement de lancer, les dents serrées :
— J’ai pas besoin de savoir qu’il va bien ! T’as pas la moindre idée de ce qu’il m’a fait !
— Pas la moindre idée, hein ?
Le danseur n’avait pas d’énergie à mettre dans une complaisance feinte, agacé par l’immaturité de son interlocuteur.
— Je n’ai pas besoin de savoir « ce qu’il t’a fait » dans les détails pour savoir que cette « relation » n’était pas seulement de son fait…
Il laissa un temps de silence pour que son cadet intègre l’idée qu’il venait d’énoncer, puis reprit :
— De toutes façons, il va bien falloir que vous régliez ça entre vous. Ryosuke et moi, on n’a pas du tout l’intention de nous retrouver entre vous éternellement. Si on veut faire partie du groupe de Sevenfold tous les trois, il faut que vous vous parliez, point.
— Je ne veux pas le revoir. Il est parti, c’est terminé.
Min-ho leva ses yeux clairs au ciel d’un air dramatique puis il les reporta lentement sur le jeune homme avec autorité.
— Voilà ce qu’on va faire : je vais lui dire de t’appeler et tu vas faire l’effort de lui répondre. Vous allez vous revoir et vous parler comme des êtres matures, une bonne fois pour toutes. Ensuite, vous déciderez de ce que vous voulez faire. Mais il est absolument hors de question que vos histoires interfèrent avec la formation.
Son ton n’acceptait aucune contestation.
Le danseur laissa de nouveau un silence pour appuyer l’ordre donné, puis les deux aînés firent un signe de la tête au plus jeune et sortirent du studio, sans ajouter un mot.
Lee les regarda partir le regard sombre et sortit à son tour pour aller passer ses nerfs sur un tapis de course.
La nuit suivante fut interminable.
L’anticipation d’une prochaine discussion avec William l’agitait considérablement.
Le chanteur passait son temps à imaginer la scène, passant de la colère, à l’impossibilité de dire ce qu’il avait sur le cœur.
Et le problème principal était bien là : il n’avait justement aucune idée de ce qu’il avait sur le cœur.
Leurs difficultés à communiquer, son besoin constant de le protéger, sa fascination pour la beauté de son ami durant le Survival se mélangeaient dans son esprit.
Le baiser.
Le baiser auquel il était bien obligé d’admettre qu’il avait répondu.
Et c’était certainement là, la question la plus complexe pour lui:
Pourquoi y avait-il répondu?
Car c’était ça, ce qui le rendait à moitié fou.
Par réflexe ? Par peur que William se sente rejeté ? Par désir ?
Lee ferma les yeux et se repassa pour la millième fois le film des quatre semaines qu’ils avaient passées ensemble, pour tenter de comprendre.63Please respect copyright.PENANAvZhOTvSb0t
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De son côté, William apprit le soir même par Ryosuke l’échange qu’ils avaient eu avec le stagiaire.
Ryosuke avait ressenti l’urgence de prévenir son ami le plus rapidement possible pour qu’il puisse se préparer à l’annonce de Min-ho.
Ils n’en avaient pas reparlé mais le rappeur savait que ce qui s’était passé à Sevenfold avec Lee avait eu une influence non négligeable sur la transformation radicale du jeune homme.
Il appréhendait sa réaction et voulait être présent pour lui montrer son soutien.
Les deux amis se retrouvèrent chez le jeune modèle.
Comme le rappeur s’y attendait, le visage de William se ferma à l’annonce de l’information.
Ses yeux ambrés s’étaient voilés d’un mélange de tristesse et de peur et sa mâchoire s’était serrée.
Ryosuke hésita un temps et finit par lui proposer :
— Tu n’as pas besoin de me dire ce qu’il s’est passé, mais peut-être que ça te préparerait de me parler de ce que tu ressentais pour… lui ?
Sa voix était douce et un peu rauque, indiquant sa gêne par rapport à la discussion qu’il venait d’engager.
William se contenta de mettre sa tête dans ses mains et prit quelques longues inspirations pour tenter de calmer l’angoisse qui s’était installée dès l’évocation de Lee.
Il avait établi une relation de confiance avec Ryosuke, mais dans le cas présent, on rentrait dans un domaine qui touchait à l’intime, la honte et la culpabilité et il n’était pas certain de réussir à passer le cap.
Ryosuke sentit son malaise et cela augmenta sa propre tension corporelle.
Lui non plus n’était pas confortable avec les sentiments complexes, mais il ressentait un besoin de connaître William plus profondément, quitte à ce qu’ils se fassent violence.
Les minutes s’écoulèrent dans un silence pesant et William n’avait pas encore bougé.
Ryosuke commençait à s’inquiéter et mit sa main sur l’épaule de son ami pour tenter de le rassurer.
William, qui avait senti une vague de chaleur apaisante émaner du contact, se décida alors à relever la tête.
Il fixa les iris bruns de son ami et lâcha sans le moindre avertissement :
— Je l’ai embrassé.
Ryosuke arrêta un court instant de respirer.
C’était exactement ce qu’il avait pressenti.
William vit les yeux de son ami chavirer un peu, ce qui l’inquiéta.
Il ressentit le besoin de se justifier.
— J’ai essayé de ne pas le faire mais c’était plus fort que moi… Je me sentais douloureusement attiré par lui depuis un certain temps, et quand on est resté seuls dans la cage d’escalier, ce jour là, je l’ai fait.
Le rappeur tenta d’assimiler ce qu’il venait d’entendre.
Il déglutit et se racla la gorge, avant de tenter de lui poser une question pour le moins complexe.
— Tu es… amoureux de lui ? demanda-t-il d’une voix affaiblie par sa difficulté à gérer ce genre d’information.
Ryosuke regardait son ami avec un mélange de bienveillance et de tristesse.
Il ne supportait pas l’idée que la personne dont il était le plus proche ait dû gérer des sentiments aussi forts sans qu’il puisse être là pour lui.
William inspira lentement puis secoua la tête.
— Je ne pense pas que ce soit de … l’amour à proprement parler…
Il laissa ses pensées se clarifier.
— Je ne sais même pas ce que c’est « l’amour »… mais j’étais fasciné et attiré par lui, essaya-t-il d’expliquer à son ami.
Ryosuke le regardait avec un air énigmatique, ce qui n’aidait pas vraiment William à savoir s’il était clair.
Après une nouvelle inspiration, il reprit :
— Au début, je pensais que c’était juste de l’admiration et de la reconnaissance… mais j’en suis venu à ne plus supporter d’être près de lui sans pouvoir… le toucher.
Ryosuke frissonna légèrement à l’écoute des détails, certes nécessaires, que son ami lui infligeait.
Une boule se forma dans son ventre, reconnaissant ce sentiment qu’il avait lui-même vécu quelques années auparavant, mais il chercha à ne pas le faire paraître.
Afin d’être le plus objectif possible, le rappeur entreprit de bloquer ses propres souvenirs douloureux et demanda simplement:
— Et maintenant ? Si tu le revois ?
— Je ne sais pas…
William soupira lourdement, puis, après une hésitation, il ajouta, dans un murmure :
— Il y a autre chose qui me dérange…
Le rappeur se pencha vers lui, afin d’entendre ce qu’il avait à dire et lui montrer son attention.
— Il m’a embrassé en retour.
Le jeune homme fit une légère grimace pour cacher la douceur des sensations qui se rappelaient à lui à l’évocation de ce moment partagé.
Ryosuke cligna des yeux pour tenter de chasser l’image beaucoup trop précises qui venait de s’imposer dans son esprit.
Il se racla à nouveau la gorge pour lever la gêne qui risquait de transparaître et se redressa.
— Et … c’est bien ? Non ?
William secoua la tête.
— Non. Je ne pense pas qu’il l’ait réellement … voulu.
Son interlocuteur le regarda, confus.
— Je pense qu’il n’était pas nécessairement contre ça mais qu’il n’était pas « prêt ». Et je crois que le baiser… l’a blessé.
Il regarda Ryosuke, cherchant à voir s’il réussissait à appréhender la complexité de la situation, puis reprit :
— J’ai peur qu’il n’ait pas compris ce qui s’était passé que ça l’ait complètement bouleversé… enfin vu ce que vous m’avez dit de son état après mon départ…
Le rappeur hocha la tête, identifiant clairement le problème laissé en suspens par l’éloignement brutal des deux jeunes hommes.
Il prit le temps de la réflexion.
— Et puis les conditions et l’environnement n’étaient pas idéales à ce genre de… situation, hein ? finit-il par ajouter.
Pour toute réponse, William sourit tristement.
— Oui, on peut dire ça…
Ryosuke se passa la main dans les cheveux et ferma les yeux pour rassembler ses pensées.
Il les rouvrit au bout d’un certain temps et finit par dire :
— Ce qui s’est passé… n’est pas si dramatique, tu sais… Enfin, je ne dis pas que ce n’est pas douloureux à vivre, mais… ce sont des choses qui arrivent…
Il se perdit quelques secondes dans ses propres souvenirs puis ajouta :
— Je crois que tu devrais lui expliquer les choses aussi simplement que ce que tu viens de le faire avec moi. Soit juste honnête. Vous avez la chance de pouvoir régler ça…
William détailla le visage de son ami et soupira.
Il avait raison, c’était évident.
Le jeune homme fut soulagé de voir avec quelle facilité Ryosuke avait eu l’air de comprendre ce qu’il lui avait raconté.
Cependant, il se sentait également légèrement intrigué, son intuition lui soufflant que le rappeur semblait avoir vécu quelque chose de similaire.
Il se remit à observer les traits fins et peu expressifs de son ami et Ryosuke se recula légèrement, faisant mine de trouver une position plus confortable.
Reconnaissant là sa pudeur, William préféra ne pas relever et se contenta de le remercier pour son écoute et ses conseils.
Après un silence complice, les deux jeunes hommes décidèrent de finir la nuit à échanger sur des sujets plus légers.
Ils étaient, certes, ravis que leur relation ait pu passer le cap des conversations intimes, seulement, ils n’avaient aucune envie d’en faire le centre de leurs discussions.63Please respect copyright.PENANABnYk12AQ3x
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Le lendemain, William reçut l’appel de Min-ho.
Le jeune homme y était préparé et Min-ho se montra bienveillant mais strict, lui expliquant que la situation posait problème au sein de l’agence.
À la fin de l’appel, William regarda l’écran de son téléphone un certain temps et fit défiler ses contacts.
La peur de la confrontation était réelle mais il savait ce qu’il avait à faire pour le bien de tous.
Cependant, une question, peut-être bête, subsistait : où devraient-ils se voir ?
Il reposa son téléphone d’un geste las.
Un espace public risquait d’attirer les regards sur eux, et il était hors de question de proposer à Lee de venir chez lui.
Sevenfold ?
William secoua la tête pour chasser l’idée de son esprit car il ne se sentait pas autorisé à revenir là-bas.
En outre, il risquait de croiser ses anciens camarades qui se seraient demandé pourquoi il était dans les locaux de l’agence qu’il avait quittée au préalable.
Il réfléchit encore mais il avait beau décortiquer les différentes issues qui étaient à sa portée, la logique le ramenait toujours à l’agence.
Il analysa objectivement le plan de Sevenfold encore une fois et la solution s’offrit à lui plus simplement qu’il ne l’aurait cru : le seul endroit à l’abri des regards était le parking.
C’était parfait, en réalité, car cela leur permettait d’être en terrain neutre, et de partir facilement si la discussion venait à être trop compliquée à gérer.
Décidé et un peu soulagé, le jeune homme reprit son téléphone et appuya sur la touche d’appel.
Les deux anciens camarades se retrouvèrent le soir même, dans le parking de l’agence.
Le lieu était étrange et froid, contrastant avec la lumière et la chaleur du mois de juillet tokyoïte, et renvoyait beaucoup trop clairement un sentiment d’interdit.
William arriva tôt et attendit, dans une nervosité paralysante.
Lee le rejoignit à l’heure pile du rendez-vous, et s’avança vers lui d’un air qu’il voulait nonchalant, ayant l’intention d’avoir le contrôle de la situation.
Aussi, il ne prit pas la peine de répondre au « Salut » timide de l’ancien danseur qui évitait de croiser son regard, et se contenta de le dévisager un moment en silence.
L’individu qu’il avait en face de lui ne ressemblait en rien à l’être merveilleux qui l’avait attiré dans ses filets et il était décidé à le gommer de sa vie une bonne fois pour toutes.
Il commença par lui dire qu’il avait accepté de le voir car Min-ho et Ryosuke ne lui avaient pas laissé le choix.
William opina du chef et glissa un « Je sais. » rauque.
Après une pause, il décida de formuler les mots les plus importants pour lui à cet instant :
— Je suis désolé.
La phrase résonna violemment pour Lee qui sentit la tension de son corps monter d’un cran.
Il serra les poings et la mâchoire.
Un silence lourd de non-dits s’installa entre eux et l’air du parking semblait si épais qu’il leur était difficile de respirer.
— Tu es désolé ? Pour quoi exactement ?
La voix de Lee tremblait un peu sous l’effet de la colère grandissante.
— Pour… tout.
William avait la tête légèrement tournée et fixait un point invisible.
Lee fulminait et il était déjà sur le point d’exploser, balayant sa volonté pourtant travaillée avant la rencontre, de se maîtriser.
Tout dans le peu de mots et l’attitude de l’individu était en train de lui faire perdre la raison.
Il posa alors la seule question qui semblait avoir besoin d’une réponse :
— Pourquoi tu m’as embrassé ?
William tressaillit.
Il serra les lèvres et, paniqué, il offrit à son interlocuteur la seule explication admissible.
— C’était une erreur, je suis désolé…
L’esprit de Lee s’embrouilla complètement.
C’était la pire réponse qu’il avait attendue.
— Une erreur ? Tu te fous de moi ?
William déglutit et tenta de se reprendre.
— Je me sentais fragilisé par tout ce qu’il se passait, j’ai pas réfléchi.
Les yeux de Lee s’embuèrent d’un coup, sans qu’il comprenne pourquoi.
Laissant le chaos émotionnel qui l’habitait éclater, il hurla.
— Tu m’as embrassé et tu as disparu !
La phrase résonna dans le parking, tandis que William sentait la culpabilité et la tristesse l’envahir.
— C’était une erreur, je m’excuse, Lee, vraiment.
Il évitait toujours son regard, légèrement en retrait.
— Regarde-moi, putain !
William tourna lentement son visage et plongea ses yeux clairs dans les yeux sombres de son interlocuteur.
Un frisson traversa Lee au contact visuel et il recula un peu, comme s’il avait pris un coup.
Sans que son propriétaire en ait conscience, le corps athlétique de William se redressa face au retrait du jeune homme, lui redonnant une forme d’assurance.
La conversation qu’il avait eue avec Ryosuke lui revint alors, et il décida de suivre le conseil de son ami :
« Soit juste honnête. »
Il se racla la gorge afin d’enlever les signes de faiblesse émotionnelle que sa voix risquait de trahir.
— Pour le baiser… j’avais besoin… de le faire.
Il fit une pause, troublé par cette vérité qu’il venait d’exprimer.
Il observa Lee qui restait immobile et silencieux, le visage défait, puis reprit :
— Je croyais que c’était la réponse à donner à ce que … je ressentais pour toi. J’étais attiré par toi et ça devenait difficile… d’être près de toi sans pouvoir … te toucher.
Il secoua la tête et prit une grande inspiration, puis replongea son regard clair dans les yeux du jeune homme.
— Je m’excuse profondément Lee, j’étais réellement perdu. J’ai pris ton affection pour autre chose… et j’avais aussi besoin de savoir si … peut-être… tu pouvais m’accepter, accepter ce sentiment que je …
Lee se redressa à son tour et il le coupa.
— Je ne suis pas amoureux de toi, dit-il avec force, cherchant à se convaincre lui-même.
William hocha la tête, montrant ainsi qu’il s’attendait à cette réaction.
— Je sais. Et ce n’est pas ce que je suis en train de te dire. Je ne pense pas être tombé amoureux de toi non plus…
Lee prit sa réponse comme un coup de massue.
Il ne comprenait plus, ni ce que son ancien protégé était en train de lui dire, ni ce qu’il ressentait lui-même.
Les deux jeunes hommes restèrent un moment silencieux, ressentant le besoin de digérer l’épreuve qu’ils venaient de passer.
William inspira de nouveau.
— Et pour mon départ… c’était la meilleure chose à faire. Pour moi… comme pour toi.
Le stagiaire secoua la tête, encore pris par une émotion qu’il ne parvenait pas à identifier.
— Je t’interdis de me dire ce qui était bon pour moi ! Tu aurais dû me parler ! Pas me laisser !
— Te parler pour te dire quoi ? Rester, pour quoi faire ?
La voix de William était puissante mais voilée de mélancolie.
Il pencha la tête, et son regard se fit plus doux.
— Mon départ était le plus adapté pour tout le monde, Lee, je suis plus heureux maintenant, et toi, tu vas pouvoir te consacrer à ton rêve… C’est le mieux qui pouvait arriver, non ?
Une larme coula sur la joue de son interlocuteur, qui l’essuya avec ce qui lui restait de colère.
Lee était perdu et ne reconnaissait pas son ami.
Il se sentait démuni face à son l’honnêteté et sa nouvelle maturité.
Pendant un instant, pourtant, il ressentit le besoin insensé de le prendre dans ses bras.
William le comprit et eut un infime mouvement de recul.
Il soupira et se contenta de lui sourire avec toute la bienveillance qu’il pouvait lui donner malgré la tension encore présente entre eux.
— Arrêtons là, s’il te plaît.
Lee put enfin détacher ses yeux du jeune homme et acquiesça malgré l’incompréhension de ce qu’il venait de vivre.
— Arrêtons là.
Après un temps, voyant que son interlocuteur ne semblait pas être capable de lui donner les réponses qu’il avait attendues, il se détourna sans rien ajouter, et repartit en direction des étages de l’agence.
Le regard de l’ancien danseur resta accroché à la silhouette de l’homme qu’il avait blessé sans le vouloir, et laissa enfin, lui aussi, une larme glisser le long de sa joue.
Il l’essuya et rejoignit l’extérieur, le cœur serré.63Please respect copyright.PENANAEbJiRXGA9k
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Depuis le début de l’été, William s’était lié aux autres modèles qu’il rencontrait régulièrement lors de shooting, et il passait le plus clair de son temps en compagnie de Sọlá, Esteban et Narong.
Sọlá était originaire de la ville de Lagos, au Nigeria, et avait grandi dans une famille yoruba éduquée, valorisant caractère et culture.
Sa famille avait ensuite déménagé pour Londres quand elle avait quatorze ans, pour des raisons professionnelles.
Elle y fut rapidement remarquée et commença à participer à des shootings pour des magazines conceptuels.
La jeune femme avait finalement décidé de tenter une percée au Japon huit mois avant leur rencontre, sur les conseils d’amis japonais.
Son expérience des codes de la mode et sa rigueur professionnelle étaient extrêmement formatrices pour William.
Les deux modèles s’étaient liés facilement, partageant leur expérience de vie et notamment leur arrivée en Angleterre étant adolescents.
En échange de ses conseils en modeling, William l’aidait parfois à mieux se faire comprendre pour les différentes démarches.
Sọlá était d’une gentillesse et d’une bonté chaleureuses, en plus d’avoir cette capacité à s’adapter aux situations et aux gens avec une facilité déconcertante.
Sa beauté ne cherchait pas l’approbation, et elle avait ce quelque chose d’androgyne, jouant sur un flou volontaire entre les codes qui faisait écho à ce qu’il avait vu dans son ami, devenu pratiquement un mentor, Min-ho. De plus, son crâne rasé, teinté d’un bleu indigo, lui conférait une aura mystique proche de ce que William cherchait à atteindre comme idéal.
William s’était tout de suite senti à l’aise avec elle et cela semblait réciproque, conférant à la relation un sentiment de sécurité.
Grâce à elle, William fit la rencontre d’Esteban, jeune Espagnol dont la beauté fluide, presque insolente, dégageait une sensualité subtile. Esteban avait un regard sombre souligné par de longs cils bruns foncé qui dégageait quelque chose de féminin, assumé, sexy. Devant l’objectif, il devenait cette présence lumineuse dont raffolent les photographes.
Son côté féminin fascinait William et il apprit grâce à lui à jouer de l’ambiguïté de son regard devant l’objectif.
Narong, colocataire et ami proche d’Esteban, était originaire de Thaïlande.
Sa beauté était plus silencieuse que son collègue espagnol, mais redoutablement efficace. Son corps long, harmonieux, et ses épaules larges dégageaient une force et une élégance qui subjuguaient William.
Rien chez Narong n’était forcé, le jeune homme ayant cette capacité rare à être à la fois doux et puissant.
Narong était ce masculin réinventé qui ne cherchait ni à dominer ni à s’effacer.
Esteban et Narong avaient une carnation mate, riche, qui contrastait subtilement avec le teint clair de William, les amenant régulièrement à partager l’objectif.
Les deux nouveaux camarades du jeune homme ayant en outre une expérience de milieux artistiques et culturels divers, ils l’invitaient à élargir sa vision du monde.
Durant ce mois d’août particulièrement chaud et humide, les quatre avaient pris l’habitude de se retrouver chez Takumi, dans la maison familiale de William, à Hayama.
Le village s’étirait doucement entre la mer et la colline.
Les maisons basses, souvent cachées derrière des pins et des murets clairs, regardaient l’océan et donnaient aux jeunes gens cette impression étrange d’être ailleurs, alors que la capitale était à moins d’une heure.
Les plages autour de Hayama avaient une beauté calme, presque cinématographique.
Le sable était par endroits mêlé de petits galets, et la mer vous offrait un bleu profond apaisant et mystérieux.
Quand le temps le permettait, les jeunes expatriés pouvaient admirer le mont Fuji.
William apprit avec ses trois nouveaux compagnons les plaisirs simples et l’insouciance de la jeunesse.
À Sevenfold, Lee, Min-ho et Ryosuke se consacraient pleinement à la formation.
Lee avait mis un peu de temps à retrouver une relation de confiance avec ses deux aînés, soutenu par son ami et roommate, Sang-ook.
Sang-ook, comme Lee, avait une nature à se lier facilement aux autres.
Cependant, il dégageait une maturité, associée à un tempérament de pacificateur inné, qui l’avait rapidement positionné comme la personne vers laquelle les stagiaires allaient en cas de conflit.
Min-ho lui avait expliqué, sans rentrer dans les détails, la raison du froid subsistant entre le plus jeune et les deux anciens de l’équipe B et ils avaient fini par trouver un moyen constructif d’échanger.
Ryosuke, de son côté, faisait énormément d’efforts pour s’adapter à la formation.
Il avait réussi à prendre ses marques au niveau de la danse et le programme presque militaire lui avait permis de mettre en place une routine qu’il analysait comme bénéfique pour sa santé, notamment pour ses troubles du sommeil.
Sur les recommandations de l’équipe, il avait laissé pousser ses cheveux et Makoto en avait profité pour lui proposer de passer sur une wolf cut associée à une coloration capillaire d’un rouge électrique, permettant de contrecarrer son esthétique sombre tout en valorisant un caractère sauvage.
Cependant, ses amis avaient beau essayer de lui dire que le changement était intéressant, il ne parvenait pas à se retrouver devant l’image que le miroir lui renvoyait, ni dans le rôle de rappeur rebelle que l’agence semblait vouloir lui assigner.
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Le mois de septembre arrivait à son terme et avec lui les restants de l’été chaud tokyoïte.
Un samedi après-midi, Ryosuke était au studio d’enregistrement en compagnie de Soma, lorsqu’il reçut un appel de sa mère lui annonçant que son grand-père venait de faire un infarctus.
Fou d’inquiétude, le jeune homme demanda à l’ingénieur du son s’il pouvait informer la direction de son départ.
Ryosuke partit précipitamment, ce qui lui permit d’être à Okutama en fin d’après-midi.
Il rejoignit sa mère directement à l’hôpital.
Avant qu’il n’aille voir son grand-père, Haruko lui expliqua que ce dernier s’était plaint de douleurs thoraciques dans la matinée et qu’elle avait appelé une ambulance pour qu’il soit transporté à l’hôpital d’Okutama.
Là-bas, il avait eu une prise en charge complète et un traitement lui avait été donné.
Haruko prit le temps d’informer son fils que, selon les médecins, Natsume-san n’ayant pas d’antécédents, ils estimaient son état stable mais fragile, et qu’il pouvait tout à fait rester à l’hôpital sous surveillance, le temps d’être certains qu’il était tiré d’affaire.
Légèrement rasséréné et avec la plus grande des précautions, Ryosuke ouvrit la porte de la chambre avec monitoring où son grand-père avait été installé.
Natsume-san avait toujours été un homme en bonne santé.
Il avait, certes, perdu sa femme relativement tôt d’un cancer, mais avait su par la suite, faire en sorte que sa fille et son petit-fils ne manquent de rien.
Haruko et lui tenaient un petit restaurant de spécialités locales, à base de poissons de rivière, légumes locaux et de tofu maison.
Mais lorsqu’il vit cet homme d’ordinaire plein de vitalité allongé dans son lit d’hôpital, l’air vulnérable, son propre cœur rata un battement.
Il s’approcha discrètement de l’homme de soixante-dix-sept ans, qui semblait à cet instant, en paraître dix de plus.
Le vieil homme regarda Ryosuke et lui dit avec un faible mais malicieux sourire qu’il avait une tête affreuse avec sa nouvelle coupe de cheveux.
Ryosuke se passa nerveusement la main dans les cheveux et lui répondit qu’il avait toujours une meilleure mine que le malade, ce qui ne manqua pas d’amuser le vieil homme.
Ils restèrent ensemble un certain temps, jusqu’à ce que l’infirmière propose à Ryosuke et à sa mère de rentrer chez eux, leur garantissant que leur proche était en sécurité.
Min-ho et Lee apprirent que Ryosuke avait dû partir précipitamment, à la fin de la journée.
N’étant pas autorisés à le rejoindre, ils décidèrent de passer un coup de fil à leur ami pour prendre des nouvelles du grand-père.
Une fois que Lee eut quitté la pièce, Min-ho appela William afin de savoir s’il était au courant, mais il apprit que le rappeur l’avait non seulement mis au courant, mais que William avait pu s’arranger pour le rejoindre dès le lendemain matin.
Le dimanche matin, William prit le premier train pour Okutama.
Son regard se perdit dans la vue qui défilait devant lui : les immeubles de béton laissaient progressivement place à des montagnes escarpées et à la rivière Tama, dont l’eau était d’un bleu émeraude saisissant.
Il se sentait inquiet pour son ami, d’autant plus qu’il connaissait l’importance du grand-père dans la vie de ce dernier.
Une pression s’abattit soudain sur sa poitrine tandis qu’il revoyait son obāchan dans le lit d’hôpital, après son AVC.
Quand Ryosuke vit William arriver, il fut immédiatement touché par sa présence.
Ils se voyaient moins ces derniers temps et le rappeur ressentait un véritable soulagement de pouvoir l’accueillir chez lui.
Haruko, ravie de voir enfin un ami de son fils franchir le pas de la porte après de nombreuses années, lui fit visiter la maison familiale.
Ils logeaient à l’étage du restaurant, qui était réparti en une cuisine ouverte, où le grand-père cuisinait le poisson qu’il avait fraîchement pêché, tandis que sa fille s’occupait du service dans la petite mais conviviale salle, et de la gestion des comptes.
William passa ainsi les journées du lundi et du mardi entre le restaurant et l’hôpital, essayant de se rendre utile.
Il était en train de laver le restant de la vaisselle du service du midi quand il reçut un appel de Ryosuke, qui était allé à l’hôpital avec sa mère.
Alors qu’il venait de faire sa première sortie dans les jardins de l’hôpital, Natsume-san s’était rallongé, se sentant très fatigué.
Inquiet, son petit-fils était allé trouver le médecin mais le temps qu’ils arrivent dans la chambre, le vieil homme était à nouveau en pleine crise.
L’équipe avait fait son possible, mais du fait de l’état déjà affaibli du patient, le cœur de Natsume-san avait fini de battre pour de bon.
Au téléphone, Ryosuke ne semblait pas montrer d’émotion, clairement sous le choc.
C’est seulement à son retour au domicile et voyant son ami déjà en larmes s’avancer vers lui pour le prendre dans ses bras qu’il s’effondra.
Il passa la soirée dans l’étreinte réconfortante de William et finit par s’endormir la tête sur ses genoux, épuisé.
Malgré son chagrin, Haruko observait la scène avec tendresse, rassurée que son fils ait réussi à accueillir une relation si pure dans sa vie.
Min-ho fut le seul à être autorisé à s’absenter et il arriva le lendemain pour la veillée, avec trois costumes.
Il rassura Ryosuke sur le fait que Soma s’était chargé de mettre la direction au courant des différents évènements et de sa volonté d’arrêter la formation, devant aider sa mère au restaurant.
Durant la journée, les deux amis voyaient que Ryosuke était particulièrement préoccupé.
Ce dernier finit par leur expliquer, désespéré, qu’il ne pouvait pas participer à la veillée « avec cette tête ».
William, ayant anticipé le besoin de son aîné, avait demandé à Min-ho de venir avec une boîte de coloration capillaire noire.
Après avoir demandé à Haruko s’il y avait une tondeuse à cheveux quelque part, il s’approcha du rappeur, la tondeuse et la coloration dans chaque main.
« Tu veux que je t’aide ? », lui demanda-t-il simplement.
William se débrouilla plutôt bien et Ryosuke se retrouva avec un genre de taper fade mettant en valeur ses cheveux naturellement ondulés.
Alors qu’il était en train d’arranger les mèches de devant pour éviter que son ami soit gêné, il vit les yeux embués de reconnaissance de Ryosuke.
Il suspendit son geste et lui offrit le sourire le plus réconfortant possible, puis posa sa main sur la joue du jeune homme, d’un geste presque maternel.
Au contact, le rappeur ferma les yeux afin de mieux sentir la chaleur douce émanant de la main.
Ils restèrent ainsi quelques minutes, William caressant la joue de Ryosuke avec son pouce afin de lui signifier son soutien.
La veillée et l’enterrement furent extrêmement touchants, beaucoup de personnes s’étant déplacées pour rendre un dernier hommage à l’homme qui s’était tant investi auprès de la communauté.
À sa grande tristesse, Min-ho dut repartir tout de suite après l’enterrement afin de respecter son engagement auprès de Sevenfold.
William l’accompagna à la gare et quand il rentra au restaurant, il chercha Ryosuke et le trouva sur son futon dans sa chambre, une photo de son grand-père à la main.
Le plus discrètement possible, il s’approcha de lui.
À son approche, Ryosuke releva la tête, les yeux rougis.
Sans dire un mot, William se glissa derrière lui et, lui proposant son soutien, il l’entoura de ses bras.
Les deux jeunes hommes restèrent ainsi, le temps nécessaire à Ryosuke pour trouver un semblant de réconfort.
William avait définitivement fini par trouver sa place dans la famille réduite du rappeur, mais la fin de la semaine arrivait et il ne put faire autrement que de rentrer à Tokyo.
Haruko lui offrit un panier complet de plats fraîchement préparés et le prit dans ses bras, le remerciant et lui assurant qu’il serait toujours le bienvenu à Okutama.
Ryosuke accompagna son ami à la gare, le cœur serré.
Après une dernière étreinte, le rappeur regarda son ami monter dans le train avec une reconnaissance voilée par la tristesse d’être séparé de lui.
William avait été son roc pendant cette épreuve, et Ryosuke laissa son regard s’accrocher au train qui s’éloignait, puis se perdre dans le lointain.63Please respect copyright.PENANAoqhUIkYKZo


