Alexandre et son équipe arrivèrent au niveau du cabanon, ils n'avaient pas reçu de signalement sur leur cible depuis qu'il s'était débarrassé du policier en hélicoptère. Et tout comme Étienne, le chef d'équipe anglais avait conclu que Henry était descendu de la montagne. Ne l'ayant pas croisé en chemin, Alexandre supposait que c'étaient les Lames Noires qui allaient l'intercepter. Il attendait que ces derniers le contactent depuis plusieurs minutes, n'ayant reçu aucune réponse de la part de ses coéquipiers, il commençait à croire qu'ils avaient eu un problème.108Please respect copyright.PENANA8Va2nE6mwu
Alexandre patienta une minute de plus, les Français n'arrivant pas jusqu'à la cabane, il confirma une bonne fois pour toutes que l'autre équipe avait eu un problème. L'anglais se retourna vers la femme au volant de leur Dodge RAM, qui essayait tant bien que mal de laisser ses longs cheveux noirs hors de son champ de vision, son front perlait de sueur, comme pour les autres membres de l’équipe, elle avait conduit pendant plusieurs heures mais son regard d’un bleu glacé semblait toujours aussi vif. Alexandre était confiant, elle rejoindrait les Français très vite.
- Démarre, Victoria, on descend la face sud.
À l'arrière, Gideon fronçait les sourcils derrière ses larges lunettes de soleil.
- T-tu penses qu'ils c-combattent la cible ?
Gideon détestait son bégaiement, le fait d'être incapable de parler clairement dans ce genre de situation de crise était très agaçant. Alexandre s'assit et hocha de la tête.
- Possible, je ne comprends pas pourquoi aucun coup de feu n'a été tiré. Mais à moins qu’Henry ait pris la décision de se cacher en forêt, ils auraient dû l'intercepter.
Victoria démarra le moteur, et fit bondir le véhicule tout terrain vers la face sud, elle était très bonne pilote, et guidait le 4x4 sur les routes boueuses comme s’il s’agissait d’une autoroute. Alexandre sourit légèrement, il ne pouvait pas s'en empêcher. Il avait secrètement espéré que son adversaire parvienne à déjouer sa manœuvre en montagne. C'était la toute première fois que quelqu'un lui tenait tête aussi longtemps, et il ne voulait pas que ça s'arrête avant qu'il ne s'occupe personnellement de son cas.108Please respect copyright.PENANAHfK1JDCjP8
Avec un peu de chance, les Français se feraient battre par Henry, ça laisserait le champ libre au vieux traqueur pour mener son opération seul, sans éléments perturbateurs. Il salivait presque à l'idée d'une telle confrontation, mais ne se faisait pas d'illusions, l'équipe d'Étienne était très bonne, les chances que le fuyard parvienne à les vaincre étaient faibles. Il n'allait pas être déçu.
***
Les Anglais s'arrêtèrent sur le lieu de l'accident trois minutes plus tard. Après s'être assurés que le cadavre de Henry ne traînait pas dans les environs, ils observèrent la Jeep des Français avec curiosité. Marcus analysait les cinq cadavres, le visage si dur qu’il semblait gravé dans le marbre. Les corps écrabouillés à l'intérieur de la voiture étaient désagréables à regarder, même pour les professionnels qui constituaient l'équipe d'Alexandre. Mais Marcus ne semblait en aucun cas touché par la scène macabre, il releva la tête vers son capitaine, parlant d'une voix posée, déconnectée de l’horreur sous ses yeux.
- Le conducteur était toujours vivant. La cible l'a exécuté pour éviter qu'il puisse nous contacter.
- M-mon dieu. C'est vraiment r-répugnant.
Gideon se pencha à contrecœur pour observer l'intérieur de la Jeep à son tour, les vestes de combat kakis des cinq soldats étaient fusionnées à leurs corps, il dut faire un gros effort pour ne pas vomir.
- I-ils a récupéré le p-pistolet du conducteur. Je c-crois qu'il a aussi p-pris ses grenades.
Alexandre hocha de la tête, admirant le travail. C'était une attaque brutale et imprévisible, potentiellement la seule manière de tuer ses cinq adversaires sans tirer le moindre coup de feu.
- C'est génial.
Il avait marmonné, parlant pour lui-même. Heureux de constater que son adversaire était toujours en vie. Mais une attaque pareille avait dû lui causer de lourds dégâts.
- Notre cible est gravement blessée, et a dû quitter les lieux il y a moins de dix minutes. Remontez dans le véhicule, on ne doit plus perdre de temps.
Eleanor ferma sa porte en soupirant, cette mission était interminable et l’anglo-algérienne avait de plus en plus envie de rentrer chez elle, la jeune femme passa une main dans ses cheveux courts et jeta un dernier coup d’œil à la scène. Alexandre avait raison, la cible était forcément blessée, avec un peu de chance il finirait par se vider de son sang avant qu'ils n’aient à l’affronter. Elle se tourna vers son chef d’équipe.
- Tu penses qu'on peut le rattraper ?
- Non, pas avant qu'il ne traverse la frontière.
- Alors c'est fini, on peut rentrer ?
Alexandre avait sorti une carte des environs, il était plongé dans ses pensées, rassemblant tous les éléments utiles pouvant l'aider à trouver un moyen d'éliminer son adversaire. Sa concentration était telle qu'il s'était mis à baver sans s'en rendre compte, après une bonne vingtaine de secondes, il referma sa carte et s'essuya le menton.
- Je dois contacter mes supérieurs, j'ai un dernier plan en réserve.
La rouquine se massa le crâne, elle aurait préféré que son chef d'équipe jette l'éponge. Elle aurait pu rentrer chez elle pour se détendre un peu, mais Alexandre ne s'était visiblement pas assez amusé.
***
Elena était assise à l'arrière de son Aston Martin DBS, tablette sur les genoux. Elle suivait d'un œil attentif l'avancée de la chasse à l'homme sur un logiciel lui montrant les positions de ses hommes sur une carte vue du ciel. Elle avait compris un peu trop tard que l'équipe française s'était faite attaquer, c'est après avoir remarqué que le point censé retranscrire leurs positions avait arrêté de bouger qu'elle se posa des questions.
- Je crois que vos amis ont des problèmes.
Assis à sa gauche, Victor observait le paysage par la fenêtre du véhicule, ce dernier semblait perdu dans ses pensées. Ce fut à la mention de ses subordonnés qu'il détacha son regard de l'extérieur pour questionner l'anglaise du regard.
- C'est-à-dire ?
- C'est-à-dire qu'ils n'ont pas changé de positions depuis plusieurs minutes.
Cette fois, Victor s'était tourné complètement vers son interlocutrice. Il n'avait pas éprouvé grand intérêt pour l'opération Cage Rouge depuis qu’Henry avait éliminé le commando russe. Il s'était engagé dans cette opération pour empocher son demi-million d'euros et tisser des liens avec le gouvernement anglais, mais toute cette entreprise sentait de plus en plus la merde, et il n'avait qu'une envie, se sortir de cette situation. Victor le savait, avoir vendu l'un de ses hommes allait grandement impacter sa réputation, en particulier auprès de ses autres agents. Il s'agissait d'un risque qu'il avait accepté avec la perspective d'obtenir un beau pactole et de se faire connaître en dehors du territoire français. Mais maintenant que l'opération tournait au fiasco, tout son plan s'écroulait, et la seule chose qui l'empêchait de couper les ponts avec le gouvernement anglais était l'équipe qu'il avait envoyée sur le territoire russe. Si ces derniers finissaient par mourir, il perdrait toute confiance envers ses autres agents. Dans le meilleur des cas, son entreprise serait désertée et il mettrait la clé sous la porte, dans le pire des cas, ses subordonnés essaieraient de le tuer de peur d'être envoyés au casse-pipe à leur tour.
- Ils ont intercepté Henry ?
Avant même qu'Elena ne puisse répondre, elle sentit son téléphone vibrer dans sa poche. Alexandre cherchait à la joindre. Ce dernier leur expliqua brièvement la situation, et Victor, qui n'était pas franchement heureux d'être là, donnait l'impression de vouloir sauter de la voiture pour prendre ses jambes à son cou. Elena demanda d'un air épuisé :
- Alors, que fait-on ? Les Russes attendent qu'on leur livre Henry d'ici trois jours !
La voix d'Alexandre semblait confiante, il était sûr de lui, absolument pas inquiété par la situation. Le vieux combattant parlait d'un air presque jovial.
- La cible est blessée, et avance à pied. Nous pourrions partir à sa recherche en pleine forêt, mais il est fort probable qu'il ait tendu des pièges sur son chemin, voire même qu'il nous attende en embuscade. Je pense qu'il serait préférable qu'on ne parte pas à sa poursuite et qu'on le laisse traverser la frontière.
Elena haussa légèrement ses sourcils, voilà une idée saugrenue, Victor était totalement abasourdi et arracha le téléphone des mains de sa collègue.
- Vous êtes fou ? Pourquoi prendre le risque de le laisser disparaître ?
- Car je sais où il va.
Une courte pause, Elena et Victor étaient tout aussi surpris l'un que l'autre. Alexandre poursuivit.
- Écoutez, la cible a besoin de se nourrir, et de soigner ses blessures. Il va forcément suivre un cours d'eau pour répondre à ses besoins. Sans parler du fait qu'évoluer dans l'eau masquera bien ses traces et que ça l'amènera vers un village plus facilement, ces derniers sont souvent construits proches des cours d'eau.
Nouvelle pause, cette fois-ci, c'était car Victoria avait négocié un virage particulièrement serré. Il reprit son explication.
- Il parviendra facilement à traverser la frontière, les forces militaires biélorusses doivent être obnubilées par la présence policière russe si proche de leur pays. Ils ne se concentreront ni sur lui, ni sur nous.
Elena hocha de la tête, cette pointe d'admiration de nouveau présente au fond des yeux. Elle avait toujours considéré Alexandre comme un génie, le meilleur dans son domaine, et il était en train de le prouver une énième fois.
- J'ai besoin de votre aide, il me faut des images satellites de toutes les rivières aux alentours de ma position. Nous devrions trouver des signes de civilisation aux alentours, et nous pouvons être sûrs qu'Henry s'y dirigera pour continuer sa fuite.
- Et c'est là que nous l'attraperons.
- Précisément.
Elena reprit son téléphone des mains du Français, visiblement toujours dévastée par la perte de son escouade. Elle répondit d'une voix calme mais emplie de détermination.
- Nous vous fournirons les images dans les plus brefs délais, contentez-vous de passer la frontière sans encombre.
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