Il était midi passé, le soleil était à son zénith, et Henry venait de traverser la frontière biélorusse. Les quatre derniers kilomètres n'avaient pas été des plus plaisants, et le jeune homme ne devait son salut qu'au plan de dernière minute qu'il avait établi après sa rencontre avec les Français.83Please respect copyright.PENANACuhjCiUJJB
Henry se doutait que ses adversaires n'allaient pas tarder à arriver sur les lieux de l'accident. Cette escouade devait posséder un traqueur permettant à son superviseur de connaître leurs positions, et en les voyant immobiles aussi longtemps, il n'allait pas tarder à envoyer du renfort sur les lieux. Mais tout n'était pas perdu, Henry s'était bien préparé. Il avait tout d'abord pris soin d'enlever son t-shirt, puis de se barbouiller d'essence coulant du 4x4 de ses adversaires. Ses vêtements en étaient totalement imbibés et sa peau aussi. Seul son t-shirt restait épargné.83Please respect copyright.PENANA92D3EX6OEf
Il s'était ensuite dirigé vers la rivière qu'il avait aperçue en étant perché en haut de la chaîne de montagne. Il se doutait bien que cette dernière continuait jusqu'en Biélorussie, et il allait s'en servir. Le jeune homme évolua dans l'eau, il voulait à tout prix éviter de laisser des traces dans la terre à de potentiels pisteurs.83Please respect copyright.PENANA88QtX6J7EP
Il savait que ses adversaires ne pouvaient pas évoluer en véhicule pour l'atteindre, il s'était éloigné des routes, les policiers russes avaient sûrement sorti leurs chiens de chasse. Il avait gardé le t-shirt pour cette occasion, et l'avait frotté sur le sol à plusieurs reprises, jusqu'à le jeter au fond d'une espèce de crevasse qu'il avait trouvée sur la route. Les chiens suivraient l'odeur du t-shirt, et finiraient sur une fausse piste. Son odeur corporelle masquée par l'essence, ils ne devraient pas pouvoir le suivre de manière efficace.83Please respect copyright.PENANAl8nr4hiWq3
Mais voilà, toutes ses précautions n'auraient aucune utilité s'il était incapable de traverser la frontière. Il ne connaissait pas les patrouilles biélorusses, et comptait essentiellement sur la chance pour traverser sans encombre. Heureusement, la chance fut de son côté, les Biélorusses étaient trop occupés à surveiller l'activité policière anormale des Russes pour faire attention à lui.83Please respect copyright.PENANAdJAp0KfOJH
Bref, il est passé sans encombre. Et était enfin libéré des forces de police russes. Ce fut un réel soulagement, lui qui n'avait pas eu droit à une minute de répit, il était enfin libéré de son plus gros problème. Il évoluait à présent dans un pays où il n'était pas activement recherché. Tout n'était pas gagné pour autant. Il devait encore retrouver la civilisation. Et dans son état lamentable, c'était peine perdue.
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Henry marcha longtemps, aussi loin que son corps pouvait l'amener. Sa tête était en train d'exploser, chaque souffle lui tirait une douleur atroce au niveau de sa côte cassée. Il avançait sans réfléchir en longeant la rivière, trébuchant, pleurant, incapable de savoir s'il avait avancé d'un kilomètre ou de dix. Et inévitablement, Henry finit par tomber, une énième chute sur une énième pierre. Mais il ne se releva pas. Trop fatigué, la gorge tellement sèche qu'elle n’avait plus aucune goutte de salive en son sein. Son esprit allait et venait, alternant entre le moment présent et certains souvenirs, des balades avec Audrey, un film qu'il avait regardé petit... Son corps et son esprit, depuis longtemps brisés, n'avaient plus la force de le faire avancer.83Please respect copyright.PENANAKjN05bYM1i
Henry ne pouvait pas dire combien de temps il était resté à quatre pattes, les mains dans la boue. Quand il reprit enfin ses esprits, une heure semblait avoir passé. Il ne pouvait pas rester sans rien faire, un autre commando pouvait très bien fondre sur sa position, la police russe avait été forcée de s'arrêter, mais ce n'était pas la même chose pour des mercenaires privés. Le jeune homme observa les alentours, il devait reprendre des forces, au moins suffisamment pour atteindre un village. Il sortit la trousse de premiers secours de son sac, complètement vide pour la remplir d’eau. Il rassembla des feuilles mortes et quelques brindilles à ses côtés, puis utilisa son dernier couteau pour créer des étincelles en le frappant à l'aide d’un morceau de silex récupéré dans la rivière. Le fugitif prit le risque d'allumer un feu car il savait qu'en pleine journée ce dernier serait difficilement repérable. Il n'allait pas le laisser brûler très longtemps, juste assez pour bouillir l'eau de son récipient improvisé pendant une minute.83Please respect copyright.PENANAaRTIHARAoi
Une fois fait, il éteignit son feu et observa le ciel, il n'avait produit qu'un très léger fil de fumée, les chances qu'il soit repéré étaient plutôt faibles. Il bénéficiait maintenant d’un litre et demi d'eau potable, la majorité des bactéries tuées par la chaleur. Il ne fit pas l'erreur de boire l'intégralité du récipient d'une traite, et se fit violence pour boire à petites gorgées. Il buvait, attendait trente secondes, puis buvait à nouveau, combattant la déshydratation à petit feu. Entre deux gorgées, le jeune homme observait les buissons et troncs environnants, à la recherche d'insectes. Vers quinze heures, il revint avec trois grosses larves de coléoptères, six scarabées et environ trois cents grammes de plantain qu'il avait vus pousser non loin de sa position.83Please respect copyright.PENANAi1mXAIX6UI
Le repas était plutôt mauvais, Henry n'avait jamais vraiment aimé les insectes, mais les manger était mille fois pire. Il ne pouvait cependant pas ignorer les bienfaits mentaux que lui apportait ce repas. Le premier depuis une éternité. Le jeune homme savait que ce "repas" ne lui apportait pas énormément d'énergie, autant qu'une pomme, ou qu'une moitié de sandwich. Mais c'était tout ce dont il avait besoin pour redémarrer la machine. Son corps allait pouvoir transformer le peu de calories qu'il avait gagné en énergie. Ça serait suffisant pour lui permettre d'avancer pendant quelques kilomètres de plus. Mais pas encore, bien que le fuyard n'ait pour seul objectif que de disparaître loin de tout problème, il ne devait pas sauter les étapes. Il avait récupéré des forces, maintenant, il devait soigner ses blessures.83Please respect copyright.PENANA1m0jwSIJuO
L'assassin nota mentalement l'étendue des dégâts, il avait toujours les éclats de bois qu'il avait reçus contre le commando russe. Ses tympans et son traumatisme crânien ne pouvaient être soignés, mais sa côte et son épaule cassées pouvaient bénéficier d'un peu d'aide. Le jeune homme utilisa son couteau pour déchirer son jogging, qui se transforma rapidement en sorte de short effiloché. Il découpa le tissu en petits morceaux, qu’il plaça au-dessus des braises de son feu.83Please respect copyright.PENANARAVofZ5Jif
Il retira méticuleusement les éclats de bois coincés dans sa chair, ses plaies commençaient déjà à s'infecter, en particulier après s'être copieusement aspergé d'essence. Il nettoya ses blessures dans l'eau, puis utilisa la sève des arbres environnants pour s'en appliquer sur ses plaies. La sève était une excellente protection contre les bactéries, au même titre que le miel, il plaça ensuite les morceaux de tissus brûlés sur la sève pour créer des pansements de fortune. Henry s'occupa ensuite de sa côte brisée, cette dernière menaçait de lui perforer les organes à tout moment. Il étira le tissu coupé de son jogging pour en faire une longue bande. Il expira longuement pour vider ses poumons et rétrécir leur volume, puis enroula le bas de son torse avec le long tissu, serrant fermement ce dernier pour maintenir sa côte en place et limiter ses mouvements.
La douleur était très vive, et il avait des difficultés à respirer. Henry prit quelques minutes pour adapter sa respiration, avec des aspirations courtes, il parvenait à limiter la douleur à un niveau acceptable.83Please respect copyright.PENANAHRuJ2Gzo8e
Pour son épaule brisée, le jeune homme ramassa un bâton d'environ quatre-vingts centimètres de long, qu'il vint caler sous son bras, il attacha la dernière bande de tissu qu'il possédait au bâton, puis passa la bande derrière son cou, créant une écharpe de fortune. Toute cette opération n'avait pas pris plus d'une heure, mais ça avait suffi à l'épuiser. Henry avait soif, terriblement soif, et le demi-litre d’eau qui lui restait lui faisait terriblement envie. Mais boire maintenant lui demanderait de faire bouillir de l’eau une fois de plus pour s’hydrater plus tard. Il hésita un moment, le soleil était encore haut, il pouvait toujours allumer un nouveau feu, la fumée produite ne serait pas visible de bien loin, il ne craignait pas grand-chose… Non, penser ainsi était une erreur, il n'était pas en sécurité, d'autres assassins étaient sur ses traces. Sans le soutien de la police russe, ils allaient être ralentis un moment, et il devait profiter de cette opportunité pour fuir. La dernière chose à faire était de tenter le diable en allumant un nouveau feu.83Please respect copyright.PENANAKWDpU5k3pN
Tant pis, il attendrait. Même si ça le rendait fou, même s'il n'avait qu'une chance sur mille d'être repéré... Il attendrait.
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Il était maintenant dix-neuf heures, et l'assassin venait de terminer son abri pour la nuit.83Please respect copyright.PENANA8EANVqQAeC
Trois heures plus tôt, il avait quitté la rivière pour s'enfoncer un peu dans les terres, à la recherche d'une grotte, ou de quoi que ce soit qui puisse lui servir de base pour son abri de fortune. Finalement, il trouva un arbre mort s'étant écroulé sur un rocher, son tronc était à une trentaine de centimètres du sol. Henry jugea que ça lui serait utile comme toit, il rassembla des feuilles mortes et de la mousse, puis creusa le sol sous l'arbre mort. Ce fut la partie la plus difficile, il ne pouvait creuser qu'avec un bras, et chaque mouvement lui arrachait une vive douleur au niveau des côtes. Il y passa deux heures, et usa du peu d'énergie qu'il avait réussi à gagner avec son repas pour créer un trou d'une profondeur de trente centimètres. Il y plaça la mousse et les feuilles mortes pour créer une couche isolante qui le protégerait du froid.83Please respect copyright.PENANA4A255ifpDN
Henry observa le ciel s'assombrir, il savait que la nuit serait rude, il ne pouvait pas créer de feu pour se réchauffer, ses habits et son abri n'offraient qu'une petite protection, et il s'attendait à ce que la température baisse aux environs des quinze degrés cette nuit. Le jeune homme soupira, il allait souffrir. Il souffrait sans interruption depuis deux jours consécutifs et ça n'allait pas aller en s'arrangeant. Pouvait-il survivre au froid, avec des os cassés et le ventre vide ? D'abord pris de panique, ce fut la colère qui l'emporta finalement. Cette situation était injuste ! Toute cette histoire était injuste ! Il allait survivre, peu importe les souffrances endurées, et il parviendrait à disparaître pour continuer ses recherches, pour trouver un employeur plus fiable et continuer ses recherches sur l'assassin d’Audrey83Please respect copyright.PENANAEK3MTWDSXt


