Ma sœur, comme d’habitude, était dans ses rêves. Le coup de coude bien placé dans ses côtes la réveilla et elle se mit à me crier dessus en se frictionnant les côtes comme une folle.
« Nan mais ça va pas la tête ou quoi ?? Tu veux me casser une côte ? »
Sans vraiment la regarder j’évitais tranquillement ses petits poings sales qui cherchaient désespérément à retourner mon coup, sans grande conviction. Alma savait que j’étais bien plus vive qu’elle et ne se donnait même pas la peine de vraiment tenter de m’atteindre.
« Arrête de crier comme ça j’ai pas frappé si fort. Et maman va croire qu’il t’est arrivé quelque chose. »
« Il m’EST arrivé quelque chose espèce de sauvage. »79Please respect copyright.PENANAi7ZsMvEZ0p
Pas la peine de regarder, je savais que ses yeux me perçaient le crâne.
« Dépêche toi de finir ta dissertation où tu vas encore te ramasser une sale note. Il va bientôt revenir les ramasser. »
« Pffff… De toute façon… »
Alma n’aimait pas les cours d’histoire. Je pourrais même dire qu’elle ne trouvait aucun intérêt à être assise sur une chaise alors qu’elle aurait pu avoir les mains plongées dans la terre ou dans ses instruments digne d’une sorcière faisant ses potions.
Moi, je n’avais pas vraiment le choix.79Please respect copyright.PENANANBF1yyXkLV
Premier enfant de mon père, j’étais entraînée depuis mon jeune âge à bondir comme un tigre, à me déplacer aussi vite que le feu et à griller mes ennemis comme un incendie.79Please respect copyright.PENANARbjfeSgbFg
Il m’avait élevée en me répétant que j’étais destinée à reprendre à sa suite l’armée de Midville. Il avait même déjà annoncé au conseil des îles des 3 sœurs qu’il avait commencé la formation de son successeur. J’étais née pour ça.79Please respect copyright.PENANAQoqty1SpRN
Pour me préparer à mon avenir, il avait demandé à des amis proches de venir nous former ma sœur et moi.
A son plus grand désarroi, Alma lui avait par plusieurs fois bien fait comprendre qu’elle ne suivrait pas sa voie, mais bien celle qu’elle aurait décidé. Elle ne voulait pas prendre les armes, elle avait horreur de la violence et d’être enfermée dans une pièce, surtout pour écouter les professeurs et fixer du papier.79Please respect copyright.PENANAD92ceycavo
De tous les cours de chasse, ma sœur n’avait non plus jamais voulu tirer sur un gibier, mais ne se retenait pas de tirer en l’air ou aux pieds de notre professeur pour avertir le moindre animal à moins de 1000 mètres de nous. On avait donc évité de lui remettre une arme dans les mains.
Mes parents avaient bien évidemment expliqué que c’était nécessaire de chasser le gibier pour se nourrir, et quand elle avait finalement compris que la viande dans son assiette venait des animaux elle avait quasiment fait la grève de la faim. Depuis ce jour Alma n’avait presque plus jamais mangé de viande de sa propre initiative. Etant donné sa carrure chétive, maman avait quelque fois dissimulé de la viande par ci par là, surtout lorsqu’Alma était malade suite à l’un de ses nombreuses balades pieds nus dans le domaines, même lors des jours de pluie.
En globalité, je trouvais que mon père avait été trop laxiste avec elle, il l’avait toujours traité comme un petit oiseau fragile mais je savais que ma sœur cachait bien du potentiel.79Please respect copyright.PENANAHgwi3OkGfm
On était sorties du même ventre, nous avions les gênes des battantes.79Please respect copyright.PENANAadytxzrAHf
Sachant que ma sœur ne voulait pas se battre me frustrait plus que tout, c’était tellement important qu’elle sache survivre à un monde en guerre… mais c’est vrai qu’elle était douée pour bien d’autres choses. Si elle savait tout sur la nature et la biologie, je me battrais pour elle, pour la garder en sécurité. C’était aussi mon rôle de sœur après tout.
J’avais donc la responsabilité, parfois étouffante, de me tenir à carreau, de montrer l’exemple, de tenir ma sœur à l’œil et en sécurité mais surtout de rendre fier mon père. Je voyais bien ses yeux briller quand j’atteignais les cibles avec n’importe quelle arme, où quand j’avais le dessus dans les entraînements au combat. Le colonel qu’il était me voyait probablement en lui.79Please respect copyright.PENANArJToIwzjj0
Il m’avait déjà dit qu’il était fier de moi et que je ferais une colonelle hors pair. La première colonelle depuis des siècles. Je chérissais chaque moment et chaque mot partagé avec lui.
...
L’entrée du professeur dans la bibliothèque me rappela à la réalité. Moi aussi j’avais été emmenée dans mes pensées, et vu l’écriture penchée et précipitée sur la copie de ma sœur, Alma en avait profité pour regarder sur la mienne. J’en suis sûre.
Son sourire malin m’amuse trop pour lui dire quoi que ce soit et de toute façon elle n’aurait fait aucun effort, avec ou sans ma copie.
A peine le professeur a ramassé nos devoirs que cette petite sauvage s’est levée pour sortir en trombe de la bibliothèque, comme si le papier des livres de la bibliothèque allait s’enflammer à tout moment. Je me suis penchée vers les vitraux colorés pour vérifier… Et oui ! Elle courrait déjà dehors, surement dans sa précieuse serre.79Please respect copyright.PENANAZcBnQNuXEd
Cette folle est irrécupérable, un jour elle se mettra à parler à ses courges… si c’est pas déjà le cas.
Pour ma part, vu le temps magnifique dehors, je m’autoriserais bien une balade à cheval. J’échange quelques mot avec le professeur « Oui Monsieur j’ai eu le temps de finir. Non monsieur ce n’était pas compliqué. Non Monsieur je ne sais pas si ma sœur a triché. Non je n’ai rien vu. ».
Une fois l’interrogatoire terminé, plus besoin de faire semblant plus longtemps : je laisse les tables en vracs et à mon tour de prendre la porte. Je descends les escalier en pierre froide qui mènent au hall d’entrée du manoir complètement désert.79Please respect copyright.PENANAI5qOVBlNLF
Nous n’avons plus de domestiques depuis un moment, ils sont tous retournés depuis un moment auprès de leur famille.
Il n’y a plus que Mr Carlson, le majordome qui a toujours vécu dans notre manoir. Il n’a pas voulu partir quand mes parents le lui ont proposé. Du haut de son mètre 80, notre majordome a dit à papa qu’il nous avait vu naître, grandir, et qu’il ne partirait pas tant que nous ne laisserions pas le manoir à l’ennemi.
Mr Carlson avait un accent du nord, une petite moustache et ses costumes sont toujours tirés à quatre épingles. Jamais je ne l’ai vu désorganisé ou malade. Il semblait comme un roc, servant notre famille depuis des générations. Quelle âge il avait ? Aucune idée.
A peine j’avais posé le deuxième pied sur le pallier que je l’ai vu apparaître dans un coin d’une porte. Cet homme avait toujours la capacité d’apparaître au bon moment.
« Je crois que j’ai raté votre sœur mademoiselle, je n’ai pu que refermer la porte sur ses pas. Voulez-vous sortir ? »
Il avait déjà ma cape à son bras.
« Merci Carlson. Mon arc est-il réparé ? »
« Il est prêt pour vous mademoiselle, il a été rangé dans votre coffre à l’écurie. »
« Merci Carlson. »
« N’allez pas trop loin cette fois Mademoiselle. »
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...
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