Le monde dans lequel je suis née était déjà depuis longtemps rongé par les guerres, la souffrance et la pollution. Je ne sais absolument pas à quoi ressemblait le monde d'avant. De toute façon, à part notre professeur d’histoire que je n’écoutais pas vraiment, personne n’en parlait chez nous.94Please respect copyright.PENANAMpMXWMFFvQ
Mon père était déjà trop occupé à essayer de sauver ce qu'il en restait, et ma mère ne voulait pas en parler. Jamais.94Please respect copyright.PENANAH4Vf7xkgGH
Ce monde en guerre avait coûté beaucoup trop cher à maman, il lui avait retiré tous ses droits de femme libre et trop de gens qu’elle aimait autour d’elle. Pas la peine de rouvrir des cicatrices jamais apaisées par le temps.
A l’écart de la guerre, ma famille et moi habitions depuis toujours dans les beaux quartiers de Midville, la plus grande des 3 îles des sœurs. Comme la nôtre, les plus grandes demeures se trouvaient souvent sur les côtes de l’île, à l’écart de la ville immense et surplombé par le château des visages royaux.94Please respect copyright.PENANAHRBefDlcUm
A part pour avoir un accès privilégié à son propre port et le calme olympien des demeures toutes plus loin les unes que les autres, je n’ai jamais compris pourquoi les plus riches préféraient la solitude aux petites rues charmantes et chaleureuses d’une aussi jolie ville que la nôtre.
Enfin bref. Pour en revenir au manoir familial, dans un monde en paix, il aurait été parfaitement positionné. Au bord de la mer d’eau douce il était placé stratégiquement entre les 2 autres îles des îles des 3 sœurs, celle de Saliswater et de la bourbe. Lorsque j’étais si petite que je n’en ai aucun souvenir, le professeur de botanique m’a raconté qu’on nous faisait parvenir de tous ces endroits mystérieux des cales de navires pleines d’épices, de plantes et de graines de toutes sortes.
Ma sœur Harlow et moi, on n’avait malheureusement jamais pu être témoins d’un tel spectacle sur le port de Midville, nous n’avions même jamais passé les grands portails en fer forgé du domaine familial. Pendant que notre père livrait des batailles aux quatre coins de notre île, nous, on ne connaissait rien d’autre que les longues allées en pierre grises qui menaient le manoir aux bois, aux écuries, où à la serre (mon endroit préféré).
J’avais donc grandi à l’écart de notre monde avec ma mère et ma sœur, Harlow.94Please respect copyright.PENANAx7QEJXG6Gm
Ma mère était une couturière incroyable. Reconnue de tous, elle avait un atelier au centre du village avec des amies et c'était chez elles que les visages royaux venaient s'habiller. Avant les jours de fêtes, la boutique était souvent noire de monde et je devais venir prêter main forte pour prendre les commandes. Les bons de commande ne tenaient même plus sur leur tableau des commandes.94Please respect copyright.PENANABMuqCRy38o
Malheureusement, avec l'arrivée de la guerre, les gens n'avaient plus envie de faire la fête et dépensaient plus leur monnaie dans les boutiques d'armes que les boutiques de tissus. Elle a vite arrêté de travailler, dès notre plus jeune enfance. Mon père était colonel et sa femme était devenue sa faiblesse, une cible en plein milieu du front de mon père. Un jour, un homme étrange était entré dans la boutique et avait brandit une longue dague sous l'oeil de ma mère. Elle avait reçu des menaces de mort et une longue coupure sur la joue.94Please respect copyright.PENANA1BpMgNgqy6
Mon père avait passé des jours et des nuits à traquer cet homme comme une bête et même lorsqu'il fut attrapé par ses troupes, il avait préféré enlever ma mère de ce monde qui tombait petit à petit dans l’anarchie pour la mettre à l’abri dans notre manoir familial.94Please respect copyright.PENANAY804ZU7LzS
De toute façon, papa était un homme de pouvoir qui savait répondre seul à tous nos besoins. On avait de quoi manger, se soigner, un toit sur la tête... mais surtout on était vivants et ensemble. 94Please respect copyright.PENANAEu8Xg1KneS
Ma mère n’avait donc pas demandé son reste et s’était épanouie à la maison, s'occupant de nous avec toute la tendresse qui l'habitait.
Nous avons eu une enfance privilégiée, pleine d’amour et de rire dans notre jolie cage dorée. Nous avons été choyées, protégées et élevées pour ce nouveau monde qui faisait peur aux adultes autour de nous. Depuis petite, on avait toujours joué à faire semblant de sortir de notre joli domaine pour se confronter aux monstres du dehors, ceux qui avaient fait mal à notre maman. Ceux contre qui papa se battait. On avait vécu un nombre d’aventures incalculables bien au chaud dans les couloirs et les jardins du manoir.
En grandissant, mes parents avaient fait venir des profs particuliers. Ils voulaient qu’on soit prêtes pour le moment où le monde pourrait reprendre son fonctionnement normal.94Please respect copyright.PENANAiBsNGN58R1
Une vingtaine de personnes s’étaient donc mises à défiler au manoir, nous donnant des cours d’histoire, de politique, de sciences… mais aussi et surtout des cours de combat, de stratégie, de survie en milieu hostile…
Mes matières préférées, c’était quand même la botanique et la médecine de survie. C’étaient probablement les seuls cours où j’ai été attentive de toute façon.
Harlow détestait de tout son cœur ces matières. Je pense qu’elle était nulle, mais elle disait plutôt qu’elle faisait exprès car ces matières n’avaient pas d’intérêt pour elle. « Pourquoi apprendre à se soigner quand on ne peut pas me toucher au combat ? » De toute manière, c’est probablement le seul argument qui m’a poussé à redoubler d’efforts au début de ma formation, avant d’y prendre totalement goût bien sûr.94Please respect copyright.PENANAElaAYsXtTW
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J’étais.meilleure.qu’elle.94Please respect copyright.PENANANAMK7x6YmO
Meilleure que ma sœur, qui excellait dans tous les autres domaines.
Mais contrairement à moi, Harlow était bien une combattante hors pair. Et heureusement…
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