Kintsugi est mon premier roman.
Je l’ai écrit pour moi avant tout pour explorer des émotions, des personnages, et un univers qui me tenaient à cœur.
Je ne suis pas une écrivaine.
Si vous cherchez une prose parfaite, vous ne la trouverez pas forcément ici, et il y a certainement encore quelques coquilles malgré ma relecture...
Mais si vous cherchez une histoire sincère, alors bienvenue...76Please respect copyright.PENANA9FshvjjBoL
PS: j'ai ajouté un portrait rapide des perso (attention mes compétences en dessin sont limitées)
Partie 1/7 : Encounter (Rencontre)
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En ce mercredi 5 avril, William était de retour à l’agence Sevenfold, dans le quartier de Nakano, à Tokyo.
Arrivé au cinquième étage, il se dirigea vers la chambre partagée qu’on lui avait assignée, et posa ses affaires sur le dernier des quatre lits qui s’était libéré en raison d’un abandon.
Il observa un temps la chambre afin de trouver quelques indices sur la personnalité de ses roommates, prit une grande inspiration, puis partit en direction de la salle de danse 1 où il devait les rejoindre pour leur premier entraînement.
Dans l’ascenseur le menant au deuxième étage, le jeune homme repensa à l’engagement qu’il avait pris en acceptant la proposition.
Les vingt candidats à avoir été sélectionnés après l’audition avaient été répartis en cinq groupes de quatre et les recrues allaient passer un mois de Survival à vivre ensemble et à travailler, chaque semaine, sur un projet commun permettant au jury de décider quels seraient les douze candidats à intégrer le Camp de Formation de huit mois.
L’objectif de William était donc d’intégrer le nouveau groupe pensé par Takahashi Ezume, Président de l’agence et Kangjeon Masato, son Directeur Artistique, pour un contrat de cinq ans.
Si dans un premier temps, le manque de confiance de William l’avait disqualifié lors de l’audition, suite à l’abandon d’un ancien sélectionné de l’équipe B, il avait été finalement rappelé par l’agence.
Le concept du futur groupe se situant autour de « l’Affirmation de Soi », l’équipe artistique cherchait des individus ayant une identité culturelle forte.
La double nationalité britannique et japonaise de William, sa formation classique et son physique elfique qui prêtait à une douce confusion, lui avaient permis d’attirer l’attention du Directeur Artistique.
Arrivé devant la salle de danse, et après avoir longtemps hésité, William se décida enfin à entrer.
Le jeune homme jeta un œil timide à travers la porte entrouverte : ses trois coéquipiers étaient déjà présents, ainsi que le Perfomance Director, Satō Issei.
Il remarqua Lee en premier, immédiatement reconnaissable par sa nature enjouée.
Lee était d’un an son aîné, mais avait un visage de cette candeur tant appréciée dans le milieu des Idols.
William se rappela comment, le jour de l’audition, et alors qu’il avait fait son possible pour se recroqueviller dans un coin de la salle d’attente, le jeune homme avait réussi à le débusquer, et s’était positionné face à lui comme un ami de longue date, sans qu’il n’ait rien demandé.
Là encore, ne dérogeant pas à sa nature profonde, Lee accourut vers lui et le prit dans ses bras, apparemment ravi de le revoir.
Min-ho, que William avait aussi identifié le jour de l’audition, était déjà en train de s’étirer devant le miroir et éclata d’un rire lumineux en voyant son cadet se comporter comme un chiot ayant retrouvé son maître.
Selon William, Min-ho était la définition de la liberté créative et de l’affirmation de soi.
Il portait un crop-top jaune fluo accompagné d’un pantalon de jogging militaire bouffant et ses cheveux longs étaient remontés en un chignon flou, dont des mèches éclaircies s’échappaient pour souligner sa mâchoire carrée.
Ses yeux, généralement bleus, étaient fardés de noir, et son regard semblait vous lancer un malicieux défi.
Enfin, le regard du nouveau venu fut attiré par une longue et fine silhouette adossée dans un coin, le visage à moitié caché par la visière de sa casquette, les mains dans les poches de son sweat noir.
William dévisagea Ryosuke d’un air interrogateur.
— Toi aussi tu as cru qu’il faisait partie du staff ? plaisanta Min-ho.
L’aîné du groupe se contenta de lever ses yeux bruns en amande au ciel, face à la boutade de son camarade tandis que William tentait un « désolé » maladroit.
Ryosuke s’approcha discrètement et William put découvrir les traits fins du jeune homme dont les cheveux noirs débordaient anarchiquement de sa casquette de la même couleur.
Lorsqu’il lui tendit la main pour le saluer à l’occidentale, le danseur remarqua à son poignet l’éclat singulier d’un bracelet de pierres de lune bleutées, liées entre elles par un tressage macramé sombre.
Leur première rencontre fut interrompue par un Lee débordant d’énergie qui s’adressa au nouveau venu dans un anglais impeccable:
— Ça me fait plaisir que tu sois là ! Tu vas voir on va bien s’amuser ! Si tu as besoin de quoi que ce soit, n’hésite pas à me demander ! il termina son intervention par un sourire lumineux.
— Je vais faire de mon mieux, répondit simplement William, tentant de cacher sa nervosité.
Les premières minutes, la nouvelle recrue eut cependant un peu de mal à trouver sa place.
Lors de cette semaine d’ouverture du Survival, les stagiaires devaient travailler une cover de chorégraphie d’un groupe connu, afin d’ analyser l’alchimie physique des groupes.
William était plus grand que la plupart des autres membres du groupe, mais aussi plus fin et il avait l’impression d’encombrer l’espace, tout en se sentant beaucoup moins solide que ses camarades.
Voyant sa nervosité, Min-ho lui demanda de leur faire une démonstration de ses talents, et, pourquoi pas, de donner sa propre interprétation de la chorégraphie.
William commença par refuser, mais sachant pertinemment qu’il était plus que temps pour lui de faire un pas un avant, il finit par prendre position au centre de la scène et tenta quelques mouvements, d’abord timides.
Laissant son corps trouver ses marques, il commença d’abord un peu tremblant, puis le jeune homme prit de l’assurance, sous le regard intrigué de ses camarades.
Peu à peu, ses gestes élégants, l’amplitude et la finesse de ses mouvements, ainsi que les expressions complexes de son visage animant ses traits fins, finirent par époustoufler ses spectateurs.
À la fin de la prestation, les garçons se regardèrent, estomaqués, tandis que le jeune Lee semblait légèrement ému.
Ce dernier se leva d’ailleurs en premier, en applaudissant.
— Alors les gars, je vous avais bien dit qu’il serait exceptionnel !
Ryosuke et Min-ho acquiescèrent et ils décidèrent, avec l’aval de Satō Issei, d’imaginer des variations dans la chorégraphie pour intégrer l’essence de la proposition de William.
Quand l’entraînement se termina, tout le monde sortit de la salle, épuisé mais satisfait.
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Le lendemain en fin de journée, Lee et William étaient en train de revenir de l’épicerie sous un soleil éclatant. En ce début d’avril, les quelques pétales de fleur de cerisier qui tournoyaient annonçaient la fin de la floraison. La fraîcheur et la lumière printanière s’associaient pour créer un cocon agréable.
Lee était d’origine taïwanaise et canadienne, et malgré un passage à Yokohama dans sa jeunesse, il ne se sentait pas parfaitement à l’aise avec la langue japonaise.
Le jeune homme avait ainsi trouvé en William une personne anglophone sur laquelle se reposer.
Par ailleurs, la séparation d’avec ses proches pour poursuivre son rêve lui était difficile, et il avait naturellement jeté son dévolu sur le nouveau sélectionné, décidé à en faire un frère.
Les deux compagnons marchaient tranquillement, profitant des rayons du soleil.
Lee s’étira en respirant à pleins poumons, puis, se tournant légèrement vers William, il hésita un moment, pour finir par lui confier :
— C’était vraiment incroyable de te voir danser, hier …
Il fit une pause et lui jeta un coup d’œil.
— Je … ça m’a …
N’ayant aucune idée de ce qu’il cherchait à exprimer réellement, il se contenta de secouer la tête et reprit :
— Tu as une formation en chant lyrique aussi, non ?
William acquiesça.
— Oui, je viens d’une famille de danseurs et de compositeurs, donc je baigne dans cette culture depuis petit… Comme toi avec le rock et la pop, il me semble ?
Le danseur faisait référence au fait que Lee lui avait parlé, lors de leurs échanges pendant la première audition, de sa pratique de divers instruments, dont la guitare et la batterie, et qu’il avait été élevé au son d’artistes occidentaux légendaires.
— Tu te souviens de ça ?
Lee sourit, agréablement surpris que son camarade ait quelques souvenirs de leur discussion lors de l’audition.
— Oui c’est vrai, moi aussi j’ai grandi dans la musique. Ma mère était chanteuse dans un groupe indie pop-rock… C’est comme ça que mes parents se sont rencontrés d’ailleurs : quand mon père a vu ma mère sur scène, il a cru voir « un ange terrestre », comme il dit.
William sourit à cette jolie anecdote.
— Ton père doit vraiment aimer ta mère…
— Il ne l’aime pas, il la vénère haha ! C’est même carrément flippant des fois. Du genre elle n’a jamais tort et tout ce qu’elle fait est merveilleux !
Lee jeta un œil curieux à son comparse :
— Et tes parents à toi ?
— Oh… Ils se sont connus par des amis communs, lors d’une visite au Japon de mon père… Ça s’est fait comme ça je crois…
— C’est bien aussi comme rencontre !
— Oui… j’imagine…
Le candide jeune homme remarqua que les yeux ambrés et finement étirés de son camarade s’étaient voilés d’une légère tristesse à l’évocation de ses parents.
Une brise légère balayait les mèches châtain-acajou du front clair du jeune homme, et l’espace d’un instant, William sembla perdu dans le lointain.
Légèrement troublé, Lee décida de changer de sujet et la discussion dévia naturellement vers leurs préférences de toutes sortes, jusqu’à parler de leurs plats préférés.
— Je peux te confier un secret ? demanda-t-il soudain, après une légère pause.
Le danseur se tourna vers lui, étonné et curieux, s’attendant à une grande révélation.
Lee se pencha vers son oreille et lui dit tout bas :
— Je déteste les légumes…
William éclata d’un rire cristallin tandis que son camarade affichait un air satisfait.
Il secoua la tête, et inclinant le buste vers ce-dernier, il parla à mi-voix :
— Tu sais… moi non plus, je n’aime pas … les légumes…
Lee éclata d’un rire sonore, attirant l’attention des passants et déclara, prenant l’épaule de son acolyte :
— Je savais qu’on allait s’entendre !
Les deux jeunes hommes se regardèrent d’un air complice et finirent leur route dans une ambiance ludique et amicale.
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En arrivant au cinquième étage, ils tombèrent sur Min-ho qui venait de sortir de la douche, torse nu, comme à son habitude.
William détourna les yeux rapidement devant le corps cuivré et athlétique et s’appliqua à déballer les courses.
Lee ayant remarqué son attitude, interpella Min-ho, en essayant de paraître sévère.
« Min-ho ! Couvre-toi, abruti, t’es pas tout seul ! » et lui jeta un t-shirt qui traînait sur une chaise.
Ce dernier lui répondit par un air ahuri et, faussement offusqué, grommela un « On peut plus vivre comme on veut ».
Lee reporta rapidement son attention sur le visage de William dont la peau blanche, parsemée de fines taches de rousseurs, s’était teintée d’un léger rosissement.
Sa tête était baissée, et il semblait volontairement laisser les mèches de sa si parfaite mash layer cut lui couvrir les yeux en un rideau lourd et impénétrable.
Les yeux noirs et brillants du stagiaire ne purent se détacher de la silhouette élancée seulement quand cette dernière, ayant terminé sa tâche, se dirigea discrètement vers la salle de bain commune.
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Les roommates étaient allongés sur leurs lits quand William entra dans la chambre en débardeur et jogging, ses cheveux enveloppés dans une serviette.
Min-ho analysa le physique androgyne de son camarade et laissa échapper un sifflement d’émerveillement.
— En même temps qu’Idol, tu pourrais carrément faire du mannequinat dis donc ! Non mais regardez le : grand, des muscles fins et une peau tellement blanche ! Il est réel ce mec ? Ouah je suis jaloux !
Agacé d’être dérangé dans sa méditation créative, Ryosuke ouvrit les yeux et, obligé d’admettre que Min-ho avait raison, acquiesça en opinant du chef, tandis que Lee se surprit à détailler du regard les proportions du danseur.
William rougit instantanément au compliment et aux regards de ses camarades.
— Soit pas timide, Girl ! Viens on fait un défilé pour leur montrer comment se comporte une Bad Bitch ! lui lança Min-ho.
Il prit alors place à côté de William, qui le regardait faire un peu sur le retrait, et enchaîna défilés et poses, permettant à son camarade d’abandonner un peu de son embarras.
Les deux autres complices observèrent le spectacle en riant en clamant des « Slay girl » enthousiastes.
Avec cette vivacité qui le caractérisait, Lee prit la suite mais lorsqu’il essaya d’attraper Ryosuke pour le forcer à l’accompagner, ce dernier l’esquiva tel un ninja.
Le nouveau venu pouffa en voyant la scène, persuadé d’avoir entendu l’aîné feuler face à son assaillant.
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La première épreuve était enfin passée et le nouveau projet sur lequel les équipes devaient travailler était leur harmonie vocale, afin de vérifier leur stabilité individuelle et groupale, la fusion des timbres et la signature sonore des rappeurs.
Min-ho et Ryosuke se mirent au travail sachant exactement où ils voulaient aller.
Ryosuke rappait depuis l’âge de huit ans. L’Audio Engineerde Sevenfold,Kamiya Soma, qui connaissait son travail, lui avait proposé de passer les sélections.
Le rappeur s’était laissé tenter, cherchant à se « réinventer » mais aussi à faire un pont entre le monde du rap underground et de la pop.
Min-ho, star des réseaux sociaux, était connu pour insuffler un nouvel élan non-genré aux dance-covers de girl-groups et de boy-groups depuis plus de deux ans.
Ayant une culture R&B et hip-hop en plus de nombreux autres genres, il avait parallèlement commencé à travailler son flow, soutenu par Ryosuke.
Ryosuke et lui s’étaient en effet croisés lors de battle de danse et de rap au sein du quartier de Shimokitazawa, et avaient fini par développer une amitié profonde, basée sur le respect mutuel, depuis près de quatre ans.
Le danseur, quant à lui, avait été approché par le Performance Director de l’agence, Satō Issei et c’est ainsi que, les deux compagnons s’étaient retrouvés à passer les auditions de Sevenfold ensemble.
Malgré des journées chargées, depuis plusieurs nuits, Ryosuke ne dormait pas.
Habitué depuis jeune à avoir un sommeil haché, il savait s’octroyer des micro-siestes dans la journée, toutefois le fait d’être à quatre dans la même chambre, associé aux règles imposées par le nouveau système qu’il découvrait, lui étaient difficiles.
Il avait donc pris l’habitude d’aller s’installer sur le canapé du salon commun pour écrire ou écouter de la musique quand le sommeil ne venait pas.
Une nuit, William, en proie à une tension qui ne l’avait pas quitté depuis le début des entraînements avec le Vocal Coach, finit par se lever discrètement et sortir de la chambre.
Arrivé au salon, il jeta un œil alentours et décida de s’installer sur le canapé, son téléphone et ses écouteurs à la main.
Il sursauta en étouffant un cri à la vue d’un corps inerte, allongé bras croisés sur le ventre, yeux fermés.
Sorti de sa contemplation par l’agitation soudaine, Ryosuke ouvrit un œil, enleva ses écouteurs et découvrit avec étonnement la mine défaite du danseur.
— Qu’est-ce que tu fais là ? demanda-t-il simplement. Insomnie toi aussi ?… Je t’ai fait peur ?
William acquiesça, encore tremblant.
Son camarade lui sourit, se redressa pour s’asseoir et se décala pour que le jeune homme puisse s’installer à ses côtés.
— Ça t’arrive souvent ? s’enquit William, après l’avoir remercié de lui avoir fait de la place.
— Assez oui… mais j’ai l’habitude, je suis comme ça depuis gamin. Et toi ?
— Par période…
Il fit une pause, puis demanda à son aîné :
— Comment tu fais, quand ça t’arrive ?
Ryosuke lui montra ses écouteurs, un léger sourire sur les lèvres.
— J’utilise ce temps à bon escient.
— Je vois…
William secoua la tête.
— Je ne pense pas en être capable… d’écrire, je veux dire… Dans ces moments-là, je n’arrive pas à mettre mes idées en ordre ou à penser à autre chose…
Ryosuke lui sourit gentiment.
— Je comprends. J’étais pareil…
— Mais c’est facile pour toi, tu es … très intelligent.
Le rappeur ne put retenir un léger rire, surpris par les mots de son cadet.
— Hein ? Je ne sais pas ce que tu mets derrière le terme « intelligent », mais c’est pas comme ça que me décrivaient mes profs en tout cas !
Face à la réaction de son camarade, William se recroquevilla, se sentant stupide, mais il chercha à expliquer :
— Ce que je veux dire, c’est que… tu sais utiliser les mots pour décrire ce que tu ressens. Mais moi, je ne sais même pas ce que je ressens, la plupart du temps…
Il jeta un œil à son interlocuteur afin de vérifier sa réaction.
Comme Ryosuke ne semblait pas le trouver bizarre, il se sentit autorisé à continuer :
— Tu vas peut-être trouver ça idiot, mais, par exemple, j’ai l’habitude de regarder beaucoup de séries ou d’animes seul. Ça me permet de … découvrir et d’exprimer des parts de moi-même, à travers les acteurs, les personnages, sans être pris par le doute ou la… honte. Sa voix se cassa légèrement à la fin de la phrase.
Le jeune homme sentit qu’il s’était trop confié, et une tension s’installa en lui.
Ryosuke détailla le visage piqué de taches de rousseurs et le regard confus de son cadet.
— Il n’y a rien d’idiot à trouver des moyens de mettre du sens sur ce qu’on ressent, William…
Il réfléchit un temps, légèrement déstabilisé par ce que le danseur semblait exprimer, et tenta une nouvelle approche.
— Je vais te dire ce que Natsume-san m’avait expliqué...
— Natsume-san ? demanda William, intrigué.
— C’est mon grand-père, lui précisa Ryosuke, puis il reprit :
— Par la musique ou les livres, il m’a aidé à trouver un moyen de nommer certains sentiments … complexes.
Il fit une pause et se racla la gorge.
— Je suis encore loin d’avoir tout réglé… et je sais que certaines choses mettent plus de temps… Mais… voilà ce que je peux te dire…
Le rappeur prit une grande inspiration.
— Au début, il ne faut pas chercher à identifier les émotions et les sentiments. Perso, j’essaie d’abord de comprendre, ce que je ressens au niveau corporel. De la tension ? Une pression au niveau du ventre ? L’estomac noué ? C’est déjà très difficile, parce que ces sensations sont assez similaires dès que tu fais face à une émotion très forte. Que ce soit une joie immense ou une profonde tristesse, ce qu’on ressent, c’est surtout un genre de déséquilibre. La question qu’il faut se poser, c’est : « Est-ce que j’ai envie de revivre ce déséquilibre ? »… Et après, il faut réussir à identifier la cause réelle de ce déséquilibre, et voir si tu as tendance à aller vers cette cause ou si tu la fuis…
Ryosuke devint silencieux, analysant la clarté de ses propos.
William, pris d’abord de court par le nombre d’informations et l’animation soudaine du rappeur d’ordinaire si discret, répéta ses derniers mots, pour lui-même
Est-ce que j’ai envie de m’en approcher ou de la fuir ?
L’espace d’une minute, le jeune homme se laissa glisser dans les souvenirs marquants de sa jeune vie.
La danse. Le chant. Les « crises » de sa mère. La mort de son obāchan. Sa fuite de la maison familiale britannique pour venir s’installer sur les terres de cette dernière…
Et, enfin, l’audition qui l’avait amené à rencontrer trois des personnalités les plus éblouissantes rencontrées à ce jour.
Ryosuke l’observait du coin de l’œil, cherchant à s’assurer que ses paroles avaient eu l’effet escompté.
Puis, voyant son jeune camarade plongé dans ses pensées et ne se sentant plus vraiment indispensable, il décida de souhaiter une « bonne fin de nuit » à ce dernier en lui faisant un léger geste de la main.
Le rappeur retourna ensuite dans la chambre, un peu moins solitaire, tandis que le danseur s’était plongé en pleine introspection.
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Lors de cette deuxième semaine, Lee et William passaient beaucoup de temps aux studios d’enregistrement, dans le cadre du coaching vocal car ils devaient travailler afin de trouver un point d’équilibre entre leurs deux univers.
Lee avait naturellement une amplitude vocale lui apportant une certaine liberté mais manquait de technique, tandis que William devait apprendre à se débarrasser d’une approche trop classique, qui ne convenait pas toujours aux sonorités pop proposées par le staff musical.
Ainsi, les deux garçons avaient pris l’habitude de partager leurs journées ensemble.
William paraissait à l’aise avec son camarade, lequel était aux petits soins depuis son arrivée.
Cependant, il se sentait aussi désorienté, face à l’admiration qu’il éprouvait pour cet être chaleureux, impulsif et, peut-être, un peu naïf.
Lee était le début de l’été, la nature qui avait pris ses droits dans la chaleur encore supportable de cette saison féconde.
William était l’aube de l’hiver, un vent timide, une terre froide qui attendait, légèrement anxieuse et impatiente, qu’un manteau de neige vienne lui tenir compagnie.
Quand Lee s’approchait trop, la chaleur de son corps, peut-être réconfortante lorsqu’il y pensait, brusquait un peu le danseur, qui finissait toujours par remettre de la distance, gêné.
Dans le même temps, l’autre était persuadé d’avoir trouvé un nouveau petit être abandonné qu’il pourrait chérir et l’entourait d’une attention se voulant fraternelle et sécurisante.
Le jeune Lee, tel un enfant, était en effet fasciné par à peu près tous les aspects de cet être magique qui était apparu dans sa vie et ne manquait pas de le faire savoir à toute personne qui le croisait.
Pendant les premiers jours, les deux cadets de l’équipe, accompagnés par les coachs vocaux, apprirent lentement à s’écouter et à s’adapter.
Mais l’épreuve arrivait à grands pas, et une fois que les binômes se sentirent assez solides, l’équipe B se retrouva un soir dans la chambre pour trouver une interprétation de la chanson choisie qui mettrait tout le monde d’accord.
Ryosuke et Min-ho n’avaient eu aucun mal à trouver leurs marques et les deux plus jeunes furent frappés par le talent et le professionnalisme de leurs aînés.
Quand ce fut au tour des vocalits, une magie inespérée s’opéra enfin entre leurs voix singulières, éblouissant les rappeurs.
Les deux chanteurs eux-mêmes échangèrent un regard étonné et complice.
Ils éclatèrent de rire à la fin de la prestation, n’ayant pas la moindre idée de ce qui venait de se produire.
Ryosuke avait observé la prestation avec toute la concentration et le sérieux qu’on pouvait lui connaître.
Un sourire discret mais éveillé se dessina sur son visage.
Les deux jeunes semblaient avoir révélé chez l’un et l’autre une part inconnue jusqu’alors de leur personnalité : Lee avait acquis une profondeur d’âme que le rappeur ne lui avait encore jamais vue, et William, une chaleur et un magnétisme qui le fascina.
Les quatre jeunes artistes commencèrent alors à travailler ensemble avec enthousiasme, certains de trouver la recette d’une prestation à couper le souffle.
La répétition fut interrompue, tard dans la nuit, par l’apparition soudaine du Responsable des Trainees leur indiquant que leurs voisins de chambre avaient commencé à se plaindre.
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L’épreuve vocale ayant permis aux équipes de trouver leurs marques, la troisième semaine devait les amener à élire un leader et à travailler sur leur identité artistique, afin d’avoir une vision plus claire de ce qu’ils entendaient par « Affirmation de Soi ».
Depuis qu’il était enfant, Min-ho aimait jouer sur la fluidité de genre, c’est donc naturellement qu’ il proposa à ses camarades et aux membres de l’équipe Visual du premier étage de faire un exercice ludique autour de ce thème.
Tout le monde sembla emballé par la proposition, et les quatre garçons s’amusèrent à enchaîner différents styles, encadrés par les conseils de Hinano, Makoto et Arya, respectivement, styliste, coiffeur et maquilleuse.
Circonspect, William accepta un maquillage très « féminin », associé à une tenue plus dénudée, espérant vaincre ainsi une partie de ses insécurités corporelles.
À la révélation du résultat, tout le monde parut apprécier le résultat.
Min-ho applaudit son camarade, émerveillé autant par la tenue que par le maquillage, tandis que Ryosuke affichait un sourire mesuré et hochait imperceptiblement la tête en signe d’approbation.
Le plus jeune, quant à lui, se contenta de rester bouche bée devant cette beauté qui refusait de choisir son camp.
À son grand malheur, son regard glissades traits fins et des yeux de chat délicatement soulignés de son camarade, à l’épaule dénudée, puis au ventre lisse du jeune homme.
Il déglutit et ses oreilles se mirent à rougir.
Min-ho, qui observait la scène, s’exclama, légèrement moqueur:
« J’en vois un qui ne trouve même pas les mots, tellement tu es incroyable ! »
William se tourna timidement vers Lee, curieux malgré lui de voir sa réaction.
Mais ce dernier avait pris la fuite en direction des snacks à disposition sur la table, trouvant dans cette action une porte de sortie inespérée.
Cependant, malgré les réactions enthousiastes des personnes présentes, William se sentait comme… déguisé dans cette proposition esthétique.
Une tension corporelle inconfortable s’était installée chez lui depuis le début de l’exercice et il était en train de comprendre qu’il serait compliqué pour lui de continuer cette activité, en dépit de l’ambiance insouciante qui y régnait.
Il se mit d’abord maladroitement dans un coin, puis, sentant le regard interrogateur de Min-ho, il prit son courage à deux mains pour lui demander s’ils pouvaient faire une pause, afin de discuter un moment dans leur chambre.
Ayant observé le comportement du plus jeune et comprenant leur besoin d’intimité, Ryosuke proposa à l’équipe de faire quelques essayages sans eux, afin de leur présenter plusieurs propositions à leur retour.
S’étant rapidement défait d’une identité visuelle malaisante pour lui, William rejoignit Min-ho dans leur chambre, à l’abri des regards et des oreilles potentiellement critiques.
Après qu’ils se furent installés sur leurs lits respectifs se faisant face, un silence, plutôt douloureux pour William, s’installa.
Min-ho attendit tranquillement que le jeune homme se sente prêt à expliquer ce qui semblait le troubler.
Finalement, ce dernier commença :
— Je n’aime pas vraiment être au centre de l’attention, Min-ho…
Min-ho le regarda, confus.
— Mais… tu as l’habitude de la scène non ? Sinon, pourquoi tu es là ?
William soupira.
La réflexion de son camarade était logique, mais elle agaçait le jeune homme.
— Je veux arrêter d’être comme ça mais c’est difficile, et puis… Je me sens ridicule…
Son interlocuteur fronça les sourcils.
— Quel est le problème, Will ? J’ai l’impression qu’il y a autre chose…
C’est vrai.
William eut l’impression désagréable d’être mis à nu.
Il tritura un moment ses doigts, la tête penchée en avant.
Sentant que sa tension corporelle était en train d’augmenter, le jeune homme prit une grande inspiration.
— Je… depuis que je suis petit, les gens me prennent pour une fille… et ça… me dérange…
— Ah ?… fit Min-ho, manifestement surpris.
Il laissa un silence, et parcourut le visage de son interlocuteur, cherchant comment répondre. — Je croyais que ton côté androgyne faisait, en quelque sorte, partie de ton identité… finit-il par avancer, un peu naïvement.
— Parce que je fais de la danse classique ?
Le ton de William avait été plus brusque qu’il ne l’avait anticipé et son visage s’était fermé.
— Non ! Non ! S’exclama Min-ho, un peu paniqué. Je ne cherche pas à te mettre dans une case ou à tirer des conclusions, mais … ton allure générale et ta manière d’être, sans nécessairement paraître « féminines », me donnaient l’impression que c’était acté, genre, dans ta tête…
L’aîné fit une pause, et reprit :
— Je ne me suis jamais posé de questions car j’ai un physique assez clairement « masculin » mais j’ai toujours admiré les physiques comme les tiens et, très jeune, j’ai cherché à ajouter des détails plus féminins à mon physique, pour le plaisir … pour tester d’autres choses… Et je pensais que tu avais fait un certain chemin dans ce sens…
Min-ho se tut, attendant, un peu inquiet, la réponse de son camarade à son analyse.
William releva les yeux vers son interlocuteur.
— Non, je n’ai pas « choisi » de me présenter au monde comme ça…
Après un soupir, il chercha à s’expliquer :
— Mes parents baignent dans le monde « classique » depuis des générations. J’ai jamais vraiment pu réfléchir à tout ça et mon corps, ainsi que mon tempérament s’est plus ou moins … suradapté ?
Le jeune danseur ne voulait rien affirmer car il peinait à mettre du sens sur son vécu.
— Ma mère est une personne très… professionnelle… elle a un tempérament assez… c’est difficile de lui dire non… mon père, le premier en a fait les frais et…
Il observa Min-ho du coin de l’œil.
Ce dernier semblait lui prêter une oreille particulièrement attentive et empathique.
Ayant lui-même dû confronter ses parents pour s’affirmer, Min-ho savait combien il pouvait être difficile de grandir dans un monde qui était à l’opposé de ce que l’on vivait, au plus profond de son être.
William détourna légèrement la tête, ne sachant comment gérer la discussion qui était en train de prendre place.
Il sentait que son aîné était prêt à accueillir et comprendre ou, du moins, chercher à comprendre ce qu’il lui dirait.
Néanmoins, c’était la première fois que William s’exprimait sur le sujet…. et, sans qu’il arrive à l’identifier, un sentiment de honte était en train de s’emparer de lui.
Une chose était certaine, cependant: il se sentait de plus en plus mal.
Sa respiration était devenue plus courte depuis le début de la conversation, une boule s’était installée dans sa gorge et ses mains s’étaient crispées en deux poings serrés.
Quelque chose en lui devait céder, c’était évident.
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Maintenant.
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Alors, après un silence, il lâcha dans un souffle :
— Je… déteste… mon corps…
Min-ho se redressa et mit sa main contre son cœur, se rendant soudain compte de la bombe émotionnelle que son cadet était en train de lâcher.
Afin de se débarrasser de la pression qu’il ressentait sur la poitrine, William n’eut pas d’autre choix que d’ignorer toute réaction de son interlocuteur et de continuer sur sa lancée.
— Je déteste mon corps, sa forme. Je déteste mon visage… il… ne ressemble à … rien. Je déteste me sentir faible, je déteste être incapable de savoir ce que je veux. Je déteste tout ce qui se passe dans ma tête … tout le temps… j’ai juste l’impression que parfois… je vais… exploser.
Son corps s’était contracté entièrement, soumis à des tremblements imperceptibles.
La haine non assumée qu’il éprouvait pour lui-même était en train de prendre possession de lui.
À ces mots, Min-ho le prit instinctivement dans ses bras, sans que William en ait réellement conscience.
La tension extrême de ses muscles faisait désormais barrière avec le monde extérieur, comme cela lui arrivait si souvent.
C’était d’ailleurs ce que son corps avait su faire de mieux jusqu’à présent, le couper du monde extérieur.
Il ne percevait pas la chaleur de Min-ho, pas plus qu’il n’entendait sa respiration.
Il ressentait simplement le besoin de « dire ».
Pendant une minute, Min-ho laissa un silence respectueux s’installer entre eux.
Il finit cependant par tenter de relancer la conversation, de peur que son camarade ne se fasse happer par l’obscurité :
— Tu n’es pas seul, Will. On peut t’aider… on va t’aider… Tu n’es pas seul…
À ces mots, William sembla reprendre contact avec le monde réel et prit soudainement conscience qu’il était dans les bras de son ami.
Alors, une puissante émotion monta en lui et le submergea, tel un tsunami.
Des larmes chaudes inondèrent son visage désincarné.
Min-ho contenait son ami, lui-même profondément atteint par ce dont il venait d’être témoin.
Les minutes passaient et il se contenta de lui caresser le dos pour l’accompagner au mieux dans son abandon.
Malgré un vécu différent, l’aîné connaissait bien le sentiment d’impuissance extrême et la peur, ou le désir inavouable, de disparaître.
Encore quelques minutes s’écoulèrent et, peu à peu, William sentit son corps se détendre.
Son soutien continuait de l’accompagner par des gestes réconfortants le temps qu’il reprenne contenance.
Puis, très lentement, l’enfant blessé se redressa.
Il se dégagea doucement de l’étreinte salvatrice et essuya les traces de ses dernières larmes.
Quand, enfin, le jeune homme osa lever les yeux vers son ami, et après avoir expiré les dernières tensions, ses lèvres s’étirèrent timidement en un sourire de remerciement.
Profondément soulagé, Min-ho lui caressa le dessus de la tête comme il l’aurait fait à un petit frère.
— Il fallait que ça sorte, hein ?
— Oui… merci.
Son sourire fut tinté d’un éclat très léger que Min-ho n’avait encore jamais observé.
Rassuré, il hésita un temps puis reprit :
— Bon, maintenant que les choses sont posées. Je vais commencer par m’excuser profondément de ne pas avoir été capable de sentir ce qui se passait pour toi !
Son visage était grave mais cherchait une échappée spirituelle.
William hocha la tête.
— Tu … pouvais pas savoir… Je sais que je suis bizarre… enfin, pas normal…
— Alors là, je t’arrête tout de suite William, répondit fermement l’aîné. Des personnes qui vivent ce que tu vis, il y en a beaucoup… trop sur cette planète.
Après une pause, il ajouta malicieusement :
— Tout le monde ne naît pas aussi iconique que… moi !
Il lui fit un clin d’œil complice, auquel William répondit par un léger mais franc rire.
— C’est sûr, tu es la personne la plus iconique que je connaisse.
— Merci de le reconnaître !
Min-ho réfléchit un moment, redevenant plus sérieux, puis il avança une proposition.
— Bien, écoute, je vais vraiment avoir besoin que tu m’expliques tout ce qui se passe pour toi…
William se tendit un peu à la proposition, alors son camarade se dépêcha de préciser :
— Pas maintenant hein ? Ne t’inquiète pas ! Je vais faire mon possible pour te comprendre et t’accompagner… mais surtout, j’ai besoin de savoir ce qui risque de te blesser. On va y aller doucement. De toutes façons, je vais dire aux autres qu’on arrête pour aujourd’hui. Et quand tu te sentiras, on fera quelques essais, que tous les deux…
Il chercha le regard clair de son ami.
— Ça te paraît… envisageable ?
William acquiesça.
Ils restèrent un moment, d’abord dans un silence réconfortant, puis ils se mirent à parler de tout et de rien, de manière à laisser derrière eux l’intensité de cet échange.
Au bout de quelques minutes, débarrassé d’une partie de ses chaînes, William se leva plus dynamiquement qu’il ne s’y attendait, et tira son aîné par la main pour l’entraîner en dehors de la chambre avec lui.
De retour au Visual Lab du deuxième étage, ils surprirent un Ryosuke en train de faire un défilé assez… original à un Lee, larmes aux yeux, au bord de la syncope.
Les nouveaux amis éclatèrent de rire devant l’absurdité de la scène, et les deux complices se retournèrent pour les saluer.
Durant leur absence, Ryosuke avait finalement mis en application un des conseils les plus essentiel que lui avait appris Natsume-san : le rire peut soulager n’importe quelle peine.
Lee lui avait été reconnaissant de l’avoir aidé à ne plus s’inquiéter pour son protégé, après que ce dernier soit parti avec Min-ho.
Mais lorsqu’il vit les yeux rougis de William, sa poitrine se trouva prise dans un étau, mettant automatiquement fin à son insouciance retrouvée.
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Si la décision de donner à Min-ho le rôle de leader avait été très facile à prendre, il était maintenant plus que temps que le groupe choisisse une thématique à proposer à l’évaluation de fin de cette troisième semaine.
Lee et Ryosuke travaillaient donc leur identité sonore ensemble, et cherchaient une construction entre le chant et le rap pour permettre une fusion de leurs quatre mondes artistiques.
William et Min-ho, quant à eux passaient leur temps en salle de danse, apprenant des expériences de l’un et de l’autre.
Satō Issei, chorégraphe ayant travaillé avec des artistes internationaux, faisait de son mieux pour les soutenir dans leurs avancées, de manière à créer une chorégraphie originale.
Depuis quelques jours, Lee ressentait une légère frustration, sans pouvoir mettre le doigt sur ce qui n’allait pas.
Lors d’un échange groupal sur la ligne directrice à aborder, le jeune homme, qui n’arrivait pas à faire entendre son point de vue, finit par frapper de la main la porte à laquelle il était adossé, faisant sursauter tout le monde.
Ne sachant pas vraiment, lui-même ce qu’il avait à dire, il se contenta de jeter un regard mauvais à la personne en face de lui, qui s’avérait être William, pour ensuite balayer les autres du même regard, de manière à ce que tout le monde prenne conscience de sa mauvaise humeur.
Sentant qu’ils n’arriveraient à s’entendre à cet instant, ils décidèrent d’abréger la séance et d’aller s’aérer.
Quelques temps après, Lee aperçut William discuter avec Min-ho dans le couloir menant au salon commun.
Après avoir ravalé la contrariété que cette vision venait d’éveiller en lui, il se décida à l’appeler.
À l’évocation de son nom, William se retourna, un sourcil levé en voyant Lee courir à sa rencontre.
— Salut… dit Lee, un peu essoufflé.
— Euh… Salut… Le danseur attendit la suite, mais son camarade se tenait simplement immobile devant eux.
Min-ho et William échangèrent un regard circonspect.
— Tu voulais quelque chose, non ? Pourquoi tu m’as appelé ? s’enquit William.
Lee se gratta la nuque, gêné.
— En fait… je voulais juste te demander… savoir comment tu allais ? Il inspira profondément, les lèvres serrées.
Le jeune homme sentait que les mots était coincés, mais il tenta maladroitement un : — Je me suis dit que… peut-être que tu aimerais parler un peu ?
Se tortillant légèrement, mal à l’aise, il ajouta :
… Ou pas, je veux dire…
Il remarqua que Min-ho l’observait d’un air mi-curieux, mi-amusé.
William resta un moment silencieux, puis demanda, un peu inquiet :
— Ça va ? Qu’est-ce qui t’arrive ? T’es bizarre en ce moment…
Lee déglutit, déstabilisé.
— Hein… oh non, rien de spécial vraiment…essaya-t-il de minimiser. … C’est juste que… je voulais… Ne parvenant définitivement pas à savoir quoi dire, il soupira.
Min-ho se sentant de trop, il mit la main sur l’épaule de William et lui signifia qu’il partait devant.
Lee se passa une main dans les cheveux et fit une grimace, frustré par sa propre incapacité à s’exprimer clairement.
Il prit de nouveau une grande inspiration puis se lança :
— Écoute, je sais pas vraiment pourquoi, mais je pense que je suis un peu à bout en ce moment. Et je pense beaucoup à toi ces derniers temps… enfin, depuis mon… léger pétage de plombs ? Il se frotta le visage, embarrassé.
William recula, légèrement surpris.
— Hein ? Pourquoi moi en particulier ? Tu étais clairement énervé contre tout le monde !
Il fit une pause. — Attends… tu t’es énervé à cause de moi, en fait ? À cette pensée, William sentit son cœur se serrer un peu.
Lee déglutit difficilement et décida de le rassurer.
— Non, non, pas du tout, mais j’ai justement peur de t’avoir blessé ! Il fit une pause et reprit, peu sûr de lui : — Je suis désolé, je suis un peu à côté de mes pompes… et c’est juste que ces derniers temps, je pense à toi, aux moments qu’on passait ensemble, avant que… tu sais…
Il se tut brusquement, réalisant qu’il ne comprenait pas lui-même où il voulait en venir.
William le regarda silencieusement, attentif au langage corporel de son camarade, et ressentit le besoin de vérifier une intuition.
— Tu … tu trouves que je passe trop de temps avec Min-ho ?
Se sentant un peu exposé, Lee paniqua légèrement.
— Quoi ? Non ! Non ! Ce n’est pas ce que je voulais dire… Après tout, c’est normal, vous avez beaucoup de travail de votre côté aussi. Il fit une pause. — Mais parfois, je me dis simplement que… ça me manque, c’est tout…
Lee observa le visage éthérique de William puis ajouta :
— Oui… enfin, j’aimais bien ces moments passés avec toi… et depuis … la discussion de groupe… j’ai eu peur que… tu croies que j’ai quelque chose contre toi ou…
— Mais… tu n’as rien contre moi ? s’enquerra William, pour dissiper tout doute.
— Non, je... Lee s’arrêta à nouveau et essaya tant bien que mal de mettre du sens sur la discussion.
William le regardait fixement, légèrement tendu, lui aussi.
— Ok… oui, moi aussi j’aimais passer du temps avec toi. Ce n’est pas toujours possible, enfin, surtout en ce moment, mais ça fait partie du jeu, non ?
Le danseur fit une pause, s’apprêta à ajouter quelque chose, puis se ravisa.
Il observa avec un mélange d’appréhension et de curiosité le visage du jeune homme.
Ressentant le besoin de se rapprocher de son camarade, il finit par lâcher :
— Je sais pas… je peux t’avouer un truc ? William jeta un œil autour de lui, analysant qu’ils étaient dans un lieu de passage, ce qui n’était pas l’idéal pour avoir une discussion. — Attends, on va dans la chambre.
Il fit à Lee le geste de le suivre.
Arrivés dans la pièce, William s’assit sur son lit et invita Lee à se mettre sur celui de Min-ho, en face de lui.
Lee s’assit et se pencha légèrement, son attention tournée toute entière sur ce que son camarade voulait partager.
— Alors… qu’est-ce-que tu voulais me dire ? Sa voix était douce et encourageante, dissimulant un certain malaise.
William prit une grande inspiration.
— Le fait de passer du temps avec Min-ho … a un peu chamboulé ma manière de me positionner dans le groupe. Le Directeur Artistique, enfin ... Mr Kangjeon, a été ... cassant la dernière fois qu’il m’a convoqué. Je dois vraiment faire des efforts. Et ... je me pose beaucoup de questions.
Il jouait avec ses doigts afin d’organiser ses pensées.
— Tu sais, quand je suis arrivé dans l’équipe, tu étais le seul que je connaissais. Et je pense que … c’est aussi pour ça que tu t’es occupé de moi. Mais rapidement, je me suis dit que je te collais un peu trop, parce que… je t’admire énormément, mais… en même temps, j’avais l’impression que tu passais trop de temps à te préoccuper de moi.
Le jeune homme inspira de nouveau, tentant de s’exprimer le plus clairement possible malgré son propre chaos interne, puis reprit :
— Et puis, Min-ho et Ryosuke, ils sont assez faciles à cerner, je trouve, mais toi… pas vraiment. Et quand tu t’es énervé tout à l’heure, je sais pas… c’était comme si… je découvrais enfin une partie de toi… Ne le prends pas mal, d’accord ?
… une partie que tu caches quand tu es en groupe, et encore plus, peut-être… avec moi.
— Ah ? Lee resta interdit.
Ses yeux ronds grands ouverts, il essayait de comprendre la déclaration de son ami, et insidieusement, sentit une part de lui légèrement mise à nue.
Il plissa le front, un peu désarçonné. — C’est… possible, oui…. Après, pour revenir à ton arrivée dans le groupe, sache que je me suis occupé de toi parce que je t’apprécie et comme on peut se parler en anglais, tu sais…
Lee fit une pause et fronça légèrement les sourcils, concentré sur ce que William avait essayé d’exprimer, puis il reprit : — Ouais, j’ai tendance à en faire un peu trop parfois… et puis, de toutes façons, je suis comme tout le monde… j’ai plusieurs facettes, tu sais ?
Voyant le visage tendu de son camarade, il s’empressa d’ajouter :
—Ça ne me dérange pas que tu dises ça ! C’est même… intéressant, pour tout te dire… mais…
Lee se tut, ne trouvant pas comment finir sa phrase.
Voyant qu’il n’avait pas réussi à se faire comprendre, William soupira lourdement, et tenta de trouver une autre manière de s’exprimer.
— C’est juste que je ne comprends pas ce que tu attends de moi, en fait… et j’ai tout le temps peur de te décevoir, d’une certaine manière. C’est assez… frustrant.
Lee rit, gêné et complètement perdu, passant une main dans ses cheveux courts.
Sa poitrine s’était légèrement resserrée.
— Attend… je ne comprends pas tout là… Mais, ce que je comprends pas, surtout, c’est comment tu pourrais me décevoir…
Il détailla son interlocuteur, cherchant des indices quant au but de la discussion qui était en train de lui échapper complètement.
William hésita, n’étant lui-même pas certain de ce qu’il sous-entendait par là.
Il marqua une pause pour trouver une autre tournure à donner à la conversation, et reprit :
— Il y a autre chose aussi ! Je me demandais si tu avais vraiment réussi à te trouver toi-même ces derniers temps, malgré la pression, les fortes personnalités des autres membres…
Lee réfléchit, fixant le sol un instant.
— C’est difficile. On passe tellement de temps à s’adapter les uns aux autres, à se soutenir… donc oui, c’est parfois compliqué de savoir qui on est vraiment…
Après un silence, il jeta un coup d’œil furtif à William avant de reprendre :
— Tu sais, je n’arrive pas trop à comprendre pourquoi tu as l’air de t’en faire pour moi, là. Je ne pensais pas que tu faisais autant attention à ça… à moi… Il fit une légère pause, puis continua : — Je… ça me fait plaisir, d’une certaine manière… enfin, je pense.
William sourit, légèrement rasséréné par les efforts que Lee faisait pour essayer de saisir ce qu’il était en train d’expliquer. — En fait, bizarrement, quand tu t’es énervé, ça m’a un peu rassuré… et comme je me pose aussi beaucoup de questions sur comment les autres me voient, comment toi, tu me vois… j’aimerais juste comprendre un peu mieux comment tu fonctionnes…
Il secoua la tête et continua sur sa lancée.
— J’ai juste besoin de te connaître pour savoir si… je peux… être à la hauteur.
Lee se redressa un peu, essayant encore de mettre de l’ordre dans ses pensées. — Être à la hauteur ? De quoi ? Je… tu sais je pense que le but de tout ça c’est juste d’avancer pas à pas...
Il regarda William d’un air interrogateur, espérant que sa réponse correspondait à ses attentes.
Son interlocuteur baissa les yeux et haussa les épaules.
— Oui, peut-être…
Lee reprit avec encouragement, tout en cherchant à se positionner comme un guide:
— On grandit tous, on apprend à se connaître, on explore certaines parts de nous qui nous étonnent parfois… on découvre aussi ce qui nous rend heureux je pense… Il chercha le regard de William, de ses yeux noirs pétillants. — Et toi, qu’est-ce qui te rend heureux, William ?
— Je ne sais pas… danser, j’imagine… c’est ce que je connais le mieux, c’est facile… Et…
Il fit une pause et se concentra un moment.
Le jeune homme se rendit compte qu’il ne savait pas vraiment ce qui le rendait heureux, son esprit étant sans cesse encombré par des pensées contradictoires.
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Enfin, si, peut-être…
Une image s’était imposée dans sa tête.
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À court d’idée avouable dans cette situation, William se racla la gorge et reprit :
— Quand je suis seul c’est plus facile… Je doute tout le temps quand je suis avec d’autres personnes, et même si j’ai l’impression de mieux te connaître, je me demandais si, à toi aussi, ça t’arrivait … de douter…
Lee fronça légèrement les sourcils, faisant à nouveau de son mieux pour comprendre où son ami essayait d’en venir.
— Mais… de quoi doutes-tu ? Tu as l’air assez sûr de toi dans tes choix artistiques… je sais que tu as du mal à exprimer ce que tu veux parfois mais ça va venir… moi j’ai encore du mal avec le japonais, par exemple, mais on va apprendre…
William le coupa :
— Oui, dans mes choix artistiques peut-être mais pas avec les autres. J’ai tout le temps l’impression d’être à côté de la plaque... Il releva lentement les yeux vers Lee pour terminer sa pensée. … Ou de ne pas être moi-même…
Lee resta silencieux, sans comprendre ce que la conversation et le regard ambré de son ami était en train de lui dire.
Essayant de se glisser dans un rôle de grand frère imaginaire, il reprit :
— C’est normal de se sentir comme ça. Je connais bien ce sentiment, je doute aussi beaucoup. Dernièrement surtout… mais tu as énormément de qualités et tu peux vraiment être toi-même avec moi… enfin, avec nous. Il fit une pause, puis ajouta, baissant la voix légèrement : — Tu penses que tu pourrais être un peu plus toi-même … avec nous ? Ou ça te paraît… compliqué ?
William secoua sa tête, légèrement baissée. Des mèches épaisses dissimulaient son si joli regard.
— Je… ne sais pas… je crois aussi que j’ai peur de me lier aux autres… Je ne sais pas si c’est parce que je n’ai pas de frères et sœurs ou… pour autre chose, mais j’ai peur de vous embêter, de paraître bizarre ou … juste … de ne pas être capable de supporter d’avoir toujours du monde autour de moi.
À la fois déstabilisé, mais satisfait d’entendre des sentiments complexes s’exprimer, Lee plaça amicalement sa main sur l’épaule de William.
Ce dernier frissonna légèrement au contact et Lee retira sa main, confus.
— Écoute, je n’ai pas de petit frère donc je ne sais pas ce que je vaux comme soutien, mais si tu l’acceptes, tu peux te reposer sur moi et tu peux me parler de tout, tu sais… vraiment !
William fixa ses yeux clairs dans ceux de son camarade, et Lee remarqua une étincelle qui leur donnait un éclat légèrement mystérieux.
Après une hésitation, Lee lui tapota alors la tête comme il l’aurait fait à un enfant puis lui ébouriffa ses doux cheveux pour tenter de chasser les pensées négatives de son ami.
— Je… vais essayer, Lee, finit par lâcher William.
Il sembla se détendre un peu et sourit timidement à son camarade.
— Merci… Mais tu peux me promettre autre chose ? demanda le danseur.
— Oui, quoi ? Lee resta attentif à ce que William s’apprêtait à lui demander.
— Tu peux, toi aussi, te reposer sur moi, s’il te plaît ? Son regard sembla implorer son camarade pendant quelques secondes, traduisant un besoin urgent de créer un lien fort avec lui.
Pendant un court instant, Lee se sentit à nouveau captivé par les yeux ambrés et brillants de son ami, puis il lui sourit, répondant par un « oui » de la tête.
Ils restèrent un instant comme cela, laissant les émotions de cette conversation, un peu étrange mais apparemment constructive, s’apaiser.
Au bout de quelques instants, la tension qui avait pris place dans le ventre de William durant la discussion, laissa place à une douce chaleur. Son ventre se mit alors à gronder, les ramenant à des considérations plus primaires.
Lee éclata de son rire candide et commenta :
— Je te promets de me reposer sur toi, mais là, je vais te faire à manger ! Il se leva et invita son ami à le suivre, se dirigeant vers la cuisine.
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L’anniversaire de Min-ho tombait l’avant-veille de la présentation.
La journée avait commencé dans une ambiance détendue et les trois coéquipiers de Min-ho avaient décidé d’être aux petits soins pour leur leader.
Lee, notamment, passait son temps à lui proposer massages et en-cas, l’appelant « mon maître » dès qu’il s’adressait à lui.
Ryosuke, de son côté, avait fait rentrer deux bouteilles de bières en douce dans la chambre, afin qu’ils puissent faire une petite fête, quand tout le monde serait couché.
Enfin, William avait décidé d’offrir un porte-clef peluche que Min-ho avait repéré lors d’un de leur passage à l’épicerie.
C’est dans cette idée, qu’il sortit rapidement entre deux sessions d’entraînement, prétextant vouloir acheter de quoi grignoter pour la soirée d’anniversaire, ce qui n’était pas un complet mensonge.
Lee, voyant ce dernier se faufiler, courut à sa suite, afin de l’aider à porter les courses, et, potentiellement, de lui tenir compagnie.
William était déjà dans l’ascenseur quand il fut témoin de la chute spectaculaire de son ami.
Autant affolé qu’amusé de la scène, il se précipita à son secours et entreprit de l’aider à se relever, cachant difficilement son sourire, un brin moqueur.
Il lui prit le bras afin de le passer sur son épaule pour qu’il y prenne appui, glissa une main dans son dos pour le soutenir, et l’emmena à l’infirmerie située au même étage, afin de s’assurer qu’il n’y avait rien de grave.
L’infirmier étant apparemment absent, William, qui avait l’habitude des blessures, dit à Lee de s’asseoir sur le lit et il se mit à inspecter méticuleusement le corps de son ami afin de vérifier qu’il ne s’était rien foulé.
Lee l’observait, curieux des compétences médicales de son ami, mais aussi, particulièrement ravi qu’il se préoccupe de son bien-être.
Après s’être assuré que ce dernier n’avait rien de grave, William décida de désinfecter l’éraflure visible sur le genou gauche de son camarade.
Au contact du produit désinfectant, Lee fit une grimace, indiquant clairement qu’il était plus douillet qu’il n’en avait l’air.
Will sourit pour lui-même à la découverte du point faible de son ami, et quand il fallut passer la pommade cicatrisante, il donna le tube à ce dernier et lui conseilla :
— Tu devrais mettre la pommade toi-même, ça sera moins… douloureux.
Lee prit un air ahuri devant la proposition.
Il était beaucoup trop content que son protégé prenne soin de lui, et il était hors de question qu’il laisse s’échapper une telle opportunité.
— Non ! Non non ! Tu t’en sors très bien! Je ne suis même pas sûr de faire comme il faut ! Et puis, c’est un peu de ta faute si je suis tombé…
— Hein ? Comment ça de ma faute ?
— Bin, si tu m’avais attendu pour aller faire les courses on n’en serait pas là !
William éclata de rire et regarda Lee d’un air amusé :
—T’es vraiment gonflé !
Ravi de voir le sourire de son ami, Lee prit un faux air sérieux et lui ordonna de la main de faire le nécessaire pour son genou.
William ne put s’empêcher de regarder souffrir le jeune homme avec un sourire taquin.
La fin de journée commençait à se faire sentir, et Min-ho, fatigué, s’assit dans un coin de la salle de danse, pendant que les autres membres discutaient de certains détails.
Le danseur en profita pour regarder les nombreux messages d’anniversaire qu’il avait reçu.
Dans la foule de message, son attention fut attirée par celui de sa mère, lui demandant simplement de le rappeler.
Après avoir prévenu les autres qu’il sortait de la salle, il porta son téléphone à l’oreille, anxieux.
Cela faisait maintenant deux ans qu’il n’avait pas entendu le son de sa voix : suite à une énième dispute avec son père, il avait décidé de couper les ponts avec ses parents.
Ses frères et sa sœur, en revanche faisaient encore partie de sa vie.
Ils avaient toujours été proches, s’étant occupé d’eux pendant que son père s’épuisait dans son travail et que sa mère vaquait à ses occupations multiples.
Quand les trois autres garçons sortirent de la salle, ils découvrir leur leader assis contre le mur avec un air éteint.
Ryosuke s’approcha de lui :
— C’était qui, au téléphone ?
— Ma mère…
Son visage déconfit en disait long sur le type de conversation qu’il venait de vivre.
Ryosuke, qui connaissait bien les relations familiales complexes de son ami, soupira et lui tendit la main pour l’aider à se relever.
— Vient, on va te faire oublier tout ça.
Min-ho sourit brièvement et il saisit la main de son ami.
Une fois passés la douche et le dîner, l’équipe B s’était retrouvée dans la chambre pour déguster une part de gâteau en guise dessert.
Après que Min-ho eut soufflé sa bougie, Lee entreprit de lui offrir un massage des pieds.
Une fois la tâche terminée, « le maître » remercia son disciple en lui tapotant la tête.
Puis son attention fut attirée par William, qui lui faisait un signe de la main pour qu’il le rejoigne. Le jeune homme lui tendit un petit présent joliment emballé.
Quand Min-ho l’ouvrit, un sourire attendri éclaira son visage.
Il sortit la petite peluche porte-clef de son emballage avec délicatesse, et prit son cadet dans ses bras.
William lui rendit son étreinte avec bonheur.
La nuit était tombée, et ils avaient attendu que tout le monde soit couché pour ouvrir la première bouteille.
Une ambiance de franche camaraderie s’était installée dans la chambre et, ceux qui en avaient, commencèrent à s’échanger des photos de leur famille ou d’eux, enfants.
Comme on pouvait s’y attendre, Lee avait une belle collection de photos de ses parents et de ses frères aînés.
Le jeune homme expliqua le contexte de chacune des photos : certaines étaient prises sur les plages de Jinshan, au nord de Taipei, d’où était originaire son père et où lui-même avait passé ses premières années, d’autres à leur passage à Yokohama quand il avait dix ans, et les plus récentes à Vancouver, où la famille avait déposé ses derniers bagages.
Il était facile d’imaginer le bonheur de vivre dans cette famille chaleureuse.
On y voyait sa mère, une magnifique jeune femme d’origine japono-canadienne au sourire lumineux, mais l’attention des stagiaires fut attirée par le père de Lee, qui paraissait si jeune, malgré des jumeaux de quatre ou cinq ans accrochés à lui et un nouveau né dans les bras.
— Tu ressembles beaucoup à ton père sur cette photo… Il avait quel âge ? demanda Min-ho,
— Trente deux ans !
— Quoi ? s’écrièrent les garçons de concert. C’est une blague ? On dirait qu’il a vingt-cinq ans au plus !
— Ouais je sais c’est une blague entre mes parents, ma mère l’appelle le gamin parce qu’il a le comportement de son physique : il ne tient pas en place et passe son temps à faire des blagues idiotes.
— Les chiens ne font pas des chats ! souligna Min-ho d’un air moqueur.
— Hey !
Le leader, sentant le danger, se leva d’un bon et partit en courant tandis que Lee se lançait à sa poursuite.
— Les enfants !!! leur cria Ryosuke d’une voix forte teintée d’amusement.
Les deux gosses comprirent instantanément l’injonction et revinrent s’asseoir près du « Grand frère ».
Le rappeur sortit ensuite la photo aux coins abîmés qui ne quittait jamais son porte-feuille. On y voyait le fameux Natsume-san et la mère du jeune homme, entourant un garçon de six ans.
L’enfant attira l’attention de William, et il sentit son estomac se serrer un peu en identifiant le regard d’un petit garçon qui avait perdu une part de son innocence.
Il chercha les yeux bruns du propriétaire de la photo, et quand Ryosuke tourna son regard vers lui, le danseur le vit chavirer légèrement.
Le cadet se tût, mais il montra silencieusement à son camarade qu’il comprenait.
Lorsque ce fut son tour, Min-ho leur montra une photo familiale sur laquelle toute sa fratrie était présente, puis une photo de lui et son frère cadet, lorsqu’ils étaient enfants.
Ils s’esclaffèrent, remarquant la ressemblance frappante entre Min-ho et … un crapaud !
— Ouais vous êtes jaloux parce que je suis clairement le plus beau d’entre vous maintenant !… se défendit l’objet des moqueries.
— En tous cas, t’as pris ton temps Min-ho ! répondit Ryosuke, lequel était devenu extrêmement enjoué et taquin sous l’effet de l’alcool.
— Tu peux parler Monsieur « je suis l’aîné des stagiaires ». Avoue que c’est sacrément tard, vingt-quatre ans, pour tenter de rentrer en formation, répondit Min-ho, un brin méprisant.
— Moi c’est différent, mon cher, je suis né génial voyez-vous, et j’attendais simplement que le monde soit en mesure d’apprécier mon talent à sa juste valeur !
Les garçons éclatèrent de rire.
La fin de leur soirée approchait, et Ryosuke se mit à faire des câlins et des déclarations d’amour à tous les membres du groupe.
Min-ho, ayant l’habitude de gérer ses besoins extrêmes de chaleur humaine sous alcool, décida de monter sur le lit de ce dernier et de le faire prisonnier dans ses bras le temps qu’il se calme.
N’étant plus très enclins à boire, les deux cadets s’étaient mis à l’opposé de l’agitation, Lee allongé sur le lit de William, tandis que son camarade s’était assis par terre, adossé contre le sommier.
Ils tournaient ainsi le dos aux deux fanfarons, se créant un cocon confortable.
Lee avait légèrement la tête qui tournait, et il se mit à glousser tout seul.
William lui demanda ce qui le faisait rire.
— Rien… je me demandais juste si on devrait s’échanger … quelques secrets…
William lui jeta un regard curieux.
— Pourquoi ? Tu as des secrets intéressants à me faire partager ?
Lee se remit à glousser et approcha sa tête de celle de son ami, un sourire espiègle aux lèvres.
— Ptet bien que oui, ptet bien que non…
William pouffa à son tour, voyant le visage de lutin de malicieux de son camarade.
Lee attendit que son ami en demande plus, mais ne voyant rien arriver, il finit par dire, d’une voix se voulant blasée :
— C’est juste, que, tu sais…
Il fit une légère pause, se retenant de glousser encore une fois.
Sans crier gare, il dirigea ensuite son visage un peu plus près de son camarade, posa sa main près de l’oreille du jeune homme et dit en murmurant :
… j’aime pas les légumes …
William pouffa de nouveau en secouant la tête. Il s’approcha à son tour de Lee, et, posant à son tour la main vers l’oreille de ce dernier, murmura :
— Moi non plus… je n’aime pas les légumes…
Lee sourit d’abord d’un air mutin, ravi de leur complicité, le visage toujours près de celui de son ami.
Puis son regard croisa celui de William et, l’espace d’un instant, une lueur toute autre traversa ses yeux noirs.
William soutint son regard avec une douce insolence, que l’alcool lui avait permis de prendre.
Après un silence, Lee approcha lentement sa main du visage de son ami, puis, très délicatement, passa son index sur le front blanc de celui-ci, de manière à dégager les mèches qui lui tombaient dans les yeux.
Au contact, William sentit une chaleur électrisante l’envahir.
Ils restèrent un moment à se contempler dans la pénombre de la chambre.
Le temps était suspendu. Les bruits étouffés.
Puis, subitement, Lee éprouva le besoin de briser l’instant, et se rallongea sur le lit.
Lorsque son camarade ferma les yeux, William cru l’entendre murmurer un mot :
« Pretty ».
Le cœur battant, il s’arrêta de respirer un instant, espérant audacieusement surprendre un dernier secret.
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