Chapitre 5
Je me réveillai au bruit d’une horloge qui se trouvait dans la chambre. Il faisait jour, ce qui confirmait mon hypothèse : c’était bien un rêve.
Je ne m’attardai pas sur ce qu’il s’était passé la veille, car mon objectif du jour était de trouver la salle de réception. J’abandonnai l’idée de trouver la bibliothèque, car après avoir fouillé tout l’étage supérieur, il n’y avait absolument rien.
Je terminai de me préparer en espérant trouver une baignoire pour me laver ce soir-là. J’avais réussi à trouver du savon et des serviettes permettant de se laver n’importe où avec un peu d’eau.
Au moment de sortir, j’entendis des bruits venant de l’extérieur, comme si des personnes parlaient tout en se dépêchant. Ma logique me poussait à croire qu’il s’agissait de squatteurs ou, plus rationnellement, de fans d’urbex qui avaient enfin pu entrer grâce à moi et à ma hache. Cependant, en ouvrant la porte…
Une horde de femmes habillées en servantes du XVIIIᵉ siècle, des domestiques courant comme si leur vie en dépendait, tous affichant un sourire. À cet instant, je crus rêver une fois de plus, mais en me faisant bousculer par l’une d’entre elles, je compris que tout cela était bien réel.
La femme s’excusa au moins dix fois avant de repartir. En me frottant les yeux, n’y croyant toujours pas, un groupe composé de deux hommes et d’une femme m’aida à me relever. Ils me demandèrent si j’allais bien, tout en étant impressionnés par mes habits et par l’endroit d’où je sortais.
La galerie aux nombreux tableaux était toujours là, mais cette fois-ci bien entretenue, baignée de lumière et animée par la foule qui défilait sous mes yeux.
Je voulus retourner dans la chambre dont je venais à peine de sortir, mais lorsque j’y entrai, un blanc se forma derrière moi. Je me retournai : toutes les personnes qui, à peine une seconde auparavant, couraient dans un vacarme terrible, me fixaient désormais.
— Que faites-vous ? Êtes-vous un invité ou un étranger ?79Please respect copyright.PENANAbiEZcQcvke
dit la femme qui m’avait aidé à me relever.
Un des deux hommes prit alors la parole dans une langue presque incompréhensible :79Please respect copyright.PENANAMc3bLByOdR
— Que nous chaut qu'il soit étranger ou qu'il vienne de contrées lointaines ! Point n'est là la question. Le bougre est sorti de la chambre de Sa Seigneurie et a osé y retourner comme si de rien n'était, comme s'il se fût agi d'une vulgaire chambrette. Si Monsieur Benjamin venait à l'apprendre, ou pire encore, si notre Maître en avait vent, nous serions tous envoyés à la noyade ou rompus sur la roue !
Pendant qu’ils se disputaient, j’essayais de comprendre ce qu’il se passait, mais en vain.
— Je suis un invité ! Je viens de… de Kellogg’s !79Please respect copyright.PENANAZXCWgnf477
— Kellogg’s ?79Please respect copyright.PENANAhq8170dFWS
— Oui, c’est bien cela !79Please respect copyright.PENANAqY7bqxWdx9
— Étrange, ce nom ne me dit rien.79Please respect copyright.PENANAi1VefrKnRx
— Car c’est une toute petite contrée !79Please respect copyright.PENANA0jv6murbfJ
— Vous avez un langage fort étrange, et votre accoutrement n'est guère moins singulier ! Jamais vous ne sauriez être admis pour ce soir.79Please respect copyright.PENANA8fqYyg3wLA
— Il y a quoi ce soir ? Un genre de buffet ? Parce que, pour être honnête, je n’ai pas mangé et j’ai vraiment faim.79Please respect copyright.PENANA8X6G3RdAMg
— Quel langage infâme s'échappe de votre bouche ! C'est à peine si l'on peut vous entendre. Si vous parlez ainsi, votre contrée doit être bien étrange. Je prie le Ciel de n'y point mettre les pieds.
Je laissai échapper un rire étouffé. Il parlait de cette contrée comme si c’était une horreur, alors que ce n’était qu’une marque de céréales.
— Pourquoi riez-vous donc ? Je ne vois point ce qu'il y a là de plaisant. Vous devriez être courroucé, et pourtant vous riez. Vous êtes quasi pitoyable.79Please respect copyright.PENANA7Prl1qBDq8
— Pour rien ! C’est juste que d’où je viens, cela n’a rien de méchant. Au contraire, ça signifie simplement donner son avis.
L’homme me regarda bizarrement, jusqu’à ce que l’autre, jusque-là muet, intervienne :79Please respect copyright.PENANAjVyz7dYBSL
— Venez avec moi, car dans un tel accoutrement, vous ne sauriez passer inaperçu.79Please respect copyright.PENANAb5ARvBcK7W
— D’accord, rétorquai-je.
De toute façon, je n’avais rien d’autre à faire. J’étais bloqué dans un monde bizarre.
20 minutes après
Je me retrouvai habillé comme un homme du XVIIIᵉ siècle. Les vêtements me grattaient, mais je ne pouvais rien dire. Ce malheur, qui en quelques secondes s’était transformé en opportunité, me permettait d’interroger les habitants et de prendre des photos magnifiques que personne d’autre ne pourrait jamais avoir. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’on se retrouve transporté au XVIIIᵉ siècle !
SOIR
La journée passa très vite, et nous étions déjà le soir. Je pus interroger les trois personnes qui m’avaient aidé à me relever le matin même.
La jeune femme s’appelait Aglaé. C’était une servante présente ici depuis sa naissance. Elle travaillait le plus souvent en cuisine, mais vu la soirée de ce soir — qui était en réalité un bal organisé par le maître de cette maison — elle avait été affectée ailleurs. J’avais eu une grande chance de dire que je venais d’une contrée lointaine, car ce bal était destiné à de jeunes nobles venant d’ailleurs.
L’homme qui m’avait crié dessus s’appelait Anastase. C’était un valet au service d’une autre famille noble, mais il avait été envoyé ici pour plus d’un an et avait préféré rester, à la demande de son ancien maître, afin de servir le chef de cette maison. J’avais remarqué qu’il était très doué dans son travail, même s’il s’énervait pour un rien. Il était surtout très à l’aise avec la gent féminine… même si, après avoir mangé et être parti faire de nouvelles recherches, je le vis dans un coin se faire entraîner par quelqu’un. En m’approchant discrètement, je le surpris en train d’embrasser un homme bien plus grand que lui, qui semblait être un noble de haut rang. Ce qui me faisait le plus rire, c’était que même sur la pointe des pieds, Anastase restait plus petit que lui.
Enfin, l’homme qui m’avait trouvé des vêtements s’appelait Anthèlme. Il était d’une gentillesse incroyable, au point qu’on aurait pu le prendre pour un ange. Lui aussi était un valet et très apprécié des femmes. Aglaé le regardait avec tant de passion que j’étais sûr à 100 % qu’elle était amoureuse de lui. Je ne savais pas si c’était réciproque, car Anthèlme traitait les hommes et les femmes exactement de la même manière.
D’ailleurs, Anthèlme et Anastase me donnèrent quelques cours rapides sur la façon de bien parler. Même si j’avais déjà tout oublié, cela me faisait rire de les voir se démener pour moi. Je ne savais pas combien de temps j’allais rester ici, ni même si j’allais repartir un jour, mais je m’étais fait de superbes amis en seulement une journée.
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