Chapitre 3
Le sol grinçait tellement fort que j’aurais pu réveiller des morts. En arrivant au bout de ces escaliers, qui étaient bien plus longs que dans n’importe quel château que j’avais visité auparavant, j’allumai ma lampe pour pouvoir continuer sans me blesser ou casser quoi que ce soit. En regardant droit devant moi, je compris pourquoi il n’y avait aucun tableau d’homme en bas…
Sur les deux côtés des murs, des rangées de tableaux étaient parfaitement alignées, côte à côte. Et sur ces tableaux, des portraits où ne figurait qu’un seul homme, chacun d’une époque différente. Ils étaient tous classés par date de création, avec leur date de naissance, leur date de mort, et leur nom inscrit. Plus j’avançais, plus les dates devenaient anciennes.
Chaque tableau montrait un homme impressionnant, donnant l’image d’un grand chef de famille, d’un dirigeant autoritaire capable de faire obéir quiconque se dresserait devant lui. Face à cela, je me sentais petit, comparé à cette envergure d’hommes tous plus dominants les uns que les autres.
En arrivant à la fin, je vis deux tableaux.84Please respect copyright.PENANAMooW2fMhb6
Le premier était effroyablement vieux. Il montrait un homme terriblement imposant, tout en laissant transparaître le dur labeur qu’il avait accompli. La date de création et celle de sa mort étaient les plus anciennes : sa naissance datait de 1222, et la création du tableau de 1244.
Et le deuxième… Je n’arrivais pas à trouver les mots. J’étais subjugué. Un homme d’une beauté incommensurable, qui ferait tomber toutes les femmes à ses pieds, peu importe leur âge. Le tableau me donna des frissons, comme s’il dégageait une aura. L’homme paraissait redoutable, comme si personne ne pouvait le vaincre.
Tous les tableaux représentaient des maîtres de maison puissants, des hommes importants, mais… celui qui se dressait devant moi me faisait perdre toute force. Il était clairement le plus imposant et le plus fort de tous ceux que j’avais pu voir, en tableau, dans la vraie vie, ou même sur internet.
La date de naissance inscrite était 1718. C’était donc lui, le dernier maître de cette immense demeure après plus de cinq siècles. C’était aussi lui qui avait fait périr toute sa famille, ses employés, ses vastes terres et ses villageois.
La seule question que je me posai à ce moment-là fut :84Please respect copyright.PENANAgPDN9V4Mom
Comment un homme doté d’un tel pouvoir a-t-il pu sombrer dans une telle folie ?84Please respect copyright.PENANAvYnUKjvxHM
De plus, la date de création du tableau n’était que de moins de deux ans avant que l’horreur dans la contrée de (nom de la ville) ne commence.
La folie l’aurait-elle emporté sur un homme comme lui ? Ou était-ce le Diable qui l’aurait manipulé ?
Je ris tellement fort que j’en perdis mon souffle et que les larmes coulèrent sur mes joues. Je n’ai jamais cru en ce genre de fantaisies issues de l’imaginaire humain. Si des forces divines existaient réellement, à quoi leur servirait-il de rester à regarder les gens souffrir et se haïr de toutes leurs forces ?84Please respect copyright.PENANAH3Ly7GS5P8
La seule chose logique était que cet homme souffrait sûrement de schizophrénie, qu’il était fou de naissance et que cela s’était empiré en grandissant, jusqu’à ne plus pouvoir le cacher.
Par mégarde, je sortis à voix basse la phrase :84Please respect copyright.PENANAQBlCB3F8At
— Quel crétin, ce type.
Je n’eus pas le temps de réaliser ce que je venais de dire qu’un cri strident sortit de derrière moi. Bien sûr, il n’y avait rien, et comme d’habitude, je pensai que je devenais parano.
En entrant dans l’une des salles, je m’aperçus que c’était une chambre d’enfants. Je me souvenais que le dernier maître de ces lieux avait eu plus d’une dizaine d’enfants. Il avait eu son premier à quatorze ans. Ce pauvre enfant avait été marié de force, comme tous ses ancêtres avant lui…84Please respect copyright.PENANAhTcFeWLspK
Je suppose que la jeune fille qui avait eu l’enfant est morte après l’accouchement, car c’était très courant à cette époque, surtout quand la mère était elle-même une enfant. En grandissant, il a dû avoir plusieurs concubines et femmes, ce qui expliquerait le nombre d’enfants qu’il a eus.
En fouillant dans les étages, je découvris la chambre principale, là où tous les maîtres et leurs épouses avaient dormi. Les murs étaient tapissés de toiles, et le lit était un somptueux baldaquin, avec des rideaux qui se mariaient parfaitement à la tapisserie. La richesse se sentait à des kilomètres ; c’est sûr que je n’aurais jamais eu l’argent pour m’acheter ça.
En regardant de plus près, je remarquai comme une ombre sur le lit. J’avançai vers celui-ci, et l’ombre disparut d’un coup. Je pensai encore que mon imagination prenait le dessus sur la réalité. Peu importe, je savais déjà où j’allais passer la nuit.
Il ne me restait plus qu’à trouver cette bibliothèque pour en savoir plus, puis je pourrais aller me reposer…84Please respect copyright.PENANAkZBGp7lp4o


