Les résidences de la Croix-Rousse étaient toutes très charmantes, avec un style moderne et leurs petits jardins bucoliques privés. Victor était tombé sur l'une de ses habitations il y a quatre ans, en dînant chez des collaborateurs de longue date. Sa maison datait des années trente, une magnifique habitation avec étage et sous-sol, d'un blanc immaculé et avec une belle vue dégagée sur la ville. Il était parvenu à se la dégoter pour la modique somme de trois cent cinquante mille euros. Plus qu'une maison, il s'agissait d'une véritable base, le seul endroit où il pouvait se sentir en sécurité, loin de tous les ennuis que rapportait son boulot. Il était vraiment triste de devoir quitter cet endroit.100Please respect copyright.PENANAd147IEIHca
Le vieil homme le savait, sa popularité auprès de ses agents de terrain avait drastiquement baissé depuis qu'il avait vendu Henry au gouvernement anglais. Sa réputation vacillante était véritablement partie en fumée à la mort de son escouade dans l'opération Cage Rouge. Il était conscient qu'aucun de ses agents ne lui ferait plus jamais confiance, et que les nombreux ennemis qu'il s'était faits lors de ses années de services allaient sauter sur l'occasion pour lui régler son compte. Dès lors qu'il avait quitté Elena, il était retourné au bureau pour récupérer toutes ses affaires, minutieusement rangées par son assistant pendant la journée. Il était ressorti avec ses deux énormes valises contenant tous ses dossiers, ordinateurs et autres éléments importants qu'il ne devait pas laisser à quiconque viendrait fouiller dans ses affaires. Il était ensuite entré dans sa résidence pour récupérer le reste de ses affaires, et fuir pour de bon dans l'une de ses maisons secondaires dont lui seul connaissait l'existence.100Please respect copyright.PENANA3Enwk9XXIz
L'homme rangea sa voiture à une centaine de mètres de la résidence, il observa attentivement les alentours, la rue menant à sa maison, les toits des bâtiments, ne laissant rien au hasard. Il quitta son véhicule et s'engagea dans une petite ruelle adjacente. Il avait étudié les environs en emménageant et avait conçu plusieurs parcours à emprunter en cas d'urgence. Il avançait vite et bien, ne perdant pas de temps et ne faisant aucun bruit. Il connaissait le trajet par cœur et naviguait dans l'obscurité avec aisance. Finalement, il atteignit l'arrière de son jardin, retira une planche placée de manière naturelle à même son grillage pour dévoiler un trou dans la clôture. Une fois entré, il patienta de nouveau, observant la maison avec minutie. Les fenêtres étaient fermées, la porte n'avait pas été forcée, rien ne semblait indiquer qu'une embuscade ait été tendue dans les environs.100Please respect copyright.PENANAsPuPZXWjGc
L'ancien militaire avança prudemment, arme en main, il avait un dernier élément à vérifier. Il observa son paillasson, il avait placé un film plastique en dessous pour dévoiler les traces de pas de n'importe quel individu plaçant les pieds sur ce dernier. Aucune trace, Victor entra chez lui.100Please respect copyright.PENANAfAFElF8mvQ
Il traversa sa cuisine en se massant l'épaule, tout ce stress mettait son corps à rude épreuve. Victor se rendit compte qu'il avait soif, et partit ouvrir le frigo pour piocher l'une de ses bouteilles de lait mise au frais le matin même. C'est là qu'il comprit. Un frisson parcourut son dos, il connaissait le contenu de son frigo par cœur, il s'était rendu compte presque immédiatement que ses canettes de bière avaient changé de place. Quelqu'un était venu chez lui. Il plongea sur le côté pour trouver refuge derrière sa table à manger, mais l'adversaire fut plus rapide, une balle perfora son dos, troua son poumon droit et ressortit dans une gerbe de sang pour atterrir dans son frigo, entre deux canettes de bière. Victor tomba à genoux, incapable de respirer, toutes ses forces s'étaient vidées d'une traite, il parvint à se retourner pour s'asseoir face à son bourreau. Elena le regardait d'un air suffisant.
- Pardonnez-moi, je n'ai rien contre vous. Mais cette opération ne requiert plus vos services.
Derrière elle, deux individus massifs sortirent de l'ombre pour commencer à nettoyer la scène de crime, ramassant la goupille et la balle en ignorant royalement le Français à leurs pieds. Un filet de bave sanguinolente coulait de ses lèvres, il voulait des explications, il voulait au moins savoir les raisons de cette trahison avant de mourir, mais il était incapable de parler. Elena sembla lire dans ses pensées et reprit la parole.
- Votre équipe est morte, votre objectif était de fuir pour éviter de potentielles représailles maintenant que vous êtes sans défense. Mes supérieurs ont jugé que vous pourriez raconter à qui de droit les détails de l'opération Cage Rouge si vous n’étiez pas éliminé rapidement. Il a donc été admis que vous deviez être éliminé ce soir.
La vision de Victor devenait floue, une mare de sang s'était formée autour de lui. C'était incroyable de voir à quel point son corps contenait du sang en son sein, la couleur était magnifique, et contrastait clairement avec le parquet blanc de sa maison. Il pleurait, il pensait qu'il pouvait encore expérimenter de nombreuses choses dans sa vie, que ce nouveau départ lui permettrait de tout reprendre de zéro. Mais non, tout était terminé, Elena ne le regardait plus, elle nettoyait son arme et ordonnait quelque chose à ses hommes.100Please respect copyright.PENANA92vmrU99GI
Victor n'entendait plus rien, ne voyait plus rien, la vie le quittait rapidement. Ses dernières pensées allèrent à Henry, lui aussi devait sentir sa vie le quitter petit à petit au fur et à mesure qu'il combattait. C'était de sa faute s'il était dans cette situation, il en était désolé. Le vieil homme demanda pardon à son ancien subordonné, puis mourut sur le sol de sa cuisine.
***
Alexandre était assis sur le capot de son véhicule, il était vingt-deux heures, son équipe avait traversé la frontière en début de soirée. Il aurait préféré le faire plus tôt dans la journée, mais la présence militaire biélorusse s'était rapidement organisée près de la chaîne de montage sur laquelle il se trouvait. Pour un homme seul, il était tout à fait possible de passer au travers des mailles du filet, mais pour une équipe entière en véhicule léger, c'était une autre paire de manches. Ce retard de plusieurs heures avait rendu impossible toute tentative d'attraper Henry avant la nuit. Ils s'étaient enfoncés dans les terres et avaient établi un camp quelques kilomètres plus loin. Ses coéquipiers dormaient à poings fermés, il s'était proposé pour monter la garde les trois premières heures, et passait le plus clair de son temps à observer les arbres sans y prêter grande attention. Il attendait quelque chose de beaucoup plus intéressant. Et ça ne tarda pas à arriver. Son téléphone vibra, il attrapa ce dernier rapidement et décrocha sans même regarder le numéro.
- Elena ! Vous avez ce que j'ai demandé ?
- Bonsoir à vous aussi, j'ai effectivement les images satellites que vous vouliez, vous ne devriez pas tarder à les recevoir.
Ayant retrouvé toute sa vivacité, le militaire avait sauté du capot pour faire les cent pas. Il débordait d'énergie, jamais il ne s'était senti aussi vivant. Henry avait de nouveau surmonté ses attentes, Alexandre le considérait davantage comme un véritable adversaire que comme une cible. Et les images que sa supérieure allait lui envoyer permettraient au traqueur d'établir un ultime plan d'attaque pour vaincre le plus grand combattant qu'il n'ait jamais croisé. Il reçut enfin les fameuses photographies satellites, il resta silencieux pendant une trentaine de secondes, analysant ces dernières avec la plus grande concentration. Elena brisa finalement le silence.
- Alors ?
- Mh... La cible ne devrait pas avoir l'énergie nécessaire pour parcourir une grande distance. Je dirais qu'il est parvenu à longer la rivière sur deux ou trois kilomètres avant d'établir son campement pour la nuit.
- Il semblerait que le village le plus proche soit Lenino, à quatre kilomètres de sa position présumée.
La photographie était incroyablement nette, on pouvait y voir les véhicules avec précision malgré la distance phénoménale qui séparait la Terre de l'objectif. Alexandre observa le village, quelque chose semblait curieux, une concentration anormale de véhicules sur ce qui semblait être la place centrale. Avec un carré gris clair, dix fois plus gros qu'une voiture.
- C’est quoi cet élément au centre du village ?
- Une scène, il semblerait que Lenino soit en fête.
Alexandre sentit l'entièreté de son corps bouillir d'excitation, c'était l'appât parfait.
- Il va forcément s'y diriger.
- Ah oui ?
- Bien sûr ! Henry est seul, totalement isolé du monde depuis presque quarante-huit heures. Cette fête est une opportunité parfaite de reprendre des forces en consommant la nourriture sur place, de trouver un bon samaritain capable de le conduire à une plus grande ville, ou de voler une voiture si personne ne veut l'y amener.
Au téléphone, la voix de sa supérieure semblait presque joyeuse, elle avait une confiance aveugle envers le commandant et ne cherchait même pas à contester ses hypothèses. Il avait prouvé une bonne centaine de fois qu'il savait de quoi il parlait.
- Bien, je vous laisse terminer cette opération une bonne fois pour toutes. J'aurai préparé votre extraction d'ici là. Bonne chance.
Alexandre coupa la communication et réveilla ses coéquipiers. Le militaire allait bientôt pouvoir affronter Henry en face à face, il allait profiter du trajet pour concevoir la meilleure embuscade possible. L'heure du combat final approchait, il pouvait à peine contenir son excitation.
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