Arrivé au dernier étage de l’immeuble en construction, Henry ne perdit pas de temps et fouilla les différents appartements à la recherche d’un escabeau. Il avait vu la trappe menant au toit en arrivant, mais n’arrivait pas à l’atteindre sans assistance. Après avoir tenté sa chance dans trois appartements différents, il tomba sur une chaise poussiéreuse qu’on aurait pu trouver dans une salle de classe des années quatre-vingt. Il s’en servit pour grimper jusqu'à la trappe, brisa le cadenas avec un coup de marteau qu’il avait récupéré dans l’un des trois appartements. Et se hissa difficilement à l'extérieur.103Please respect copyright.PENANAKcpkpmQ6zO
La toiture du bâtiment était faite de tôle, rendue glissante par la pluie de la journée précédente. Henry avait écouté les discussions sur les canaux de la police à l’aide de la radio qu’il avait subtilisée. Il savait qu’ils avaient atteint l’immeuble, et à en juger par leurs discussions, il ne devait pas y avoir de sniper sur les toits, ils n’en firent jamais mention.103Please respect copyright.PENANAhDls1bUvrv
Le fuyard n’avait plus beaucoup de chemin à parcourir pour atteindre la salle de sport. Un rapide coup d'œil aux alentours lui suffit pour trouver le meilleur trajet jusqu'à sa destination. Un immeuble adjacent lui permettait de couvrir la majorité de la distance. Il mit sa capuche et releva son t-shirt, puis prit son élan. Henry gagnait en vitesse, vidant son esprit, il savait que la moindre once de peur ou d’hésitation forcerait son corps à ralentir, à ne pas aller aussi vite sur un toit glissant, à plus de vingt mètres du sol. L’adrénaline lui permettait d'accélérer de manière impressionnante, il ne touchait la toiture qu’avec la pointe des pieds, avançant à grandes enjambées jusqu’au bord du bâtiment. Au fur et à mesure qu’il s’en approchait, une boule de terreur se formait dans son ventre, lui monta jusqu'à la gorge.103Please respect copyright.PENANAodBqJywBPb
La distance entre les deux immeubles semblait énorme, beaucoup trop. Son esprit lui suppliait de s'arrêter, de trouver une autre manière de s’en sortir. Mais il ne stoppa pas sa course, peu importe la peur qu’il ressentait face à ce saut, il savait pertinemment que c’était la seule solution qui lui restait. Descendre était impossible, rester sur le toit était impossible, combattre était impossible. Il ne pouvait que sauter. Et il sauta.103Please respect copyright.PENANA35U42fLXfu
La peur qu’il avait ressentie juste avant faisait pâle figure face à celle qui lui nouait à présent l'estomac. Il ne resta dans le vide qu’une petite seconde, mais dans ce court laps de temps, il s’était vu manquer son coup, tomber et mourir. Cette vision d’horreur n'eut jamais lieu, le jeune homme atteignit la cheminée du bâtiment d’en face et percuta cette dernière tête la première. La douleur fut fulgurante, son crâne déjà meurtri lui faisait maintenant trois fois plus mal. Henry jeta un regard vers le bas et aperçut trois voitures de police, ils étaient déjà sur place, et ils l’avaient vu sauter.103Please respect copyright.PENANACc0spTnsL3
Le fuyard prit ses jambes à son cou, le terrain était parfaitement plat, il n’avait qu'à courir tout droit pour atteindre la salle de sport. Henry fit une estimation rapide, selon lui, il faudrait au moins une trentaine de secondes pour que les flics sortent de l’immeuble et se lancent à sa poursuite. Une minute de plus pour s’organiser et entourer le bâtiment sur lequel il se trouvait. Quatre-vingt-dix secondes, c’était très peu. Le jeune homme courait à s'en arracher les jambes. Il atteignit le bout de l’immeuble en une quinzaine de secondes, il s’était dirigé vers l’arbre le plus proche et sauta sans attendre. Pas de place pour l’appréhension cette fois-ci. Il percuta une branche, qui se brisa sous son poids, il tomba, percuta une branche, tomba, percuta une branche… Son corps était balancé dans tous les sens, puis fut stoppé net quand il atteignit le bas de l’arbre, avec ses branches les plus grosses. Repoussant les multiples signaux de douleurs que son corps lui envoyait, ignorant l’envie de vomir, il se fit glisser pour tomber maladroitement au sol, sur le parking de la salle de sport.
- Aah…Aha…Putain de merde.
Il tituba jusqu’au vélo le plus proche, s’accroupit face à l’antivol et sortit son marteau et l’un des couteaux de Nelya. Il utilisa la lame de ce dernier comme levier, frappa avec le marteau sur la poignée du couteau à de multiples reprises, jusqu'à ce que le cadenas ne casse. Henry se débarrassa du marteau et du couteau brisé, puis grimpa sur le vélo, les flics allaient arriver d’une seconde à l’autre. Il pédala sans attendre dans une petite ruelle en pente douce.103Please respect copyright.PENANAgP1FajfuNP
La suite fut relativement facile, il utilisa le canal radio de la police pour rester au courant de leurs faits et gestes, puis se déplaça en fonction de leurs mouvements. Une fois sorti de Smolensk, les communications coupèrent net. Henry pensait d’abord qu’il avait atteint les limites de la portée des ondes radios. Mais une voix inconnue lui prouva le contraire.
- Monsieur Corillon ?
Henry quitta la route pour s’engager sur un chemin de terre, il haussa légèrement des sourcils, quelqu’un avait compris son stratagème avec la radio. Il prit soin de ne pas répondre et confirma la théorie de son interlocuteur. La voix reprit :
- Je dois admettre que je suis un peu surpris. L’équipe que vous avez éliminée était très compétente. Je ne pense pas qu’ils aient fait l’erreur de vous sous-estimer. Vous êtes un combattant très doué.
Henry entendait des bruits étranges derrière la mystérieuse voix, possiblement des pales d’hélices, il fut pris de frissons, ses adversaires avaient décidé de sortir l’artillerie lourde. S’il voulait éviter d'être repéré par des hélicoptères, il allait devoir s’enfoncer en forêt.
- Ce ne sont pas des compétences que l’on attend d’un garde du corps, vous avez dû dissimuler vos talents toute votre vie. J’imagine que ce sont ces limitations auto-imposées qui ont causé la-
Le jeune homme coupa la communication. Il avait récupéré quelques informations utiles, mais maintenant que son interlocuteur allait débuter ses manœuvres de manipulation psychologique pour le déstabiliser, il n’avait plus besoin de l’écouter.103Please respect copyright.PENANA7KDcOtVZ9y
Tout en pédalant, Henry essayait d’imaginer la manière dont ses adversaires allaient utiliser leurs hélicoptères pour l’atteindre. Ils s’en serviraient sûrement pour quadriller la zone autour de Smolensk, peut-être même qu’une unité de tireurs serait envoyée à bord pour l’éliminer depuis les airs. Le meilleur moyen d’échapper à ses véhicules aériens serait de se réfugier dans un aéroport, les réglementations aériennes y sont tellement strictes qu’aucun hélico n’y serait autorisé. Mais n’ayant pas d’aéroport proche de lui, il devrait se contenter de la montagne. Les arbres l’aideraient à masquer sa présence, les grottes et cabanes de chasse pouvaient servir d’abris, la montagne elle-même demanderait aux pilotes de faire attention avec les flux de vent et le valonnage. Mais plus important encore, en la traversant sur soixante-dix kilomètres, il arriverait à Lyady. À la frontière biélorusse.
***
Alexandre Whitmore venait de se faire raccrocher au nez, il déposa sa radio dans le vide-poche de sa portière.103Please respect copyright.PENANAHxsNtWvgUN
En partant récupérer les cadavres de ses collègues, Ivan avait contacté Alexandre au sujet de la radio manquante. Le chef d’opération avait vite compris la stratégie de sa cible, et avait demandé aux forces de police de couper leurs communications pour éviter de donner davantage d’informations à la cible. Alexandre était un homme d’une cinquantaine d’années, il avait passé trente d’entre elles à faire la guerre dans différents pays du monde. Il s'était découvert un certain attrait pour la chasse à l’homme au beau milieu de sa carrière quand il avait dû traquer un commandant déchu dans la moitié du Chili. Il releva ses lunettes en observant le visage de Henry, il avait lu son dossier une bonne vingtaine de fois et le connaissait par cœur. Comparé au général chilien, et à la grande majorité de ses cibles, le jeune homme ne se reposait pas sur des stratégies ou autres gardes du corps pour assurer sa protection. Henry était un homme seul, au beau milieu de la Russie, cette mission aurait dû être facile comme bonjour. Mais l’assassin avait surmonté ses attentes, encore et encore. Tant et si bien qu’il s’était hissé tout en haut de la liste mentale qu’entretenait Alexandre sur la valeur de ses adversaires.103Please respect copyright.PENANABQsSt7BBfs
Le cinquantenaire se regarda dans le rétroviseur, il n’avait pas dormi de la nuit, et ça se voyait. Son crâne rasé perlait de sueur et ses yeux verts étaient cernés au-delà du raisonnable. Pourtant, il ne s’était pas senti aussi réveillé depuis une bonne dizaine d'années, cette chasse, ce duel stratégique entre lui et le fugitif le rendait fou de joie.103Please respect copyright.PENANAnECnGEWpsk
Profitant qu’Henry soit joignable par radio, Alexandre avait concocté une stratégie rapide. Il avait contacté son adversaire en lui laissant délibérément entendre le bruit des hélicoptères Ka-226T décollés. Lui donner cette information délibérément avait pour but d’influencer son itinéraire de fuite pour le rendre plus prévisible. Selon les forces de police sur place, le fuyard avait volé un vélo, il ne pouvait donc pas prendre le risque de rester sur les routes. L'arrivée des hélicos dans la partie limitait d’autant plus ses choix. Alexandre était certain que sa cible allait fuir en montagne, c’était le choix le plus logique, il aurait fait de même dans sa situation. Partant de cette hypothèse, Alexandre avait chargé les forces aériennes de police de quadriller la chaîne de montagne menant à la frontière. Quant aux unités terrestres, il avait ordonné qu’elles se séparent pour surveiller les cours d’eau, cabanes et autres points d'intérêt.103Please respect copyright.PENANApg3FyuS0jP
Son unité et celle des Français restaient en retrait, l’une sur la face sud de la montagne, l’autre à la face nord. Ils allaient longer simultanément la chaîne montagneuse en attente d’un signalement. Puis se coordonner pour prendre Henry en tenaille le moment venu. Toutes ses pièces se mettaient en place, le chef d’équipe ne put réprimer un sourire carnassier, il avait hâte de voir la prochaine manœuvre de son ennemi. Allait-il finir tué ? Allait-il s’en sortir ? Il avait hâte de savoir.


