Le soleil s’était levé depuis quelques heures. Mis à part pour la vingtaine de chutes causées par diverses bosses, branches et flaques de boue, Henry ne s'était pas arrêté en dix heures de trajet. Le jeune homme était épuisé, à un point tel que le simple fait de se relever après une chute était devenu un exploit à part entière. Les morceaux de bois dans sa peau le démangeaient, la déshydratation lui causait des crampes abominables, mais pire que tout, son crâne était en miettes.113Please respect copyright.PENANAq4Cs4i1bDw
Il avait laissé des plumes dans son combat avec le commando russe, les explosions répétées des grenades assourdissantes avaient endommagé ses tympans. Ses acouphènes étaient sévères et il estimait qu’il avait perdu quarante à cinquante pourcents de ses capacités auditives. Encore plus que ses oreilles, c’était son crâne qui le dérangeait. Les deux impacts à la tête qu’il avait reçus en moins de deux minutes d'intervalle lui avaient causé un traumatisme crânien. Ce dernier semblait léger, Henry n’avait en rien perdu de ses capacités cognitives. Mais les conséquences étaient tout de même présentes, il était pris d’étourdissements, avait vomi trois fois durant le trajet et son sentiment de fatigue s’était multiplié par deux.113Please respect copyright.PENANAbdzAV6iMu5
Il atteignait ses limites. Mais sa persévérance allait bientôt porter ses fruits. Car selon ses estimations, il n’était plus qu'à huit kilomètres de la frontière.113Please respect copyright.PENANABQKKvtXyNK
Ce soulagement fut de courte durée, et se transforma bientôt en pur cauchemar. Henry l’entendit trop tard, ses acouphènes ayant masqué son approche. Un hélicoptère volait droit sur lui.113Please respect copyright.PENANAsk0ovwKOIT
Inutile d'espérer un quelconque miracle, le pilote l’avait repéré. Henry se trouvait en haut d’une vallée, où les arbres étaient petits et peu nombreux. Le jeune homme fut pris de panique, et songea un instant à retourner sur ses pas pour se camoufler dans une zone plus boisée, mais c’était une mauvaise idée, si les unités aériennes l’avaient rejoint, les unités terrestres ne devaient pas être très loin derrière. Le fugitif continua à monter, s’il allait suffisamment haut, il finirait par tomber sur un observatoire, une tour de garde ou un poste de chasse. Il avançait tête baissée, les yeux fixés sur son guidon. Henry eut toutes les difficultés du monde à garder l’esprit clair, les bourrasques de vent et le bruit incessant causé par l’hélico tournoyant au-dessus de sa tête lui filaient une peur bleue. Arrivé au point le plus haut de la vallée, il aperçut son salut, une vieille cabane de chasseur.113Please respect copyright.PENANACixEmZdGVS
Il s’élança à l'intérieur sans attendre, défonçant la porte d’un coup de pied, laissant son vélo sur le palier. Il ne craignait pas de tomber sur qui que ce soit à l'intérieur, les bruits de l’hélicoptère auraient attiré n’importe qui aux fenêtres, il aurait repéré le moindre signe de vie. Les jambes tremblantes, le jeune homme tomba à genoux. Il aurait bien voulu vomir, mais son estomac n’avait plus rien à offrir. Il se contenta d’observer le plancher en récupérant son souffle.113Please respect copyright.PENANAuRRO0QkYuk
Une pensée fugace lui traversa l’esprit, c’était la première fois depuis des années qu’il n’avait pas bu de thé en se levant le matin. La perspective de boire une tasse de thé à la menthe, ou mieux, aux fruits rouges, lui donna l’eau à la bouche. Il chassa cette délicieuse image de sa tête pour se concentrer de nouveau sur le moment présent.
- Je ne m'en sortirai jamais comme ça.
Ses adversaires allaient l'entourer dans moins d’un quart d’heure, et cet hélicoptère de merde n’aurait aucun mal à le suivre en cas de fuite. Dans l'état actuel des choses, il était foutu.
- Réfléchis putain de merde, réfléchis !
Le jeune homme scanna scrupuleusement l'intérieur, notant chaque objet pouvant lui servir. Une boîte de cartouches de fusil, sans le fusil allant avec, des conserves vides, un quad en mauvais état et un long tube de caoutchouc. Le jeune homme écouta les va-et-vient de l’hélicoptère au-dessus de lui, et une idée lui vint. Une mauvaise idée, mais une idée quand même.
***
Henry n’avait pas perdu de temps, en cinq minutes, il avait rassemblé tous les éléments pour que son offensive fonctionne. Il avait rempli l’une des conserves d’essence, qu’il avait siphonnée à l’aide du tube en caoutchouc. Et c’était également chargé de rassembler la poudre à canon des cartouches de fusils dans du papier journal.113Please respect copyright.PENANAraRruZdF4q
Il enveloppa le tout dans une taie d’oreiller poussiéreuse, puis sortit quand il entendit l’hélicoptère s'éloigner pour faire un énième passage au-dessus de la cabane. Henry se plaça dans l’angle mort de l’hélicoptère, trop éloigné pour voir tous les côtés de la petite bâtisse, il jeta sa bombe artisanale sur le toit, puis attendit.113Please respect copyright.PENANAJwDHFbLIka
Quand le pilote effectua son nouveau passage, Henry tira sur la grosse boule de papier. L’hélicoptère volait à approximativement trois mètres du toit, sûrement pour dissuader Henry de fuir en lui faisant peur. Mais cette proximité était devenue un avantage pour le fuyard.113Please respect copyright.PENANAogn1ZbABVL
L'explosion était peu puissante, la bombe contenait trois cents grammes de poudre à canon, ce qui représentait une force de déflagration similaire à celle d’un gros pétard. Mais l’onde de choc fut décuplée par l’étroitesse de la canette, et l’essence fut propulsée à grande vitesse, en même temps que des bouts de métal et de papier brûlé. La bombe créa une boule de feu suffisamment grosse pour qu’elle atteigne le cockpit de l'hélicoptère. L’onde de choc et les débris de métal avaient juste assez de puissance pour fissurer les fenêtres du Ka-226T et déstabiliser le pilote. Henry espérait que l’hélico se crashe, mais le policier était visiblement doté d’un sacré sang-froid, et était parvenu à recouvrer son équilibre avant de s'éloigner définitivement.113Please respect copyright.PENANAaPRdADiVQ5
Il s’était débarrassé de son poursuivant. Mais d’autres n'allaient pas tarder à se montrer. Il supposait que le pilote avait donné le plus d’informations possibles à ses collègues. Ils savaient pour son vélo, pour la cabane, sur le fait qu’il avait encore des munitions. Mais ils ne savaient pas pour le quad.


