L’odeur de feu commençait à me remplir les narines et je me sentais beaucoup moins confiante maintenant que je me disais que la créature que je poursuivais était dotée d’assez d’intelligence pour allumer un feu. Est-ce que j’allais croiser des pillards fuyant la ville ?
Partie pour partie, autant aller voir ce qui se tramait.
J’ai progressé entre quelques troncs épais et tordus, traversé quelques voiles de feuillage puis j’ai fait face à un énorme bosquet de buissons. Entre deux gros buissons épineux et gorgés de petites boules aux couleurs étranges, j’ai réussi à me poser à ras le sol, l’arc encore bandé et ma flèche encochée. Juste au cas où.61Please respect copyright.PENANAoPfNoUm7Y2
De là où je me tenais, je commençais à apercevoir des particules de flammes qui dansaient avec autour de lui des formes floues qui grognaient…61Please respect copyright.PENANAefnIO0Sbvo
Mais oui ces formes floues grognaient vraiment ! En faisant plus attention il était difficile de comprendre ce qu’elles se disaient. Je comprenais quelques mots mais leur voix graves et gutturales prenait le dessus et rendaient leurs glapissements incompréhensibles.
Jusqu’au moment où j’ai compris pourquoi ces choses s’excitaient autant : j’ai avancé encore un peu plus entre les grosses épines qui me griffaient à sang jusqu’à voir quatre Skaven se disputer les entrailles d’une carcasse étalée au sol. Une toute petite carcasse… C’était… un faon ???61Please respect copyright.PENANAWbJ6PLI7vj
Les Skaven, qui sont une espèce d’êtres mi-homme mi-animal selon mes professeurs, naissent d’une lignée maudite d’Hommes s’étant conduit comme des monstres et les 3 sœurs avaient décidées de leur en donner l’apparence. Rejetés dans la Bourbe quand elle n’abritait que des monstres trop dangereux pour s’y installer, ils s’étaient acclimatés. Les Skaven naissaient apparemment tous avec une intelligence réduite et une cruauté inversement grande.61Please respect copyright.PENANAUm9t2udlQv
Une cruauté tellement grande qu’ils étaient en train de réduire en bouille un tout petit faon. Il avait à peine cinq mois à vue d’œil… Heureusement qu’Alma n’est pas là pour voir ça.
Coutelas ébréché, poignard en ferraille tordue ou os taillé en lame, les quatre Skaven que j’avais sous les yeux plantaient leur arme dans la chair sanguinolente, arrachant à pleine main des morceaux, dépouillant la pauvre bête et se disputaient ce qui leur semblait les meilleurs morceaux qu’ils se fourraient dans leur gueules ensanglantées. Les énormes mâchoires dont ils étaient dotés étaient pleines de dents aiguisées et les monstres machaient en se disputant bruyamment. Maintenant que mon odorat s’était fait à l’odeur du feu, une autre odeur venait tapisser mon nez. Un mélange d’un parfum métallique dû au sang qui coulait à flot et de pourri comme lorsqu’on retrouvais un cadavre de bétail dans les bois du domaine. C’était probablement l’odeur des Skaven. Vu la couleur des tissus troués et de la crasse accumulée sur leur carcasse par des années d’errance dans la Bourbe, ça ne m’étonnait pas tant que ça… Mais étant donné la scène, comment était-il possible que je n’ai rien entendu plus tôt ? Et surtout qu’est-ce que ces choses horribles faisaient dans les bois, à l’opposé de leur territoire ?61Please respect copyright.PENANAQnTxLmiMIN
Mes yeux brûlants étaient incapables d’arrêter de fixer ce spectacle macabre et mon cœur semblait vouloir sortir de ma poitrine. Je n’avais jamais vu un Skaven en dehors des pages des bouquins de la bibliothèques, là franchement je n’étais pas déçue...61Please respect copyright.PENANAkJDjr3lazh
Pour Alma et moi les Skaven existaient bel et bien, oui, mais absolument pas dans notre monde. En voyant leur cruauté en action je comprenais pourquoi on avait poussé mon entraînement aussi loin dans la souffrance.
Mais si les Skaven me voyaient, est-ce que je serais vraiment prête à en affronter quatre à la fois ?
Incapable de me tenir silencieusement plus longtemps je commence à paniquer, imaginant Feron et moi dépouillé de la même manière que le faon, je débande mon arc et m’apprête à reculer lentement vers mon cheval. Mais raté. Je marche sur une branche qui craque.
J’ai l’impression que le craquement retenti dans toute la forêt. Impossible de bouger, j’ai l’impression qu’on m’a gluée au sol. Il me faut quelques secondes pour reprendre mon esprit, heureusement les Skaven sont trop occupés à se battre pour un morceau d’intestin si bien qu’ils ne me remarquent même pas dans mon buisson. Je lutte contre ma tête qui tourne sous l’adrénaline et je dois redoubler d’effort pour reculer doucement et une fois sortie de ma prison d’épines il n’est pas question de passer plus d’une minute de plus dans ces bois. Mes parents avaient de très bonnes raison de m’empêcher de sortir du domaine et je leur promettais déjà silencieusement de ne plus jamais passer les portails du domaine seule.
Est-ce que mon père avait déjà combattu des groupes de Skaven ? Je me demande combien il a pu en tuer.
Ebranlée par la panique de me faire arracher les organes au coin d’un tronc d’arbre, j’ai mis une bonne demi-heure à retrouver Feron. Par instinct il avait reculé vers la lisière du bois et j’avais dû suivre les traces de ses sabots qui se perdaient parfois sous un tapis de feuille ou autour d’une énorme flaque de bouillasse.
Feron m’a semblé galoper bien moins vite qu’a l’allée alors que je n’avais qu’une hâte, revoir le blason de cerf sur nos portails, symbole de sécurité. Le soleil avait déjà bien commencé à se coucher quand je les passais enfin et je savais très bien que j’allais me faire engueuler dès que j’aurais passé la porte d’entrée.
…
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Le soleil était déjà couché depuis un petit moment et une de nos trois chaises était encore vide. On attendait encore la même personne… Harlow.
Evidemment, elle on l’attendait toujours et on ne lui rapprochait jamais rien ! La sœur prodige, le chevalier, trop occupée à s’entraîner à se battre contre mille menaces. Et du coup moi j’avais faim. Enfin bon…
Au bout de ce qui m’a semblé être une éternité à fixer le bon plat de ratatouille fumant sur la table, Harlow se pointe haletante avec les cheveux pleins de feuille et de morceaux de bois. Son visage, son cou et ses mains semblent être passés sous les griffes d’une bête sauvage. Elle est difficile à reconnaître, elle qui est d’habitude tirée à quatre épingles. Ma mère ne prit même pas la peine de lui reprocher quoi que ce soit.
« Harlow ? Ça va ? Où étais-tu passée ?? »
Ma mère s’était levée lentement, pendant que Carlson avait précipitamment rejoint Harlow pour retirer la lourde cape de ma sœur. Mais Harlow lui agrippa les bras avant qu’il ne la touche, sans quitter une seconde ma mère des yeux.
« J’ai vu des Skaven à quelques kilomètres du domaine. Quatre. »
L’ambiance est devenue brutalement pesante.61Please respect copyright.PENANAQFPBcin0wt
Des Skaven ? Je pensais que ça n’existait que dans les comptes sensés nous dissuader de sortir du domaine, une vieille histoire pour les enfants pas sages.61Please respect copyright.PENANAx66F0riQQY
Mais si le visage de ma sœur était figé, sa voix, elle, trahissait bien sa peur. Elle ne mentait pas.
Maman s’approche doucement d’elle, lui presse les mains pour qu’elle libère le pauvre Carlson et vérifie chaque marque, chaque griffe sur sa peau.61Please respect copyright.PENANA14rsJR58mw
« Ce n’est pas possible…Tu es sûre ? »
Harlow ne s’énerve même pas de la réaction de ma mère. Sa voix ne change pas d’un ton, et glacialement elle reprend. 61Please respect copyright.PENANARMf77UnfzC
« Ils empestent la mort, un peu plus grands que nous, une tête boursouflée avec une énorme mâchoire pleines de dents. Ils ont allumé un feu et ils ont déchiqueté un faon cru sous mes yeux. C’est les mêmes que dans les livres de la bibliothèque. En pire. Ils sont horribles. »
Ma mère se fige immédiatement et j’ai l’impression que tous mes organes tombent dans le bas de mon ventre.61Please respect copyright.PENANAJqUuAWhhus
Ils ont fait quoi ?? Quelle horreur, pauvre petit faon… Comment peut-on s’en prendre à un petit animal sans défense comme ça…
Ma mère fixe maintenant notre ami et majordome sans lâcher pour autant Harlow.61Please respect copyright.PENANAETNwASmpYK
« Carlson s’il vous plaît, prévenez mon mari. Je veux qu’il envoie des troupes dès demain pour fouiller les alentours. Il est hors de questions que des Bourmènes se baladent librement près de notre domaine sans que nous le sachions. »
La voix de ma mère résonnait aussi vide que la voix de Harlow. Je ne sais pas si ce qui me terrifiait le plus : les Skaven ou la terreur qui habitaient maman et ma sœur quand on les évoquait.
Des Bourmènes ? Comment est-il possible que les habitants de la Bourbe aient trouvé un moyen de s’enfuir de leurs marécages sans que personne ne le sache ? Les allers et venues sont censés être systématiquement contrôlés !61Please respect copyright.PENANARsThiLAl1H
Je sais que je suis totalement nulle en histoire de notre monde mais Harlow m’a bien expliqué à chaque cauchemar que je faisais que tous les monstres avaient été reclus dans la Bourbe quand les monstres avaient tenté un coup de force il y a des centaines d’années, nous étions censés être à l’abris…
« Papa va s’en occuper ma chérie, nous ne risquons rien. Nous avons nos propres gardes, le domaine est sûr ne vous inquiétez pas mes filles. »
Maman avait accompagné Harlow jusqu’à sa place à table, nous étions assises et mon appétit était passé. Personne n’avait plus vraiment envie de manger quoi que ce soit, accablée par cette nouvelle. Nous savions que la guerre, malgré qu’elle soit encore silencieuse, était déjà bien installée dans nos terres. Mais de là à se sentir menacée par le désordre et la Bourbe…
C’était une nouvelle étape.
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