Le soleil se lève à peine, il doit encore être très tôt et on a pas le temps de traîner. La température est fraîche et les bois sont humides. Je suis toute engourdie de la nuit que je viens de passer. Enfin, la nuit...79Please respect copyright.PENANAkBO2CUOCwd
Elle a été difficile. Même pas parce qu’on a dormi à même la pierre froide, ni parce que nous nous sommes réveillées à chaque bruit, chaque coup de vent trop fort, craignant de voir arriver nos ennemis. Mais je pense qu’Alma et moi avons traversé les mêmes cauchemars. Des cauchemars de fuite, de sang, de Skaven barbares et de morts. Je suis épuisée et ma sœur a du mal à ouvrir les yeux. Elle est encore pleine de boue, avec des petits morceaux de bois plein sa tignasse blonde. J’ai bien évidemment posé aucune question parce que je sais qu’elle ne s’est pas battue contre un loup ou je ne sais quoi. Elle se bat sûrement contre elle-même, contre ses frayeurs et contre tout ce qui risque encore de nous arriver.
Alma grogne, peste contre le monde et finit par se réveiller doucement.
- Il faut qu’on trouve de l’eau et qu’on lève le camp au plus vite. On doit arriver à la ville avant qu’ils nous rattrapent et qu’on parle à la garde royale pour qu’on rejoigne papa.
J’ai vite piétiné le feu, au plus grand malheur de ma sœur.
- Je pense qu’il y a une rivière pas très loin. Hier j’ai entendu de l’eau couler dans le noir en ramassant les noix.
- Alors on va retourner sur ce chemin, ramasser ce qu’on trouve et chercher ce ruisseau. Il faut aussi que Ferron boive. Le chemin va être long.
Aussitôt dit, aussitôt fait. On reprend le chemin qu’Alma a pris hier. Tout ce qui est susceptible d’être mangé sur le chemin est ramassé et immédiatement avalé. Ferron nous suit assez docilement et on fini par arriver au bord d’un large ruisseau peu profond. Ça n’était pas si difficile que ça...79Please respect copyright.PENANAxLUMJI3ZJq
L’eau glisse entre et sur des rochers de toutes les tailles qui dépassent de l’eau. Ça fait comme une musique. Le soleil s’est maintenant levé et les arbres jalonnants le ruisseau filtrent ses rayons. La luminosité est douce mais le bois reste assez sombre. Un silence et un sentiment de paix m’accueille et si nous ne devions pas partir, je resterais bien quelques jours à me reposer ici. Je passe entre les rochers pleins de mousse et me penche vers l’eau cristalline pour la goûter.79Please respect copyright.PENANAOYNqQZwZMT
L’eau est extrêmement fraîche mais on boit, on remplit les quelques récipients qu’Alma traîne dans son sac puis on finit par se laver le visage et les bras. L’eau fraîche nous engourdis et on ne laisse pas traîner trop longtemps nos doigts dedans contrairement à Ferron. L’étalon noir s’est mis en plein milieu de l’eau et boit tranquillement en laissant passer quelques ronflements de satisfaction. Moi j’attrape un petit caillou et j’essaye de faire des ricochets sur le ruisseau. Juste cinq minutes, le temps que Ferron profite un peu et qu’Alma se détende...
- Harlow...
Sa voix faible m’atteint à peine sous le bruit du ruisseau, comme un souffle. Elle est figée et son regard se porte à l’opposé du ruisseau, sur l’autre rive.
- Tu le vois ?
Je vois quoi ? Qu’est-ce qu’elle a vu ? Je mets la main sur mon arc, toujours accroché à mon dos mais Alma me choppe par le poignet.
- Non... regarde là-bas, ça brille...
Je ne lâche pas mon arc mais je cherche ce qu’elle voit... Là, entre les arbres. Il y a quelque chose qui virevolte doucement depuis le ruisseau vers le fond de la forêt. Mais c’est quoi ?
Alma se lève et met les pieds dans le ruisseau à la suite de la lueur.
- Alma tu vas où ??
- Chhhh tais-toi, je l’ai vue hier cette lumière. Je veux savoir ce que c’est et si tu continues à crier tu vas la faire fuir.
Elle est complètement folle. Et si c’était un piège ? On ne sait même pas ce que c’est et on s’en fout. On doit dégager d’ici et plus vite que ça. Les Skaven ne sont peut-être pas très loin... Mais impossible de l’arrêter, elle est déjà partie dans la forêt.
- Ferron. Là.
Le cheval nous suivra, au cas où on devrait partir en trombe. Alma tu déconnes ou quoi ?? La lueur virevolte encore sur cent bon mètre facile avant que Alma se stoppe.
- Qu’est-ce que tu fais ? On doit partir.
Elle ne répond même pas, met sa main sur ma bouche et pointe du doigt devant nous. Enfin, ce qu’elle pointe du doigt réellement c’est... C’est quoi ça ???
- C’est des fées... Regarde...
Elle n’a pas besoin de chuchoter. Les créatures nous ont déjà repérés. Presque en file indienne, elles se regroupent et leurs ailes se mettent à battre à toute vitesse. On dirait qu’elles fuient. Des dizaines de lueurs virévoltent autour de nous. Il y a aussi des lupins, de petites choses ailées, des farfadets... et même une créature avec une tête et un buste d’homme, mais le corps entièrement recouvert de racines et de mousse.79Please respect copyright.PENANAIar1wOEgVW
Un petit banc d’êtres sauvages aux chapeaux pointus avance devant nous. Leurs habitudes vert mousse sont rapiécés, usés, vivants presque. Certains ont des champignons qui poussent directement sur leur peau, jusque dans leur barbe. On les suit sans vraiment savoir où ils vont.
Je n’en avais jamais vu de vrais. Jamais d’aussi près. Aucun livre, aucune leçon, pas même celles du meilleur professeur, n’aurait pu me préparer à un spectacle pareil. Là, au milieu de cette forêt perdue, tout semblait irréel.79Please respect copyright.PENANAu6bgZaqg6s
Ces petits êtres paraissent appartenir à une autre réalité. Avant aujourd’hui, je n’aurais même pas su imaginer la lueur qui émane d’eux, même des plus minuscules. Leurs jambes, leurs pattes, semblent animées par une magie qui propulse chacun de leurs pas, comme s’ils bondissaient plutôt que de marcher. Comment peuvent-ils aller aussi vite ? Certains n’ont même pas de véritables chaussures.
Les créatures magiques sont extrêmement rares et en voie de disparition. Je sais qu’il en existe quelques-unes dans nos cités, bien protégées car elles servent les intérêts de nos têtes couronnées mais de là à en croiser un aussi grand groupe en pleine forêt ?? Il y a bien longtemps que les créatures magiques de notre monde ont péri ou disparu. À la suite de la guerre, ils ont fui les humains qui étaient jaloux de leurs pouvoirs et surtout effrayés de ce qu’ils seraient capables de leur faire, depuis, ils n’arrêtent pas de fuir.
Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’ils fuient là, maintenant ? Je n’ai pas envie de lever mon regard de ces êtres magiques, mais j’ai encore moins envie de rencontrer ce qu’ils sont en train de fuir.
- Alma, on doit partir, on doit aller à la cité... ça crainnnt là.. Ils ne fuient pas les oiseaux et les papillons !
Au loin, on entend des branches craquer, de très grosses branches. Des pas frappent le sol. On dirait qu’un orage arrive plus vite que si le vent le portait, et je pourrais jurer qu’il est en train de se propager sous ma peau, dans mes veines, tellement chaque organe de mon corps s’affole. J’entends déjà leurs pas dans le ruisseau, ce qui est vraiment trop proche. Mes poils se lèvent sur tout mon corps, j’ai la chair de poule. On doit fuir, car peu importe ce que ça peut bien être, ça fait fuir des créatures magiques bien plus expertes en survie que nous.79Please respect copyright.PENANAYZAW9dL9hz
Ferron est derrière nous et je dois l’attraper pour ne pas qu’il se cabre ou se sauve.
- Monte Alma ! On se barre d’ici !
Alma peine à monter sur son dos, ses yeux grands ouverts sont paniqués et elle se plaque directement sur le dos de Ferron, le souffle court. Je la porte à moitié mais ses pieds glissent à cause de la pression. Mon cerveau se déconnecte, je ne pense plus à rien sauf à fuir. Mon arc est balancé à nouveau dans mon dos et je grippe en vitesse sur l’étalon. Je l’agrippe autant que je peux et lui crie de partir. Il ne se fait pas attendre et commence à galoper aussi vite qu’une flèche. On finit par rattraper les créatures de la forêt qui sont en train de se planquer sous les racines des arbres ou tout en haut à leur cime. Plus aucune lueur de fée n’est visible, disparue en un claquement de doigt. En quelques secondes on a l’impression que la forêt se vide. Même le soleil à l’air de s’enfuir. La forêt devient sombre, et on ne finit plus de s’y enfoncer.
Ferron donne tout ce qu’il peut malgré la fuite qu’il nous a déjà offert hier. Il doit sûrement être fatigué mais ne lâche rien, ne ralenti pas le pas. Ses muscles sont encore une fois bandés, saillants. La connexion que je ressens avec lui est d’autant plus forte sous ce climat de terreur, je sais qu’il sait ce que nous fuyons. Il a dû les sentir.
On entend toujours cette foudre inconnue derrière nous, elle a l’air de se rapprocher parce que j’entends maintenant leurs cris abominables et difformes, ils ont l’air excités. Je ne sais pas si les cris sont des aboiements, des gargouillements où des animaux que l’on égorge, c’est insupportable. Quoi qu’ils soient, ils sont en chasse, et nous sommes les proies.
J’essaye de me retourner sans perdre l’équilibre sur mon cheval pour identifier la menace mais au loin je ne vois qu’une masse sombre et un amas de branches et de boue qui se retourne sur leur passage. Le nuage de crasse est immense et dépasse presque la cime des arbres. J’espère que Ferron tiendra la cadence. Il le doit ou nous y resterons.
La forêt semble s’assombrir encore plus. Le terrain devient traître. Des bosses, des trous, des flaques de boue profondes. Ferron se bat contre la forêt.
- Vas-y ! Plus vite... plus vite...
Alma ne bouge pas d’un poil. Elle doit être terrorisée. Et je le suis aussi.
Mon cerveau semble se rallumer. J’essaye de penser clairement entre les à-coups du galop. La foudre semble se rapprocher, encore et toujours. On dirait qu’elle abat les arbres sur son passage. On doit atteindre la lisière de la forêt avant de tomber. On sera bientôt aux portes de la cité et on y trouvera de l’aide. Des gardes armés. Le danger sera évité.
- On y est presque, je vois la lisière !! Tiens bon Alma !
Je ne sais pas si cette dernière phrase est pour ma sœur, moi ou Ferron. La lisière de la forêt semble si proche et lointaine à la fois. De là où on sera, les gardes de la cité nous verrons. C’est sûr...
- Tiens-toi.
A la sortie de la forêt, je n’ai pas vu le fossé et j’ai à peine eu le temps de prévenir Alma. Ferron se débrouille très bien et ne peine presque pas à le passer. Il continue à filer vers la cité et je me retourne pour voir ce qui va sortir de cette forêt. C’est là que je les vois.
Ils doivent être au moins une trentaine de créatures. Il y a des Skaven, mais aussi d’autres créatures hideuses et difformes. Je crois que c’est des orcs. Ils sont plus grands que les Skaven. Leur peau est pâle voire grise et ils portent de grosses armures blindées. Leurs armes et leurs gueules pleines de dents sont encore plus grosses. De loin, je ne vois pas assez bien les détails mais je sens qu’ils pourraient nous arracher la tête à une main. Si ces monstres ont le droit de monter à cheval, ou du moins ce qui ressemble à des chevaux, les Skaven eux se déplacent à quatre pattes, comme des rats. Ils grouillent aux pieds des montures des orcs, mais hurlent tout autant sur nous – les proies – que les orcs.
Alma se redresse et essaie de se retourner pour m’imiter, mais elle ne peut pas voir ça. Je l’en empêche tant bien que mal.
- Non !! Appelle les gardes de la cité. Ils doivent venir nous aider. Hurle, donne tout ce que tu peux.
La cité est à quelques centaines de mètres, mais elle a l’air étrangement calme. Pas de soldat posé devant, porte fermée, aucun marchand ambulant ne flânant à l’entrée... Mais Alma donne tout ce qu’elle peut, elle hurle, agite les bras, malgré le galop de Ferron. De mon côté, je décroche une nouvelle fois mon arc de mon dos, prépare une flèche et me retourne. Les monstres ont encore avancé un peu plus. Maintenant, je peux apercevoir les armures des orcs. Du cuir, de la fourrure, du métal et beaucoup de cicatrices sur leur visage immonde. Du peu que je sache, les orcs sont tout aussi sanguinaires, abominables et destructeurs que les Skaven, mais ces derniers sont plus civilisés, plus malins. Leurs protections ont l’air plus sophistiquées, tout comme leur arme. Ils ont des colliers et des ceintures d’os et de dents, certains ont des épaulettes garnis de pics en acier. S’ils nous attrapent, ils nous tueront et on décorera bientôt leurs ceintures.
Ma sœur hurle, mais personne ne vient. Personne n’est là. Personne n’ouvre les portes. On est livrés à nous même. La porte se rapproche dangereusement mais je crois qu’à ce stade, personne ne viendra nous aider. Nous sommes faits comme des rats. Et ça excite les monstres derrière nous.
Arrivés à moins de cent mètres de la porte, j’arrête Ferron.
- Qu’est-ce que tu fous Harlow ??? Ils vont nous rattraper !!
Ma sœur se retourne, voit ce qui nous poursuit et hurle. J’essaye le bluff.
- Ils ne nous tueront pas où ce serait déjà fait, ne t’inquiète pas, je gère.
Alma hurle de plus belle, essaye de me frapper et me secouer mais je reste calme. Je suis en train de dire au revoir à mon cheval. Il doit absolument survivre. Je ne peux pas le laisser aux mains de ces monstres. Puis si je mets Alma dessus, ça ne servira à rien, ils la poursuivront. Mais Ferron peut faire passer un message. Il faut qu’il trouve quelqu’un qu’il connaît.
- Ferron, sauve-toi. Tu nous retrouveras. Retrouve-nous.
Je frappé son flanc et mon ami reprend son galop. Il faut absolument qu’il survive. Nous nous débrouillerons, mais lui est un énorme bifteck à leurs yeux. Un ou deux Skaven essayent d’ailleurs de s’en prendre d’instinct à Ferron, ils se détachent de la horde mais je les abat facilement avec mon arc et il arrive à fuir. Mon ami est libre. Il s’en sortira je le sais.
- HARLOW !!
Ma sœur s’accroche à moi, comme si j’allais soudainement m’envoler et l’emporter avec moi loin des montres. Ces derniers ne sont d’ailleurs pas contents de me voir tirer sur les leurs car ils ne ralentissent pas la cadence et bientôt ils s’écraseront sur nous s’ils ne ralentissent pas.
- Couche toi sur le sol Alma.
Ma sœur ne réfléchit pas plus et m’obéit. Elle me lâche et se couche à mes pieds. Les monstres arrivent à quelques mètres de nous et le plus énorme des orcs me flanque un énorme coup avec le côté de sa hache immense. Le coup semble me briser une côte et me propulser à au moins deux mètres de là où je me tenais quelques secondes avant. Je n’arrive plus à respirer et je suis assommée d’être tombée sur ma tête. J’ai envie de vomir et le goût du sang emplit ma bouche. Impossible de me relever, je reste à terre et me tords de douleur quand les Skaven puants viennent me plaquer contre le sol, avec leurs sales pattes griffues l’écrasant de tout leur poids. Ils doivent se délecter de cette chasse au gibier. Je suis leur faon cette fois. Je ne sais pas à combien ils me tiennent, pourtant j’ai tout le mal du monde à lutter. J’arrive à en frapper un dans sa sale gueule et leurs griffes s’enfoncent un peu plus, transperçant ma peau. Je hurle de plus belle, et dans la douleur j’ai peur pour la vie de ma sœur.
- Alma !! ALMA !! Tu vas bien ?
J’ai l’impression que mes organes vont exploser. Puis c’est un deuxième coup de l’immense Orc qui explose sur mon crâne et je sombre dans les ténèbres.
- Harlow !!
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