Enorme bruit dans le manoir. C’est un explosif ? Il est quelle heure ? Je me suis endormie sur le bureau, sur mon livre. J’ai mal à la tête, mal au dos. Comme l’impression d’avoir des fourmis qui me bouffent la cervelle.
Encore des bruits d’explosions, de casse en bas.
- - AHHHHHH
C’était la voix de notre cuisinière. Son cri est effroyable, on dirait qu’on lui tranche la gorge. Je me précipite à ma porte et quand je l’ouvre je tombe face à face avec un soldat qui porte les couleurs de notre maison. Son armure est à moitié arrachée et vraiment crasseuse. J’ai du mal à apercevoir le cerf de notre pays sur son uniforme.
- Nous ne pourrons pas les retenir longtemps. N’empruntez plus les couloirs où ils vous attraperont. Fuyez !!
Le pauvre gars est complètement hystérique, il a les yeux exorbité et le casque de travers et à peine je vois arriver derrière lui une chose immonde qu’il me pousse en arrière pour refermer la porte. Je suis tombée à la renverse et me fracasse la tête par terre. Une tronche de rat, des yeux minuscules et rouge, des croutes de terre parmi des tonsures de poils et des griffes qui brandissent un vieux bout de métal taillé en véritable lame de massacre. Putain, c’était un Skaven. Derrière la porte j’entends que notre pauvre gars se livre à un combat violent contre la bête. J’ai encore plus mal au crâne et je ne comprends rien. Comment est-ce qu’ils ont pu arriver jusqu’aux portes de notre maison ? La porte en bois massive est fermée à clef et je la laisse dans la serrure au cas ou quelqu’un essaye de la forcer. Est-ce que les Skaven savent faire ça ?
Les vagues de douleurs dans ma tête reprennent de plus belle et j’entends que le vacarme du couloir se déplace vers la pièce d’à côté. MERDE ! Ma sœur.
J’ouvre mon présentoir à couteaux, je prends instinctivement deux couteaux que je range dans ma ceinture. Heureusement que je me suis endormie toute habillée hier soir, j’ai encore même mes bottes aux pieds. Je range un autre couteau dans ma botte et je saisis ma plus longue lame que je garde à la main. D’un geste brusque je renverse mon armoire pour libérer la petite porte secrète qui sépare ma chambre de celle de ma sœur. Pas le temps de réfléchir, je rentre dans le tout petit conduis. Quand je rentre dans la chambre de ma sœur, elle est en train de s’habiller, elle est paniquée et en pleurant elle me montre sa porte du doigt. Du sang coule sous la porte et forme une flaque sombre et poisseuse. Est-ce que c’est du sang du soldat ou de la sale créature ? Et qu’est-ce qu’elles nous veulent ?
Alma fini de s’habiller, attrape sa sacoche et me jette une cape. Je n’ai même pas le réflexe de lever la main pour la rattraper et elle tombe lourdement à mes pieds. Le temps que je la ramasse, elle ramasse frénétiquement deux trois choses dans son bordel et le fourre dans sa saccoche. Puis on se regarde quelques secondes, sans savoir quoi faire avant d’entendre un hurlement et des jurons.
- "Lâchez-moi, lâchez-moi !!!! Qu’est-ce que vous avez fait ?? Pourquoi vous êtes là ??"
- Maman.
Les cris de notre mère sont couverts par des grognements des Skavens et des bruits de combat. Notre mère n’a pas été formée comme nous, elle ne pourra pas lutter longtemps on doit aller l’aider. J’ai l’impression que mes organes fondent dans mon ventre, c’est atroce.
Alma me suit jusqu’à la porte. On essaye de la pousser mais le poids de la personne derrière est trop lourd et le sang nous fait glisser. Je pense que ma mère a deviné ce qu’on voulait faire en voyant la porte fermée bouger de quelques centimètres car elle nous hurle de fuir, qu’ils sont trop nombreux et qu’ils nous tueront tous. Elle a raison. Si les Skavens sont comme le livre les a décrits, Alma et moi ne feront pas le poids et nous périront. Notre mère crie autre chose que je ne comprends pas trop puis je comprends qu’elle nous parle de notre père.
Papa. Il faut qu’on le retrouve et qu’on le prévienne. C’est notre seule chance de s’en sortir.70Please respect copyright.PENANAUOzkwErnQ2
A la porte de ma chambre, a quelques mètres seulement de celle de ma sœur j’entends des coups bruts et des grognements. Vu le bruit que le bois fait, ma porte ne tiendra pas longtemps. On a intérêt à se décider. Maintenant.
Alma est encore en pleurs en train de forcer sur sa porte pour qu’elle s’ouvre. Je la saisis par les épaules et la tourne vers moi. Elle se débat mollement et j’essaye de garder sa tête tournée vers moi, les mains posées sur son crâne.
- Alma, on ne peut pas aider maman, on doit se sauver.
- Non on peut pas la laisser avec eux…
- Alma, on n’a pas le choix où ils nous tueront. On ne doit pas se faire attraper. On va aller chercher papa. Il va régler la situation et on sera tous les quatre.
- Mais ils vont lui faire du mal…
- Non parce qu’on va se dépêcher. Ils la garderont en vie pour avoir papa. Ils n’ont pas le choix.
Je ne crois moi-même pas en mes propres paroles mais je ne peux pas nous laisser attraper et de voir ma mère et Alma mourir. On doit se sauver, même si j’ai peur et que je m’effondrerais bien au sol. C’est un cauchemar.
Alma à l’air d’une coquille vide, mais elle se laisse entraîner à la fenêtre. La chambre de ma sœur a plein de décoration qui pendent de son plafond. J’en attrape une et je tire d’un coup brusque pour décrocher la corde. Tous les petits bibelots accrochés tombent et se fracassent sur le sol mais Alma ne réagit même pas. J’ouvre la fenêtre je noue la corde pour qu’on puisse y descendre en rappel.
- - Allez Alma, ils ne vont pas tarder. On doit y aller.
Je porte ma sœur pour la mettre sur le bord de la fenêtre. Elle se laisse faire comme une poupée de chiffon. J’ai le cœur qui se serre de la voir comme ça, et encore plus en pensant à ma mère qui se débat encore dans le couloir. On descend discrètement en rappel jusqu’à atteindre le sol quand on entend la porte de ma chambre craquer sous les coups des bêtes sauvages.
Arrivés en bas, pas le temps de réfléchir, j’attrape Alma par le bras et je la tire sur mon chemin. On doit continuer à fuir. Le plus loin possible de ces sales gueules griffues.
La nuit est noire, je ne sais pas quelle heure il est mais je connais le chemin de l’écurie par cœur. On va aller chercher Ferron, avec son caractère de foudre il pourra bien supporter le poids de deux filles de notre carrure sur des kilomètres. Ferron est notre seule chance de mettre de la distance entre les Skaven et nous.70Please respect copyright.PENANAVsYRfExUTu
Ferron est déjà bien fougueux d’habitude mais quand on arrive il est comme un fou dans son box. Il a dû sentir la menace et je suis étonnée que le bruit que font les chevaux n’aient pas attiré les barbares. Alma se jettent sur les box de tous les chevaux pour les ouvrir et les chevaux se barrent sans demander leur reste. En voyant Alma les libérer certains tapent sur les barrières pour essayer de les briser où ils essayent même de sauter par-dessus les box. Je n’ai jamais vu ça.
Je laisse Alma faire en lui disant de ne pas libérer Ferron et je récupère ma sacoche de chasse. C’est le strict minimum pour se débrouiller là dehors : mon arc et mes flèches, de la corde, une petite bâche, une lampe et une boussole. Avec ça on pourra se débrouiller pour tenir jusqu’à ce qu’on retrouve papa. Pendant ce temps Alma a mis le harnais autour de la tête de l’étalon.
- Je ne peux pas les laisser là à leur sort, je ne peux pas imaginer… le faon…
Je voudrais la prendre dans mes bras…
Et là.
J’entends les cris horribles des Skaven. Ils nous cherchent. Ils ont vu la corde qui pend de la fenêtre et ils doivent avoir un odorat incroyable parce que dans la pénombre je vois leurs petits yeux luisants s’approcher dans la nuit.
- - Pas le temps pour la selle Alma, monte.
Je monte derrière elle et encoche une flèche à mon arc. Juste au cas où. Le pauvre Ferron se prend un coup sur le flanc et il file déjà sur le chemin du portail, il a compris qu’il valait mieux se dépêcher s’il voulait sauver sa peau. Sur notre chemin je vois un Skaven tout près de nous, sur ses quatre pattes et il est prêt à bondir sur Ferron. Donc sur nous.
- - Alma, penche-toi !
Alma ne pose aucune question et se couche sur le cou de Ferron. L’arc frôle son oreille et je bande la corde. Ma flèche file en sifflant et se loge directement dans l’œil de la bête. Touché. Elle se fige et tombe dans un fracas, enfin on n’entend qu’un début de cris parce que la flèche atteint son cerveau avant que la bête ne tombe par terre. La position que son corps prend est horrible, on dirait un pantin désarticulé. Le Skaven ne bouge plus et je perds son image en quelques secondes, Ferron lui file. Il a l’air de léviter sur le sol même si chaque sabot frappé sur le sol nous secoue pas mal. Malgré les à-coups je suis un peu soulagée d’être de plus en plus loin des Skaven. Alma reste couchée et elle ne se relève pas avant plusieurs dizaines de minutes.
- - Tiens bon. On sera bientôt en sécurité.
Ça fait peut-être une heure ou deux qu’on fuit le domaine et Ferron n’a toujours pas l’air fatigué, il a ralenti quelque fois sur le chemin mais chaque bruit de la fôret le faisait repartir de plus belle, comme s’il sentait des choses que nous les humains ne sentaient pas. Puis il s’est mis à pleuvoir il y a un petit moment, le bruit des grosses gouttes s’écrasant dans la terre à du recouvrir le reste et Ferron a fini par ralentir le rythme. Il doit commencer à fatiguer. Nous sur son dos on est complètement trempées jusqu’aux os et plaquées l’une contre l’autre pour tenir le coup et surtout tenir sur le dos de Ferron. Je tremble à en avoir mal aux muscles, et nos capes ne nous servent à rien, si ce n’est pas à imager le poids imaginaire que l’on ressent en ce moment. Heureusement que Ferron dégage une chaleur phénoménale dû à ses efforts, c’est bien la seule source de chaleur qu’il nous reste. On pourra le remercier dès qu’on arrivera à se poser un peu, il faudrait qu’on trouve un pommier sauvage.
Au bout de ce qui me semble être des heures, le soleil commence à se lever et est presque arrivés à l’ouest de Midvill.
Il faudrait qu’on trouve un endroit où se poser au sec, puis après un peu de repos on devra atteindre le fleuve et traverser jusqu’à l’île voisine : Westmid. C’est un territoire pas si loin de chez nous mais une fois la frontière passée on ressent bien le changement de température, ça caille. Westmid est une île en grande partie pleine de pins et d’épicéa, ce sont des conifères majestueux qui semblent grimper jusqu’au ciel, comme le haricot magique. Les animaux sont couverts de peau et de fourrure plus épaisses. La chasse est facile, on dirait presque qu’ils veulent être transformé en ragout…Et puis merde, j’ai faim. J’espère que Alma a pris quelque chose à manger dans son sac, je crois que je vais avoir du mal à dormir si j’ai rien à mettre dans mon estomac ce soir.70Please respect copyright.PENANASQD5m3qw9n
De loin j’aperçois des grottes au milieu des arbres. On est au pied d’une montagne et la grotte n’a pas l’air bien profonde. Tant pis, au moins on est sûres de ne pas croiser d’ours ou de géant des cavernes. Enfin… pour être absolument sûres faudrait qu’on fasse un feu au cas où on croise aussi des loups, des esprits ou je ne sais quoi d’autre dont on n’a absolument pas besoin pour le moment… Les loups en soit je saurais gérer s’ils ne sont pas beaucoup ou qu’on a du feu mais les esprits c’est une autre histoire. Difficile de les chasser ou de les éviter. Une fois mon père nous avait raconté une légende comme quoi un de ses soldats s’était fait réveiller au bord d’une falaise par un esprit après qu’il avait entré dans ses rêves pour le faire marcher sur une plage imaginaire derrière une magnifique femme. Heureusement qu’un coup de vent plus fort que les autres l’avait réveillé. Ou peut être que c’était l’esprit qui voulait juste faire une mauvaise blague et qui l’avait réveillé juste avant que ça ne parte trop loin. On ne saura jamais… c’est une légende, on ne connait pas le soldat et de toute façon personne n’a jamais entendu un esprit parler.
Ferron a stoppé le pas juste devant la grotte. Ah oui la grotte, concentration.
Alma est descendue du dos de Ferron.
- Purée. Bien contente d’être descendue de là. Désolée mon vieux mais j’aurais bien aimé avoir au moins une couverture pour amortir le galop.
Ce sont les premiers mots depuis les sanglots au pieds du manoir. J’évite de la regarder, elle doit avoir les yeux rouges et gonflés et je ne veux pas la mettre mal à l’aide. Elle s’approche de la grotte pour y jeter un coup d’œil et se masse les cuisses. Alma marche comme un cowboy. Ça pourrait presque être drôle si on venait de rentrer d’une longue balade à la maison, mais là…
- - Il faut qu’on cherche du bois sec pour se réchauffer. Je ne sais pas si c’est une bonne idée de faire un feu en plein jour, la fumée pourrait rameuter des visiteurs mais si je ne sèche pas je vais mourir de froid.
- 70Please respect copyright.PENANASOMWB0KpHh
- - Oui, bah dans ce cas il faut absolument qu’on trouve du bois sec, sinon la fumée sera visible à deux heures au loin.
Alors dans ce cas-là, pas le temps de traîner où je vais perdre mes orteils.
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