Le repas a été très long et pénible pour nous trois. On n’a pas mangé grand-chose.
Personnellement à chaque bouchée j’avais l’impression d’avaler des clous. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser à ces horribles monstres et à ce petit faon qui n’avait rien demandé à personne.
Je les hais. Je les hais, je les hais.
On avait à peine, et non sans peine, avalé les quelques bouchées servies dans nos assiettes que maman est sortie de table. J’imagine qu’elle a dû directement filer au téléphone pour essayer de parler à papa, où qu’il soit ce soir. Il reviendrait surement quelques jours pour nous protéger et nous rassurer. Je l’espère de tout mon cœur.71Please respect copyright.PENANAuXmWoZxhZj
De l’autre côté de la table, Harlow et moi on n’a pas trop traîné non plus. Le ragout de légumes a été plus remué par les fourchettes que mangé, puis on a aidé Carlson à débarrasser hâtivement pour que sa femme, notre cuisinière, n’ait pas à courir partout. C’était devenu une habitude depuis ces dernières années. Plus précisément depuis qu’elle avait chuté de cheval en revenant du marché, elle souffrait de douleurs à la hanche.71Please respect copyright.PENANAXVuoZdFsgs
A peine elle nous avait remercié qu’on était déjà en train de monter les escaliers en direction de nos chambres.
On a passé le premier étage avec les salons, salles de réceptions de toutes sortes, bureaux et la bibliothèque pour aller directement au 2ème étage. Toutes les chambres se trouvaient au 2 ème étage, même la suite de nos parents. La chambre de ma sœur et la mienne sont à l’opposé de la suite parentale, on aperçoit à peine la porte de nos parents tellement le couloir est long. Mitoyennes, la chambres de Harlow et la mienne sont reliées par une petite porte, mais on ne l’utilise jamais.71Please respect copyright.PENANAlL5J8uXLV2
Harlow est passée devant moi, puis a ouvert en grand la chambre de son bunker. Depuis toujours je trouve que la chambre de ma sœur ressemble à un repaire de militaire. Ou celle d’un robot tueur. Les murs et le sol sont gris béton (étrange choix de couleur…). Son lit aux draps kaki est collé au milieu du mur opposé à l’entrée et le mur au-dessus est recouvert de cadres garnis de photos de notre père en tenue de commandant et d’autres combattants, une panoplie d’armes à la main. Les décors derrière eux changent, surement selon les missions qu’ils ont dû exécuter et il y en a même quelques-unes des propres missions et victoires de ma sœur. Il n’y a qu’une seule photo où notre famille est au complet, et elle n’est pas placée au milieu de toutes les autres.71Please respect copyright.PENANAP3V3Cxyy49
A part le lit, on peut trouver un grand bureau recouvert de cahiers plein de mots écris soigneusement à l’encre noire, des couteaux, une feuille pleine de ce qui ressemble à du code morse et d’autres trucs que seule Harlow peut apprécier. A côté du bureau, un sac de frappe pendouille au plafond. Il est noir et à l’air quasiment neuf, je pense qu’il a été remplacé il y a peu. : Harlow frappe tellement fort qu’elle doit être à un sac de frappe par an. A côté du sac, elle a fixé une cible sur le mur, où sont planté des étranges couteaux de formes différentes. A côté encore de celle-ci se trouve l’armoire où elle range ses couteaux et autres armes blanches. Mon père l’a fait garnir de petites ampoules donnant une faible lueur à sa chambre, et au fond de l’armoire se trouve en décoration sa meilleure affiche de tir sur cible humaine. Je ne sais pas avec quelle arme elle a tiré mais les trous dans la feuille sont tout petits : cinq trous dans le centre de la tête, une dans le centre du cou et trois dans le centre du cœur.
Vous comprendrez bien qu’avec une chambre aussi chaleureuse que ça, je n’y mets pas souvent les pieds.
La mienne est ma bulle d’oxygène dans des moments lourds comme celui que j’ai vécu ce soir. Ma chambre se trouve dans la tour, au-dessus de la bibliothèque. Les murs ont été peints par des artistes tellement doués que leurs dessins prennent vie lorsque je me mets à rêvasser. Ils ont dessiné une magnifique forêt qui s’étend à perte de vue. À tout moment, je m’attends à ce qu’un animal traverse les arbres où que des oiseaux s’envolent de leurs cimes. Mon lit est posé contre le mur où se trouve le plus gros vitrail de la tour. Le soleil est filtré délicatement par les verres colorés et semble danser dans ma chambre. J’ai comme mes propres aurores boréales. Au pied de mon lit, contre le mur, j’ai mis des pots de plantes grimpantes qui parcourent et sillonnent les murs. Maman n’est pas très enchantée, elle dit que si le jour vient où je quitte cette chambre, elle aura des semaines de travaux à faire pour décrocher, nettoyer et repeindre tous les dégâts. Tant pis, tant que la serre de notre domaine tient debout, je ne compte pas du tout partir de cette chambre. Et puis j’aime vivre avec ma famille. Et si les autres partent quand ils se marient, je compte bien ne jamais me marier, les garçons sont tous des gros idiots.71Please respect copyright.PENANA7sml0GkeTu
Outre mon lit, j’ai des tonnes de tapis de pleins de nuances de vert que ma mère m’a cousu main, exprès pour qu’ils ressemblent à des tapis de mousse. Sur les murs j’ai affiché tous les dessins et esquisses de la nature et des animaux que j’ai pu trouver. J’ai arraché quelques pages de bouquins, des posters trouvés dans des coins de la bibliothèque, mais j’ai aussi troqué et acheté pas mal grâce aux marchands ambulants et aux anciens employés de maison qui allaient sur les marchés de Midvill principalement. La femme de Carlson était une fois revenue avec une dizaine d’affiches anatomiques magnifiques sur les animaux de nos sous-bois. Je les garde comme des trésors.71Please respect copyright.PENANAZFKpgLwRrJ
Face à mon lit j’ai tout plein d’étagères d’où pendent des lanternes. Les étagères sont garnies de statues en terre, de sculptures en bois, de matériel de soin et de jardinage. J’ai aussi entreposé les bouquins de jardinage, d’art manuel ou de médecine que je collectionne. Ce sont surtout de très vieux bouquins qui expliquent très bien les bons gestes à adopter et je jure qu’ils n’ont rien à voir avec les livres de l’histoire du combat et de la guerre ou de politique de Harlow. J’utilise souvent les miens moi, tellement que parfois je peux y laisser des marques de terre, de peinture ou de sang parfois, quand je recueille une petite bête malheureuse qui a besoin de soin. En dehors de ça, j’ai une très grosse commode à tiroir qui dégueule de vêtements.
Ce soir, ce n’est pourtant pas dans ma bulle que je rentre, mais bien dans le bunker d’à côté. Les informations que Harlow a lâchées ce soir me tournent dans la tête en boucle et je n’arrive pas à passer à autre chose.71Please respect copyright.PENANAB7xrNJqdpJ
Et quand on a une musique en boucle dans la tête, il faut la chanter une bonne fois pour toute pour qu’elle vous laisse tranquille.
Harlow est déjà plongée dans un livre sur son bureau, elle feuillette frénétiquement les pages.
- Tu penses qu’ils vont venir jusqu’au manoir ?
Elle ne lève même pas la tête à ma question. Je m’approche du bureau, le livre parle des créatures magiques de premier et second ordre : les créatures mortelles et dangereuses. Harlow s’arrête sur la page des Skaven. Avant même qu’elle puisse lire une ligne je frappe le livre et laisse ma main à plat dessus pour qu’elle ne puisse plus m’ignorer. Harlow lève les yeux vers moi, enfin.
- Tu penses qu’ils vont venir ou pas ?
- Je n’en sais rien Alma, laisse moi lire ce livre. Je dois en savoir plus sur eux.
- Alors tu doutes, donc c’est possible qu’ils viennent ?
- Je veux juste être sûre de ce que nous a appris le professeur. Il n’a pas assez traité leur sujet profondément.
Je lâche le livre et m’installe en tailleur sur son bureau, ce qui ne lui plaît pas non plus car je pousse toutes ses affaires et fait tomber feuilles et objets diverses par terre.
- T’es chiante. Va dans ta chambre.
- Non. T’as qu’a le lire à voix haute ton livre. Moi aussi je veux savoir.
71Please respect copyright.PENANA5dvW4dJbza
- « Apparition et historique : Les Skaven, nommés de la langue Bourdiane (langue propre à la communauté ancienne de la Bourbe) signifient créature mi-homme mi-animal. Né d’une malédiction, à la suite d’une tentative de renversement du royaume qui s’est révélée très sanglante, le Skaven a été réduit d’homme à monstre par les 3 sœurs afin d’afficher à l’extérieur la réelle nature de leur cœur. Après la malédiction, sa communauté a été exilée dans les marais de la Bourbe avec outils et de maigres provisions. Après de longues saisons de souffrance et de famine menant à des massacres intracommunautaires, seuls les plus cruels ont pu survivre en libérant leur bestialité. Les Skaven se sont ensuite développés en se reproduisant entre eux alors que les autres peuples les croyaient éteins depuis bien longtemps.71Please respect copyright.PENANAJGLDh4dTlt
NB : La population Skaven ne porte aucun intérêt à l’histoire de son peuple. Ils ne vivent également pas en communauté par choix, mais par instinct de survie et de domination.
Apparence : Bien que l’apparence soit propre à chaque Skaven, ils sont souvent décris comme étant mi-humain, mi-rat. Selon leurs géniteurs, les spécimens ne se ressemblent pas tous. Il revient quand même fréquemment qu’ils ont une longue gueule avec des dents pointues, acérées. Leur dos est vouté, bossu. Ils ont des pattes supérieures et inférieures larges et puissantes, le bout de leurs pattes est griffu. Ils font environ un mètre cinquante pour les jeunes spécimens à deux mètres cinquante pour un adulte mâle. »
De loin j’aperçois un croquis d’une de ces créature, gueule ouverte et qui hurle en brandissant un sabre tordu. J’ai un haut de cœur.
- « Personnalité : Les Skaven sont des créatures gloutonnes, sanguinaires et barbares mais simples d’esprit et primitives, ce qui les empêche d’être cruels. Les Skaven sont des créatures impatientes par nature, et à moins d’être soumis à quelque autorité, ils choisiront toujours la solution la plus expéditive. Avide, il faut motiver les demandes faites par du troc (arme, viande et tout autre apport matériel pouvant être convoité par ces derniers.). Les Skaven ne respectent aucune loi, ne redoutent pas de tuer quand ils convoitent quelque chose. »
71Please respect copyright.PENANAzPZmlA6TCn
- Jusque-là, aucune nouveauté…
71Please respect copyright.PENANA7E8ei6cAaI
- « Savoir vivre : Aucun rituel de cérémonie (mort, naissance, accouplement), reproduction non exclusive (les Skaven ne s’accouplent pratiquement jamais de manière répétée avec le même individu), aucun calendrier ou évènement annuel.71Please respect copyright.PENANAmJmCChIQTK
Les Skaven se réfèrent tout de même grâce aux cycles de la lune. Ils ont également un semblant de hiérarchie se déterminant par des affrontements physiques et c’est au plus dominant de déterminer les plans d’action et d’attaque envers les autres communautés de créatures. Ils ne vivent pas dans des bâtiments, ils préfèrent les grottes, les cavernes, les souterrains et savent allumer du feu, dépecer les viandes et peaux pour se vêtir. Ils ne restent en général pas plus de quelques années au même endroit et migrent souvent dans la Bourbe.71Please respect copyright.PENANAlr0FH4oeo2
Les Skaven n’ont aucune notion d’hygiène et meurent parfois de maladies liées à l’hygiène.71Please respect copyright.PENANAdyeVTM77jY
Ils savent s’armer à base de métaux, d’os ou de toute arme trouvée. Il a été observé que certains individus arrivent à apprendre à manier des armes qui leurs sont normalement inconnues (ce sont les seuls apprentissages observés et prouvés).71Please respect copyright.PENANAfHZQvSZE7r
A la naissance de leur petits, les femelles s’en occupent jusqu’à ce qu’ils soient agiles sur leurs membres inférieurs, puis elles les abandonnent et les petits apprennent à survivre seul.
Communication : La capacité de communication des Skaven est très primaire, ce qui s’explique par des générations passées recluses du monde et qui se reproduisaient uniquement entre un petit groupe d’individus.
Durée de vie globale : 40 ans. Mort souvent prématurée due à la violence de la communauté. »
- C’est des horreurs ces choses… Donc apparemment ce sont des créatures migratrices dans la Bourbe, mais je croyais qu’elles avaient été exilées dans les marais justement… Comment est-ce qu’elles ont pu atterrir aussi près de chez nous ?
- C’est ce que je me demande aussi… Je vais continuer à me renseigner, laisse moi lire maintenant. J’irais les revoir demain.
- Je viendrais avec toi, j’ai besoin de les voir de mes propres yeux.
- Je ne crois pas non.
- On verra bien.
J’entends ma sœur de loin, mais je ne l’écoute pas. Désolée Harlow je suis déjà décidée. Je rentre dans ma chambre, j’attrape ma sacoche et dresse ma liste mentale de ce que je vais y fourrer.
Mon couteau, mon couteau de cheville, mes fioles de poisons, la trousse de soin primaire, mon carnet avec la grosse couverture en cuir brun, de la corde et mon matériel primaire de potion (flacons, pochettes en tissus, petit pilon et mortier) … J’organise ma petite sacoche pour qu’elle puisse fermer.
Demain matin à la première heure, je serais devant la porte du bunker et elle ne pourra pas partir sans moi. Et puis de toute façon sinon j’irais le dire à maman.
ns216.73.217.39da2


