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Rencontre avec l’Homme
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Rencontre avec l’Homme
Sir Patrick
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Le visiteur de la chambre C11

Nous sommes à Lubumbashi, la Clinique de l’Hôpital Sendwe était plongée dans un silence lourd presque irréel.

Il était près de trois heures du matin. Les couloirs, baignés par une lumière blafarde, semblaient interminables. Seuls résonnaient, de temps à autre, les pas réguliers des infirmières effectuant leur ronde nocturne. Le reste du bâtiment dormait.

Dans la chambre C11, un petit garçon d’une dizaine d’années, Yves John Mike, que tout le monde surnommait affectueusement Coco, peinait à trouver le sommeil.

Cela faisait plusieurs semaines qu’il était hospitalisé à la suite d’une violente crise d’asthme. Les perfusions s’enchaînaient. Son jeune âge et son tempérament agité compliquaient les soins : incapable de rester immobile, il arrachait souvent involontairement ses perfusions. Les infirmières avaient fini par chercher des veines jusque dans les endroits les plus improbables afin que les aiguilles tiennent un peu plus longtemps.

Pour un enfant aussi dynamique, rester allongé toute la journée était une véritable torture.

Sa mère occupait un poste important : elle était la directrice générale de l’hôpital. Sa meilleure amie dirigeait le service de restauration. Grâce à elle, Coco recevait chaque jour des repas particulièrement généreux, bien plus copieux que ceux des autres patients. Son grand-père, grand amateur de bonne cuisine, ne manquait jamais une occasion de venir passer ses journées auprès de son petit-fils… et d’apprécier discrètement les plateaux-repas.

Les nuits, en revanche, étaient assurées par sa tante Pulchérie. Sans emploi, elle pouvait rester à son chevet jusqu’au matin. Dans la famille, tout le monde savait qu’elle pratiquait des rites occultes et s’intéressait avec passion à la magie noire. Elle ne s’en cachait d’ailleurs pas.

Quelques heures plus tôt, alors que Coco faisait la sieste, il fut réveillé par des chuchotements.

En ouvrant les yeux, il découvrit avec émerveillement toute sa classe réunie autour de son lit. Son professeur principal avait organisé une visite surprise. Après plusieurs semaines d’absence, retrouver ses camarades fut un immense bonheur. Pendant plus d’une heure, les rires remplacèrent les perfusions, les discussions remplacèrent les traitements. Avant de repartir, ses amis lui promirent de garder sa place en classe jusqu’à son retour.

Cette visite lui redonna espoir.

Le soir venu, avant de s’endormir, Coco fit une prière comme il n’en avait jamais faite auparavant.

« Petit Jésus… guéris-moi vite. Je veux retourner à l’école. Je veux retrouver mes copains. Je n’en peux plus de rester ici. »

Puis la nuit tomba.

Vers trois heures du matin, Coco ouvrit brusquement les yeux.

Il avait entendu des pas.

La porte de sa chambre était restée grande ouverte. Cette aile de la clinique était presque vide, seuls une poignée de patients y étaient hospitalisés.

Les pas se rapprochaient lentement.

Très lentement.

Puis une silhouette passa devant l’encadrement de la porte.

Un homme.

Grand.

D’une élégance saisissante.

Il semblait presque flotter lorsqu’il marchait.

Au moment où il passa devant la chambre, leurs regards se croisèrent.

Pendant une fraction de seconde, Coco eut l’impression que cet homme le connaissait depuis toujours.

Pulchérie s’était également réveillée. Visiblement mal à l’aise, elle se leva rapidement pour refermer discrètement la porte.

Mais avant qu’elle n’ait le temps de la pousser, l’homme apparut dans l’encadrement.

Avec une voix incroyablement douce, il demanda :

— Puis-je entrer ? Je viens prier avec les malades.

Pulchérie répondit immédiatement :

— Non.

Son refus fut catégorique.

Pourtant Coco insista.

— Laisse-le entrer…

Après plusieurs secondes d’hésitation, elle finit par s’écarter.

L’homme entra calmement.

Il s’assit au pied du lit.

Il demanda à Coco pourquoi il était hospitalisé. Le garçon lui expliqua sa grave crise d’asthme, les semaines passées sous perfusion, son immense envie de rentrer chez lui et surtout de retrouver ses camarades de classe.

L’homme l’écoutait sans jamais l’interrompre.

Puis il demanda doucement :

— Puis-je t’aider à t’asseoir ?

Pulchérie intervint aussitôt.

— Surtout pas ! Il ne faut pas le bouger. Les perfusions sortent sans arrêt de ses veines.

Mais Coco voulait s’asseoir.

Avec une infinie délicatesse, l’inconnu l’aida malgré tout.

Il posa alors ses deux mains sur sa tête.

— Récitons ensemble le Notre Père.

Le petit garçon commença à prier.

À mesure que les paroles étaient prononcées, Coco ressentit une sensation inexplicable.

Comme une vague de fraîcheur.

Une fraîcheur intense.

Elle partit de ses pieds, remonta lentement le long de ses jambes, de son ventre, de sa poitrine, jusqu’à sa tête.

Jamais il n’avait ressenti quelque chose d’aussi étrange.

Ni douloureux.

Ni agréable.

Simplement… surnaturel.

Quelques secondes plus tard, il se sentit légèrement étourdi.

— Je voudrais me rallonger…

L’homme l’aida à reprendre sa position.

Il lui sourit.

Un sourire d’une bienveillance indescriptible.

Puis il lui souhaita une bonne nuit avant de quitter silencieusement la chambre.

Durant toute la prière, Pulchérie était restée figée derrière lui.

Elle marmonnait des paroles incompréhensibles.

Elle semblait nerveuse.

Comme si quelque chose la dérangeait profondément.

À peine l’homme avait-il disparu que Coco remarqua du sang remontant dans le tuyau de sa perfusion.

Sa tante appela immédiatement l’infirmière de nuit.

Quelques instants plus tard, celle-ci arriva.

En examinant la perfusion, elle demanda :

— Comment l’aiguille a-t-elle pu sortir de la veine ?

Coco expliqua simplement :

— Je me suis assis pour prier avec le monsieur qui est venu voir les patients.

L’infirmière fronça les sourcils.

Elle regarda Pulchérie.

Puis Coco.

Et son visage changea complètement.

— Quel monsieur ?

— Celui qui vient de partir…

Un silence.

Puis elle répondit lentement :

— Vous êtes sûrs de ce que vous dites ?

— Oui.

L’infirmière secoua la tête.

— Il est presque trois heures du matin. La clinique est fermée depuis des heures. Les visiteurs sont interdits. Dans cette aile, il n’y a peu de patients, toutes sont femmes d’ailleurs… et nous sommes seulement deux infirmières de garde.

Elle marqua une pause.

— Aucun homme n’est entré ici cette nuit.

Le sang de Coco se glaça.

Pulchérie resta muette.

Ils avaient pourtant tous les deux vu cet homme.

Ils lui avaient parlé.

Ils avaient prié avec lui.

Alors…

Qui était cet inconnu ?

Un simple visiteur ?

Un rêve partagé ?

Ou bien cet homme à la beauté presque irréelle n’était-il pas un être humain… mais quelqu’un venu répondre à la prière d’un petit garçon qui, quelques heures plus tôt, avait demandé de tout son cœur à Dieu de le guérir ?


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