Les semaines suivants le fiasco de l’opération Cage Rouge furent très mouvementées. Quand les deux opérations clandestines menées par l’Angleterre furent révélées, les réactions des pays touchés furent tout à fait prévisibles. Moscou et Minsk annoncèrent que leurs souverainetés avaient été violées, en réponse immédiate, des membres du corps diplomatique britannique se virent sommés de quitter le territoire, des institutions culturelles et consulaires fermèrent leurs portes. Elena observait les médias télévisés relayer l’information, cloîtrée dans le bureau de son supérieur hiérarchique. Elle avait été convoquée de force dès son retour sur le territoire anglais. Elle savait très bien quel sort l’attendait, des inculpations avaient été rapidement lancées dans tous les effectifs, chaque individu relié de près ou de loin à ces deux opérations était arrêté sur-le-champ. Considérée comme élément majeur de l’opération Cage Rouge, elle allait finir utilisée par le gouvernement anglais comme sacrifice pour apaiser les tensions politiques naissantes. Assis en face d’elle, Cullen Tanner organisait des dossiers, il ne semblait pas particulièrement préoccupé par la situation, c’était plutôt facile d'être calme quand une situation de crise ne nous concernait pas personnellement. Après un temps interminable, il leva les yeux vers sa subordonnée.
- Vous nous avez offert un sacré coup de pub, internet s'est emparé de l’affaire en moins d’un quart d’heure. Le monde entier connaît maintenant notre incompétence et les russes en ont évidemment profité pour riposter sur les réseaux sociaux.
La jeune femme fit de son mieux pour conserver un visage serein, elle faisait face au pire des prédateurs, elle ne devait pas lui laisser sentir sa peur si elle souhaitait s’en sortir à bon compte.
- J’ai fait en sorte de me débarrasser des cadavres laissés sur place, les vidéos amateurs de l'événement ne représentant qu’une menace minime pour notre pays, nous pouvons aisément démentir les événements ou les faire passer pour une attaque d’un autre gouvernement.
L’homme avait repris le rangement de son bureau au milieu de l’explication, il semblait totalement désintéressé et ne prenait même pas la peine d’écouter les arguments de son interlocutrice. Il garda le silence une bonne quinzaine de secondes avant de reprendre la parole.
- La Russie n’a pas besoin de preuves concrètes, nous sommes les suspects numéros un de ces deux opérations et ça suffit pour qu’ils nous attaquent publiquement, nos alliés se détachent de nous, nos sources internationales retournent leurs vestes, nous sommes isolés et vulnérables à de potentielles contre-mesures.
Elena chercha à argumenter de nouveau, mais Cullen ne lui en laissa pas l’occasion.
- Les russes ont besoin de noms, de sacrifices pour étancher leur soif de sang, nous avons déjà commencé à faire le ménage dans nos rangs, j’ai le regret de vous annoncer que vous faites partie des sacrifiées.
L’anglaise sentit la rage monter dans sa gorge, comment osait-il parler avec un air aussi détaché ?! Son avenir était en train de voler en éclats et ça ne semblait pas lui causer le moindre problème. Elle avait envie d’hurler, de retourner son bureau à la con et de lui enfoncer les yeux dans ses orbites, mais elle se retint juste à temps, et parla d’une voix posée.
- Très bien, quelle sera ma sentence ?
Cullen releva de nouveau les yeux vers elle, un léger sourire se dessinant sur son visage rond et grisâtre.
- Eh bien, attendez-vous à une trentaine d’années de prison, un gel de vos avoirs et une interdiction définitive de quitter le territoire. Oh, et ne pensez pas trouver du boulot dans le renseignement après coup, vous serez placée sur liste noire.74Please respect copyright.PENANAugBWp6hQIX
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Elena resta silencieuse, pensive, la situation était très mauvaise, mais en faisant appel devant une cour supérieure pour faire réviser la sévérité de la peine, elle pouvait la réduire de moitié. Elle possédait également des informations confidentielles sur certains de ses supérieurs et pourrait s’en servir pour les faire chanter, avec leur soutien, elle réduirait encore sa peine d’au moins cinq ans. Il était impossible de négocier pour l’interdiction de quitter le territoire, mais elle pourrait négocier une levée partielle du gel de ses avoirs. Dix ans cloîtrée dans une prison, c’était long, mais avec deux ou trois traitements de faveur, ça finirait par devenir vivable. Elle n’avait qu'à se montrer patiente et reprendre le contrôle de sa vie étape par étape. À condition qu’elle ne soit pas tuée par ses camarades de cellule entre-temps.
***
Loin de toute cette agitation, caché au beau milieu de la petite ville de Horki, Henry sirotait sa tasse de thé aux fruits rouges matinale. Au bord de la mort après son affrontement contre les forces spéciales anglaises, il était parvenu à trouver le véhicule des militaires et à utiliser leurs trousses de premiers secours pour stopper son hémorragie. Il s’était ensuite dirigé vers la fameuse LADA VIDA qu’il avait repérée plus tôt, utilisa les câbles pour démarrer le véhicule et quitta rapidement les lieux avant que la police n’arrive. Il était presque certain qu’aucun des villageois n’avait eu une bonne vue de son visage, la capuche du manteau avait bien aidé et le fait que les fêtards soient en état d'ébriété n’aidait pas. Le village ne possédait pas de caméras de surveillance dans les rues, il s’en était assuré avant de tenter quoi que ce soit. Il n’avait malheureusement rien pu faire pour le sang qu’il avait laissé sur les lieux ni pour les vêtements cachés dans la forêt portant toujours son ADN. Il n’avait rien laissé d’autre sur place, ayant pris soin de récupérer toutes les armes qu’il avait utilisées et de les emmener avec lui. Le jeune homme avait ensuite conduit jusqu’aux abords de la première grande ville qu’il avait trouvée, dissimulé le véhicule en forêt, et trouvé le premier cabinet de médecin disponible pour s’y introduire de nuit. Le bâtiment ne possédait que deux caméras en extérieur, surveillant la rue principale et l’entrée du bâtiment, mais rien au niveau de la sortie de secours.La porte arrière était conçue pour empêcher les entrées de l'extérieur vers l'intérieur, la porte étant dénuée de poignées extérieures et possédant un verrouillage automatique, mais Henry n’était pas inquiet, il trouva rapidement la serrure permettant aux pompiers d'entrer en cas d’urgence avec une clé spéciale. À l’aide d’un simple trombone trouvé dans la boîte à gants de la LADA VIDA, le jeune homme aligna les goupilles de la serrure pour déverrouiller l’entrée, il avait eu peur que ses tremblements ne brisent le trombone ou endommagent les goupilles, mais son entraînement avait porté ses fruits. Henry avait maintenant libre accès au matériel du médecin généraliste, il fut soulagé de constater qu’aucune caméra n’était présente en salle de consultation. Le jeune homme nettoya les diverses plaies causées par les débris de verre et de bois qu’il avait reçus au début de toute cette histoire, ces dernières avaient commencé à cicatriser et il n'appliqua de pansements que sur les plus grosses et visibles. Il s'appliqua un bandage thoracique pour soulager sa côte, une écharpe pour son épaule et une attelle pour son nez. Puis s’attaqua à sa blessure par balle, il ne pouvait pas retirer le projectile, ses compétences médicales étaient trop faibles et il ne bénéficiait que d’une main pour travailler, il se contenta de gagner du temps en nettoyant la plaie, appliquant un pansement occlusif, s’appliquant une perfusion de solution saline pour compenser la perte de volume sanguin, puis s'administra de la morphine et une bonne dose d’antibiotiques à large spectre pour soulager sa douleur et se donner un coup de boost.Henry nettoya la pièce, puis récupéra tous les antibiotiques, morphines et bandages que le cabinet possédait dans des sacs plastiques. Il récupéra également deux bouteilles de javel, puis quitta les lieux pour rejoindre de nouveau le véhicule qu’il avait laissé dans les bois pour l'imbiber de javel et éviter de laisser quelconque trace de son passage. Le jeune homme s’était ensuite dirigé vers les bas quartiers de la ville, moins surveillés et regardants, puis trouva un bâtiment désaffecté dans lequel élire domicile. Il y était resté pendant plusieurs semaines, récupérant ses forces petit à petit. La balle dans son ventre semblait n’avoir touché aucun organe, ni perforé ses intestins, la perspective d’une infection interne étant écartée, il pouvait prendre son temps avant de chercher à quitter la Biélorussie et trouver un médecin. Beaucoup de choses restaient encore à faire, le jeune homme devait trouver un moyen de modifier son visage avant même de pouvoir retourner en France, il connaissait quelques chirurgiens capables de l’aider mais encore fallait-il arriver jusqu’à eux. Il lui fallait également renouer avec le monde de l’assassinat sans attirer l’attention, ce qui ne serait pas chose aisée au vu du chaos qu’il a laissé derrière lui. Il lui faudra aussi changer d’identité, trouver un nouvel employeur, et parvenir à mettre la main sur les anciens dossiers de Victor avant que ces derniers ne soient détruits, il savait que l’assassin d’Audrey avait un lien avec son ancien employeur et comptait bien comprendre lequel. Henry réfléchissait, dissimulé dans l’obscurité de son abri de fortune, il ne savait pas encore comment il allait réussir à régler toute cette histoire, mais ça importait peu, il était vivant et c’était le plus important. Il ne laisserait pas cette chance lui filer entre les doigts, le jeune homme ferma les yeux, soulagé, c'était fini, il avait gagné.
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