En entrant dans le bâtiment, Henry était effectivement monté à l’étage. Se doutant qu’ils n’allaient pas tarder à monter à sa rencontre, le jeune homme décida de leur tendre une embuscade. Fuir sur les toits serait trop compliqué de nuit, et rien ne lui garantissait qu’un sniper ne l'attendait pas une fois en haut. Mais là où ses adversaires s'étaient trompés, c'était qu’Henry n’avait pas de problème avec le fait de prendre son temps pour combattre.110Please respect copyright.PENANA0gsYxKe6jE
Depuis l’attaque du parking souterrain, le jeune homme savait qu’on ne voulait pas le capturer, mais le tuer. De toute évidence, ses agresseurs ne travaillaient avec la police que pour bénéficier de leurs informations. S’ils l’avaient suivi dans les rues, c’était pour l’éliminer, et ils n'allaient pas contacter les flics pour leur prêter main forte. Autrement dit, il avait le temps de combattre.110Please respect copyright.PENANALVTCodRqyS
Henry ouvrit la porte la plus lointaine de l’escalier pour les entendre arriver, les portes n’avaient pas d'œil de bœuf et il ne pouvait se servir que de ses oreilles. Au lieu d'entrer dans l’appartement, il se cacha dans celui d’en face et ferma la porte entièrement. Après ça, il avait attendu, Makarov à la main. Ses adversaires eurent la bonne idée d’utiliser une grenade qui lui explosa les tympans et lui arracha un cri, qui ne fut pas entendu. Jugeant que ses adversaires étaient maintenant face à lui, il vida l’entièreté de son chargeur dans la porte, à hauteur d’homme. Il ne fit pas attention aux multiples morceaux de bois se plantant dans sa chair, et ouvrit la porte d’un coup de pied sans recharger, sortant directement son Glock-17 pour gagner du temps. Dmitri et sa camarade étaient tous deux très mal en point, le barbu était affalé sur le sol, tremblant. Il s’était fait toucher quatre fois dans le dos et une fois dans la nuque. La femme avait pris deux balles dans les côtes et une dans la mâchoire. Elle était parvenue à se retourner et fixait Henry avec une expression de surprise. Bien que sa mâchoire à moitié arrachée n’aidât pas à s’en rendre compte. Elle essaya de lever son arme, Henry attrapa le canon et tira d’un coup sec pour emporter la soldate jusqu'à lui. Il l'agrippa par la taille, lui fit une balayette, et accompagna la femme dans sa chute vers le couloir. Dans la chute, Henry aperçut une autre femme au niveau des escaliers. Il se félicita d’avoir pris la peine de prendre un bouclier humain, car la russe aux yeux bleus avait armé son tir depuis le début du combat, et tira sans attendre.110Please respect copyright.PENANATDipxuwqGu
La balle de 7.62 se logea dans le plexus d’Anastasia, qui mourut sur le coup. Derrière elle, le jeune homme fut secoué par le choc du tir, il percuta le sol et se cogna la tête. Henry repoussa la douleur sourde à l'intérieur de son crâne et tira une dizaine de balles dans la cage d’escalier. Katya baissa sa tête derrière les marches. Ne pouvant pas attaquer à cause des tirs de son adversaire, elle utilisa sa radio pour contacter son supérieur.
- Dmitri et Ana sont morts, il est dans le couloir.
Elle n’eut pas le temps d'écouter la réponse de Ivan, Henry avait récupéré une grenade assourdissante sur le cadavre de la combattante, et l’avait lancée jusqu'à elle. Le bruit fut insupportable, elle avait l’impression d’avoir la tête tranchée en deux. Henry ne perdit pas de temps et s’avança jusqu’à elle, dès qu’elle fut visible, il lui tira une balle sur le sommet du crâne. Mettant fin au combat du premier étage.
***
En bas, Ivan et Aleksei avaient été prévenus par radio. Ils supposèrent rapidement que le trio du haut était éliminé. Ivan refoula avec difficulté les pensées qui se bousculaient dans sa tête, comment avaient-ils pu perdre ? Ils avaient commis une erreur de jugement ? L’adversaire était mieux armé que prévu ? Il regarda le dernier membre de son équipe, qui ne semblait pas plus enjoué que lui.
- Changement de plan, va surveiller les fenêtres, je m’occupe des escaliers. On va attendre la police.
- Notre client nous a demandé de le tuer.
- Il aura l’avantage si on prend l’offensive, tant pis. Je préfère perdre le contrat que mourir comme un con.
Aleksei ravala la petite dizaine de jurons qu’il était prêt à lancer à son capitaine, puis sortit à l'extérieur du bâtiment pour fixer les fenêtres.
- Putain… PUTAIN !
Le commando sentait ses montres peser sur ses bras, elles le démangeaient, il mourrait d’envie de grimper pour aller arracher celle de sa cible. Mais il conserva son calme, il devait se montrer patient, quand Henry serait arrêté par la police, il pourrait toujours la lui prendre en douce. Le plaisir ne serait pas le même, mais il s’en contenterait pour cette fois.110Please respect copyright.PENANAemXWX8SidI
C’est alors que son sang se mit à bouillir, l’une des fenêtres du premier étage s’était ouverte. Aleksei était tellement heureux qu’il aurait pu en pleurer. Henry allait essayer de s’enfuir en sautant, il avait probablement pensé que les flics allaient rappliquer rapidement, et qu’il serait préférable de tenter une sortie désespérée. Le combattant arma son AK-12, le sourire aux lèvres, de la bave commençait à couler sur son menton tant l’appréhension était grande. Il observa une masse sombre sortir maladroitement de l’encadrement de la fenêtre. Et tira à trois reprises. L’individu tomba et se cracha mollement au sol. Mais ce n’était pas Henry, il s’agissait de Dmitri. Une grenade assourdissante accrochée au pantalon.
***
Quand Henry avait éliminé Katya, il s’était dépêché de récupérer la grenade attachée à son gilet tactique, visiblement, tous les membres du commando en avaient une. Dmitri avait utilisé la sienne, Henry avait utilisé celle d’Anastasia, il ne restait plus que celle-ci. Ses adversaires étaient cinq au minimum, il en avait éliminé trois, il en restait donc deux au rez-de-chaussée. L’un des deux devait regarder les fenêtres des appartements. Il avait décidé de s’occuper de lui en premier.110Please respect copyright.PENANAjoEgV51nm5
Les oreilles sifflantes et le crâne en compote, Henry était retourné auprès de Dmitri, qui avait une corpulence similaire à la sienne. Il attacha la grenade à son pantalon, le souleva de terre, puis ouvrit la fenêtre de l'appartement pour le jeter par-dessus bord. Quand le cadavre se fit tirer dessus, Henry confirma sa théorie, quelqu’un attendait en bas, il dégoupilla la grenade et poussa son adversaire. L’explosion eut lieu quelques secondes plus tard, et Henry se pencha à la fenêtre pour vider son chargeur sur l’homme déboussolé un étage plus bas. Aleksei était tombé sur les fesses, le regard dans le vide. Six balles lui percèrent le crâne et les cuisses. Le fugitif observa la ruelle de gauche à droite. Les voitures de police ne devaient plus être très loin à en juger par les couleurs des gyrophares qui se reflétaient sur les murs. Le jeune homme retourna vers le couloir pour ramasser l’une des radios de ses adversaires. Il aurait bien aimé se débarrasser du cinquième soldat en bas. Mais il ne bénéficiait plus de grenades, et n’avait plus de temps pour inventer une nouvelle stratégie.110Please respect copyright.PENANAHkkTPy4jhV
Henry s’élança vers le dernier étage, grimpant les marches quatre par quatre. Malgré le risque que représentait un sniper caché sur les toits, il avait jugé qu’échapper à un tireur d’élite serait plus simple que d’affronter la moitié des flics de la ville.
***
Ivan, encore à moitié ébloui par la dernière offensive de Henry, s’était placé en retrait au rez-de-chaussée, il avait entendu son adversaire grimper dans l’escalier. Et avait pris soin de contacter les autorités russes pour qu’elles puissent le poursuivre sur les toits. Le jeune homme était épuisé, mentalement épuisé, il observa son visage dans le reflet d’une flaque d’eau, son crâne rasé ruisselait de sueur, ses yeux marron étaient injectés de sang, il avait l’impression d’avoir vieilli de trente ans en cinq minutes. Tous ses coéquipiers s’étaient fait descendre un par un. Il travaillait à leurs côtés depuis une bonne dizaine d'années, et toutes leurs histoires, toutes leurs aventures, c'étaient terminées face à un homme seul dans un bâtiment miteux. Bizarrement, il ne se sentait pas en colère. Il pensait que la mort de ses camarades aurait engendré une envie de vengeance irrépressible. Mais Ivan ne sentait rien, comme à la fin d’un rêve, il était juste fatigué.
- Alexandre, vous m’entendez ?
Il avait changé de canal sur sa radio, il n’avait plus besoin de converser avec son équipe et s’était tourné vers son supérieur direct. Ce dernier prit quelques secondes pour répondre.
- Vous êtes arrivés à l'hôtel ?
Ivan lui expliqua le déroulement de l’opération d’une voix lasse et distante, il observait les voitures de police aller et venir à pleine vitesse pour essayer d’intercepter Henry. Mais tout ça ne l'intéressait plus le moins du monde. Après avoir terminé son exposé, il dut attendre un court instant avant d’entendre la voix grésillante de son interlocuteur.
- Je vois, vous l’avez blessé ?
- C’est fort probable, il ne porte pas de protection auditive, ses tympans sont forcément atteints. Je ne pense pas qu’il ait reçu de blessures graves, il avait l’air de courir sacrément vite quand il est monté sur les toits.
- D’accord, autre chose ?
- J’ai compté son nombre de tirs, il n’a plus de balles dans son Glock-17. Pour le Makarov non plus, mais il devrait toujours avoir le chargeur supplémentaire de Stepan… Je ne pense pas qu’il ait pris la peine de ramasser notre équipement, un gilet pare-balles et un fusil d'assaut n’aident pas à passer inaperçus.
- Bien. Vous avez fait du bon travail.
Ivan n’en croyait pas un mot, il avait lamentablement échoué. Le Russe resta seul quelques minutes, écoutant les policiers s'éloigner. Il était pris d’une envie irrésistible de rentrer chez lui, dans sa ville natale. Loin des problèmes. Le commando se releva difficilement, ramassa ses affaires, puis grimpa à l’étage pour aller ramener les corps de ses amis. Il se promettait d’aller voir les familles de chacun d’entre eux pour leur annoncer la triste nouvelle. Pour Ivan comme pour ses amis, l’aventure était terminée.
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