Au sommet de l’éternité, dix trônes veillaient sur la création.61Please respect copyright.PENANAmCKA3f1BrV
Ils étaient appelés les Primordiaux, chacun portant un nom que les hommes avaient oublié.61Please respect copyright.PENANAyJ1uoCYIBM
Mais leurs surnoms, eux, traversaient encore les rêves : le Voile d’Ombre, la Tisseuse du Destin, le Hurlement des Âges, l’Éclat de l’Aube, la Plume des Secrets, le Miroir Fumant, la Lueur des Abysses, l’Infini Créateur, le Serpent Éternel, et les Ailes Nocturnes.
Depuis des âges immémoriaux, ils observaient les hommes croître, bâtir, se battre, puis retomber dans leurs propres cendres.61Please respect copyright.PENANAGT3mw3cGFT
Aujourd’hui, leurs regards se tournaient vers la vallée du Nil, où les pharaons faisaient ériger des monuments défiant le ciel, et vers l’Occident, où de jeunes cités naissaient et levaient déjà des légions. Les Premières Grandes Guerres se profilaient à l’horizon, et pourtant… l’ennui s’était installé.
— Encore une guerre inutile, soupira le Hurlement des Âges. Toujours les mêmes cris, les mêmes prières…61Please respect copyright.PENANAcvuutgLtCw
— Ils répètent les mêmes fautes, répondit la Plume des Secrets en fermant ses yeux d’encre. J’ai noté leurs erreurs mille fois. Rien ne change.61Please respect copyright.PENANAcncJfkqkai
— Peut-être est-ce cela, le rôle des mortels, ricana le Miroir Fumant. Se consumer pour nous distraire.
Un silence pesa. Même la Lueur des Abysses, habituellement prompte à s’enflammer, ne dit rien.61Please respect copyright.PENANA2Hm0ykiIpf
L’Éclat de l’Aube, elle, leva les yeux vers le vide céleste.61Please respect copyright.PENANAx7VafM1P9c
— Et si le véritable ennui venait de nous ? Nous observons, mais nous n’agissons plus. Que reste-t-il à des dieux figés dans leur propre éternité ?
Alors, dans les ombres au-delà des trônes, une autre voix s’éleva.61Please respect copyright.PENANAJpcaFEDor7
Une voix qui n’appartenait pas aux Primordiaux.61Please respect copyright.PENANAwKHYsceB5H
— Si vous n’osez pas agir, je le ferai.
Un éclat jaillit. La silhouette de l’intrus sortit du néant : le Façonneur. Ses yeux brillaient d’une malice insatiable, et dans sa main tremblait une tablette dorée : le Codex, la somme de toutes les lois et de toutes les possibilités.
Avant que les Primordiaux puissent l’arrêter, il la brisa. Des fragments de lumière éclatèrent, se dispersant dans le néant, fendant le ciel comme une pluie d’étoiles.
— Qu’ils s’amusent avec ces éclats, souffla le Façonneur en souriant. Qu’ils choisissent eux-mêmes leur ascension… ou leur chute.
Les Primordiaux se levèrent, leurs trônes vibrant sous leur courroux.61Please respect copyright.PENANAdzTIsQyx71
La Tisseuse du Destin tendit ses mains, cherchant à rattraper les fils de lumière.61Please respect copyright.PENANAqPD3c16YGa
Les Ailes Nocturnes se déployèrent dans un grondement de tempête.61Please respect copyright.PENANA1nKxbJI8lx
Le Serpent Éternel siffla, prêt à engloutir l’impertinent.
Mais une ombre s’étendit, couvrant la salle d’un silence glacé.61Please respect copyright.PENANAhd0tIor1ld
Le Voile d’Ombre leva la main.
— Assez.
Son ton n’était pas colère, mais curiosité.61Please respect copyright.PENANAg7wTrz5sFW
Les autres Primordiaux se figèrent, leurs regards encore brûlants de fureur.61Please respect copyright.PENANABZprxnonuI
Le Voile d’Ombre se redressa lentement, son trône semblant avaler la lumière autour de lui.
— Peut-être… que cela n’est pas une offense, mais une opportunité, murmura-t-il. Voyez : les mortels vont désormais toucher ce que nous avons toujours gardé pour nous. Ils bâtiront, ils détruiront, ils s’élèveront ou s’effondreront… Et nous, nous ne serons plus spectateurs, mais témoins d’un nouveau jeu.
Un silence épais se fit.61Please respect copyright.PENANAdPZZjIidcg
Puis, lentement, certains dieux se rassirent.61Please respect copyright.PENANA9n08yV3MXL
La Lueur des Abysses eut un sourire carnassier.61Please respect copyright.PENANAKhCBUFteb2
L’Éclat de l’Aube détourna son regard, troublée.61Please respect copyright.PENANApiWKxaQ9Fv
Et dans l’ombre, le Façonneur riait doucement.
Ainsi commença l’ère des fragments du Codex.
La sonnerie de fin de cours retentit comme une délivrance, un fracas métallique qui semblait déchirer l’air.61Please respect copyright.PENANA6oC14rZOPE
Akira, dix-sept ans, rangea mollement ses affaires, les mains traînant sur son bureau comme si chaque geste lui coûtait un effort. Le professeur d’histoire continuait de parler, mais ses paroles se dissolvaient en un bourdonnement indistinct dans l’esprit d’Akira. Comme toujours. Il n’avait rien entendu de la dernière heure.
Il n’était pas stupide. Au contraire : il comprenait vite, voyait tout… mais il se lassait tout aussi rapidement. Ce monde scolaire, bruyant et répétitif, l’étouffait. Les rires forcés, les discussions futiles, le grincement des chaises : tout cela le fatiguait avant même d’avoir vraiment commencé.
Il ne parlait pas beaucoup aux autres élèves. Et eux ne cherchaient pas à le connaître. Ils le laissaient flotter dans sa bulle de silence, comme s’il n’existait pas vraiment. Et ça lui convenait parfaitement.
En sortant de la classe, il leva brièvement les yeux vers le ciel crépusculaire. Les nuages roses et violets se mêlaient aux derniers rayons du soleil, et une étrange lourdeur flottait dans l’air. Akira inspira profondément et haussa les épaules, comme pour chasser l’inquiétude diffuse qui lui pinçait la poitrine.
Chez lui, il monta directement sur le toit de sa maison. Son refuge. Là-haut, il pouvait échapper à tout : au bruit, aux regards, aux règles. Il s’installa au bord, jambes pendantes, et observa la ville qui s’étendait en contrebas. Les lumières vacillantes des lampadaires, les fenêtres illuminées, le souffle du vent frais sur sa peau. Et surtout, les étoiles. Ces points blancs et froids, immuables, suspendus dans le noir infini.
Il s’allongea, mains derrière la tête, sentant le carrelage froid sous lui.61Please respect copyright.PENANAShEBbaymD0
— Au moins, elles… elles ne changent jamais, murmura-t-il pour lui-même.
Un silence presque sacré l’entoura. Puis, une traînée de lumière fendit la voûte céleste. Une étoile filante, rapide, pure, trop parfaite pour être normale. Akira suivit son mouvement du regard, le cœur battant plus fort.
Mais elle ne disparut pas. Elle grossit, de plus en plus vite, jusqu’à devenir un halo incandescent, une boule de feu qui déchirait le ciel crépusculaire. Le vent se leva soudain, soufflant contre son visage, emportant quelques mèches de cheveux et un frisson d’anticipation.
Akira eut à peine le temps de se redresser. Ses yeux s’écarquillèrent face à l’éclat aveuglant qui envahissait tout, la chaleur insoutenable qui brûlait sa peau comme si le soleil était tombé sur lui. Il voulut crier, bouger… mais le noir l’engloutit avant qu’il ne puisse réagir.
Un silence absolu suivit, pesant, comme si le monde retenait son souffle.
Le réveil sonna, strident, arrachant Akira à un sommeil encore confus.61Please respect copyright.PENANAVR6jE2sO7N
Il se redressa brusquement, le souffle court, le cœur battant comme un tambour sauvage. Tout semblait normal. Trop normal. Les murs de sa chambre, les posters accrochés au mur, le ciel gris pâle par la fenêtre… rien ne trahissait ce qui venait de se passer.
Il se pencha sur le lavabo, éclaboussant son visage d’eau glaciale, tentant de chasser la fatigue et l’inquiétude qui lui tordait l’estomac. Mais ses yeux furent irrésistiblement attirés par sa main droite.
Un symbole étrange y était gravé. Comme une cicatrice brûlée dans la chair, mais d’un éclat pâle, presque invisible. Il rapprocha sa main du miroir, inspecta chaque détail. Les lignes étaient délicates, complexes… presque vivantes. Il la frotta frénétiquement, pressa, secoua son bras. Rien à faire. Le signe restait là, indélébile.
Son souffle s’accéléra, ses doigts tremblaient. Une peur sourde lui nouait la gorge. Son cœur battait à tout rompre, résonnant dans sa poitrine comme un avertissement.
Au petit-déjeuner, sa mère parlait de choses banales, monotones. La couleur des tartines, la pluie dehors, les devoirs à rendre. Elle ne remarqua rien. Personne ne remarquait rien.61Please respect copyright.PENANA0eps0nwijZ
C’était comme si le monde entier ignorait ce signe… sauf lui. Chaque regard autour de lui, chaque sourire, chaque mot résonnait maintenant comme distant, irréel.
Sur le chemin du lycée, Akira ne pouvait détacher ses yeux du ciel. Le bleu semblait plus lourd, chargé d’une tension invisible, comme si l’air lui-même pesait sur ses épaules. Les nuages se mouvaient lentement, porteurs d’un secret que lui seul pressentait.
— C’était… pas qu’un rêve, murmura-t-il, la voix presque étrangère à ses propres oreilles.
Ses doigts tremblaient encore lorsqu’il franchit les grilles du lycée. Les couloirs bruyants et les conversations étouffées semblaient lointains, filtrés à travers une brume qu’il ne pouvait chasser. Tout avait changé… même si personne autour de lui ne le savait.
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