Après des heures de voyage, un métro bondé qui sentait autant l’aventure que des arômes indéfinissables, et une valise cabossée qui semblait décidée à lui compliquer la vie, Lise arriva enfin devant son nouvel immeuble parisien. Elle leva les yeux vers les trois étages de ce bâtiment un peu vieillot mais charmant, hésitant entre excitation et appréhension.
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— Bon, Lise, murmura-t-elle à elle-même, ce n’est qu’un immeuble… pas une montagne. T’as survécu au bac, au maire de Portiragnes, et à Chloé qui chante faux. Tu peux le faire.
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Elle attrapa sa valise, qui protesta bruyamment, et poussa la porte d’entrée. Chaque marche de l’escalier grinçait sous ses pieds, comme si l’immeuble lui-même chuchotait « bienvenue ». Essoufflée, elle atteignit enfin la porte de son studio sous les toits. Elle s’arrêta, appuya son front contre la porte et souffla :
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— Et dire que j’ai payé pour ça…
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Elle poussa la porte et découvrit son nouveau chez-elle : un petit espace lumineux, avec une vue imprenable sur les toits parisiens et un lit coincé dans un recoin. C’était modeste, mais elle sentit une vague de satisfaction la traverser.
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— Eh bien, au moins, c’est mieux que la tente qu’on avait au camping, murmura-t-elle avec un sourire.
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Elle n’eut pas le temps de profiter de ce moment. Des pas résonnèrent dans l’escalier, réguliers et assurés, comme ceux de quelqu’un qui avait décidé que marcher, c’était une performance artistique. Lise se retourna juste à temps pour voir apparaître un vieil homme au style impeccable : costume soigneusement repassé, foulard en soie, et chapeau incliné avec une élégance délibérée. Il s’arrêta en bas des dernières marches, la dévisagea, et afficha un sourire comme s’il venait de trouver une pièce rare.
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— Ah, la nouvelle locataire ! s’exclama-t-il avec enthousiasme. Je suis Monsieur Raymond, voisin du deuxième. Enchanté, mademoiselle. Et bienvenue dans… notre modeste demeure.
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— Merci… Enchantée, balbutia Lise, un peu prise au dépourvu par cet accueil théâtral.
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Il s’avança d’un pas, la main sur le rebord de l’escalier comme un acteur sur une scène.
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— Je parie que vous êtes étudiante, n’est-ce pas ? Droit ? Vous avez ce regard sérieux, mais avec une lueur… comment dire… légèrement rebelle.
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Lise écarquilla les yeux.
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— Comment vous savez ça ? demanda-t-elle, presque inquiète.
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Monsieur Raymond agita la main comme pour balayer sa question.
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— Oh, ne vous inquiétez pas, ma chère. J’ai un instinct infaillible. J’ai passé ma vie à observer les gens… C’est un art que les jeunes oublient souvent.
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— Eh bien… c’est impressionnant, répondit-elle, amusée malgré elle.
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Monsieur Raymond posa une main sur le rebord de l’escalier et inclina la tête, malicieux.
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— Si jamais les études ou les Parisiens vous accablent, sachez que ma porte est toujours ouverte pour discuter. Avec une bonne tasse de thé, bien sûr. Le thé, ma chère, est le remède à bien des soucis.
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Il descendit une marche, mais avant qu’il ne disparaisse, une voix puissante retentit depuis le rez-de-chaussée.
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— Monsieur Raymond, laissez donc cette pauvre fille respirer un peu ! Vous allez l’effrayer avec vos manières de dandy !
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Lise se pencha par-dessus la rambarde et découvrit une femme petite et rondelette, qui portait une écharpe aux motifs ésotériques enroulée autour de sa tête comme une couronne mystique. Elle leva les bras pour saluer Lise avec enthousiasme.
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— Toi, tu dois être Lise ! La nouvelle venue ! Bienvenue chez nous ! cria-t-elle.
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— Merci ! répondit Lise, un peu prise au dépourvu par tant d’entrain.
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— Ne t’inquiète pas, ici, on est comme une grande famille, continua la femme. Moi, c’est Madame VanBecker, voisine du rez-de-chaussée. Si jamais la ville te paraît écrasante, viens donc me voir. J’ai une boutique d’ésotérisme et de bien-être juste au coin !
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— D’ésotérisme ? demanda Lise, intriguée.
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— Encens, cristaux, boules de cristal, tout le nécessaire pour survivre dans cette jungle urbaine, répondit-elle avec un sourire énigmatique.
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Monsieur Raymond, qui était resté à mi-chemin, roula des yeux.
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— Ne l’écoute pas trop, mademoiselle. Elle a essayé de me vendre une pierre qui “améliore la mémoire” la semaine dernière. Et je l’ai oubliée dans un tiroir !
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Madame VanBecker leva les yeux au ciel.
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— Ah, Monsieur Raymond, vous êtes une cause perdue. Lise, ne l’écoutez pas. Il n’a jamais cru en rien de spirituel. Mais je vois en vous… une belle énergie.
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Lise sourit poliment et hocha la tête. Entre le gentleman des années 50 et la sorcière de quartier, son arrivée à Paris commençait à ressembler à une pièce de théâtre.
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Le lendemain matin, Lise se réveilla à une heure où même Paris semblait endormi. Elle s’habilla discrètement, attrapa son sac rempli de journaux, et ouvrit la porte de son studio en espérant ne pas faire de bruit. Mais l’escalier, visiblement complice des voisins, avait d’autres projets. Chaque marche grinça bruyamment, comme un orchestre désaccordé.
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— Sérieusement ? murmura-t-elle en essayant de marcher sur la pointe des pieds.
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Elle tenta de repérer les marches les moins bruyantes, avançant comme dans un jeu de société où le perdant devait réveiller tout l’immeuble. Une marche protesta plus que les autres, et elle s’arrêta net, tendue.
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— Si Monsieur Raymond sort avec du thé, je déménage direct, chuchota-t-elle pour elle-même.
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Après une série de contorsions et d’escapades, elle atteignit enfin la porte d’entrée. Elle sortit dans la rue fraîche du petit matin, un mélange de nervosité et d’excitation dans le ventre.
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— Allez, Paris, montre-moi ce que t’as, lança-t-elle en serrant son sac de journaux.
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La ville l’attendait, et Lise savait que cette nouvelle aventure ne faisait que commencer.
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