1 – L’Élémentaire
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Je déteste les lundis.
Pas parce que c’est le premier jour de travail de la semaine. Parce que c’est le jour où les couloirs de mon collège sont les plus remplis, les plus serrés. Les plus... dangereux.
J’avançais vite, tenant mon sac contre ma poitrine, en évitant le plus possible les autres élèves. Parce que quand je m’approche trop des autres, je deviens nerveuse. Quand je deviens nerveuse, l’eau réagit. Et quand l’eau réagit... ça finit mal.
- Hé, l’Élémentaire, t’as oublié ta piscine ?
Des rires fusèrent. Je n’eus pas besoin de lever les yeux pour savoir que j’étais la cible. Je l’étais toujours. Et puis, il n’y avait pas plusieurs élus de l’Eau dans cette ville. Ni même dans le monde, d’ailleurs.
On dit que les Élémentaires sont dangereux. Qu’ils doivent être surveillés, « encadrés ». C’est le mot qu’ils utilisaient à la télé. Sur la planète, cinq enfants sont nés avec un élément dans le sang. Cinq enfants condamnés à être persécutés jusqu’à la fin de leur jour. Je n’en connais aucun.83Please respect copyright.PENANABMArA8va3P
On raconte que les éléments ont été séparés il y a des siècles, lorsque les humains ont commencé à se croire plus forts que la nature elle-même. Ces éléments ont été dispersés sur la planète, et, il y a 16 ans, des enfants ont commencé à naître liés chacun à un des cinq esprits de la Nature. Moi, je suis Eau. On dit que ça se voit dans mes yeux. Trop liquides, paraît-il. Et mes cheveux prenaient une teinte bleue quand j’entrais en contact avec ce liquide.
Deux filles s’écartèrent brusquement en me voyant passer.
- Fais gaffe, elle pourrait te noyer.
Elles rirent. Je baissa les yeux. Je ne voulais faire de mal à personne, la seule chose que je voulais était qu’on me laisse tranquille, que je puisse mener une vie normale. Mais c’était un rêve apparemment inaccessible. Tout le monde me rejetait ou m’empêchait d’oublier ma nature. Les élèves, les professeurs, même ma propre famille. Je n’oublierais jamais le dégoût dans les yeux de ma mère quand le médecin avait annoncé que j’étais une élue. Ce jour de mes sept ans, mon père avait quitté la maison.
Il ne supportait pas de vivre avec un monstre. Je me serais retrouvé à l’orphelinat si lui-même ne m’avait pas refusé.
Je ne savais même pas contrôler mes pouvoirs. Tout ce que je savais, c’est que l’eau s’agitait lorsque je paniquais.
Ça m’était arrivé une fois, en cours de mathématique. J’étais au tableau pour un exercice. Toutes les gourdes présentes dans la classe ont tremblé, et le robinet s’est allumé. La professeure avait mis dix minutes à calmer tout le monde, et j’ai été renvoyée.
J’arrivai devant la salle. La poignée était glacée sous ma main.
Je ne pouvais me retenir d’aimer cette sensation de froid parcourir mon corps. Je poussai la porte, et le silence se fit. J’avais l’habitude.
Je m’installai au fond, près des fenêtres, et posa mon cartable. Comme un rappel constant de qui j’étais, la pluie tombait derrière la vitre, et chaque goutte résonnait comme un tambour dans mon cœur lorsqu’elle tombait.
Je sortis un cahier et mon regard glissa sur le dessin de soleil sur la couverture. J’aimerais tellement être normale. Pas « Amaya l’Élémentaire ». Pas « Amaya la dangereuse ». Juste Amaya.
Pour moi, c’était encore une journée banale. Je ne me doutait pas encore que quelqu’un allait arriver. Quelqu’un qui allait mettre le feu à tout ce que j’essaye de cacher.
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